Le Faso Digital 2026 : Agent One, DuniaBrowser et Faso Résultats, trois solutions pour renforcer l’autonomie numérique du Burkina Faso
Permettre aux administrations de garder le contrôle sur leurs outils d’intelligence artificielle, développer un navigateur web adapté aux besoins locaux et simplifier la consultation des résultats des examens et concours. Ce sont les ambitions de trois projets retenus dans la catégorie « Souveraineté numérique et infrastructure » de la deuxième édition de Le Faso Digital. Portées respectivement par Mahamadi Rouamba, Jean Marie Brice Frydolin Nassa et Christian Sadé, ces innovations entendent contribuer au développement de services numériques davantage adaptés aux réalités burkinabè. Les trois meilleures solutions de cette catégorie bénéficieront d’un programme d’accompagnement offert par Digitales Solidaires, partenaire de l’événement.

À mesure que les administrations, les entreprises et les citoyens utilisent davantage les technologies numériques, de nouvelles questions se posent. Où sont conservées les données ? Qui contrôle les outils informatiques utilisés ? Comment garantir l’accès aux services lorsque la connexion internet est limitée ? Et comment simplifier les démarches numériques sans multiplier les plateformes ? Ces interrogations occupent une place importante dans les réflexions sur la souveraineté numérique, qui ne se résume pas à la localisation des serveurs. Elle concerne également la capacité d’un pays à développer, administrer, sécuriser et faire évoluer ses propres outils technologiques.
Au Burkina Faso, cette ambition se traduit notamment par l’intérêt croissant pour les solutions développées localement et adaptées aux contraintes des utilisateurs. C’est dans cette dynamique que s’inscrivent Agent One, DuniaBrowser et Faso Résultats, trois projets sélectionnés dans la catégorie « Souveraineté numérique et infrastructure » de Le Faso Digital 2026
Agent One : Mahamadi Rouamba veut permettre aux institutions de garder le contrôle sur leurs intelligences artificielles
L’intelligence artificielle ne se limite plus à répondre à des questions ou à produire des textes. De nouveaux outils sont désormais capables de consulter des documents, d’interagir avec des logiciels, d’accéder à des services numériques et d’exécuter certaines tâches à la demande de leurs utilisateurs. Ces systèmes, souvent appelés agents d’intelligence artificielle, ouvrent des possibilités d’automatisation dans les administrations et les entreprises. Mais leur utilisation soulève également des questions importantes. Lorsqu’un agent d’intelligence artificielle accède à des documents administratifs ou intervient dans des procédures internes, qui définit les informations qu’il peut consulter ? Comment contrôler les actions qu’il exécute ? Et que se passe-t-il lorsqu’un comportement inhabituel est détecté ?
Pour Mahamadi Rouamba, promoteur d’Agent One, le défi ne réside pas uniquement dans l’utilisation de l’intelligence artificielle, mais aussi dans la capacité des organisations à l’administrer et à la superviser. Son projet se présente comme une plateforme de gouvernance des agents d’intelligence artificielle. L’objectif est de permettre à une administration, une institution financière ou une entreprise de disposer d’un environnement centralisé dans lequel plusieurs agents d’IA peuvent fonctionner selon des règles précises. Chaque agent se voit attribuer un périmètre d’intervention, des autorisations et des obligations. Cette approche s’inspire de la gestion des collaborateurs au sein d’une organisation. De la même manière qu’un employé ne peut pas accéder librement à tous les dossiers d’une institution, un agent d’intelligence artificielle doit disposer de droits correspondant aux tâches qui lui sont confiées.

Avec Agent One, Mahamadi Rouamba ambitionne de permettre aux administrations et aux entreprises de gérer leurs agents d’intelligence artificielle tout en conservant le contrôle sur les données, les autorisations et les opérations exécutées.
Agent One repose sur trois fonctions principales : orchestrer, administrer et superviser. La première concerne l’organisation des agents d’intelligence artificielle. La plateforme ambitionne de permettre à une institution de gérer plusieurs agents spécialisés, chacun intervenant dans un environnement déterminé. Une administration pourrait, par exemple, disposer d’un agent chargé de l’orientation des usagers à partir de contenus préalablement validés et d’un autre destiné à assister les agents publics dans certaines tâches de rédaction. Les différents outils seraient administrés à partir d’une plateforme commune, tout en conservant des espaces de fonctionnement séparés. La deuxième fonction concerne la gestion des autorisations. Agent One prévoit notamment des mécanismes de définition des rôles, d’authentification renforcée et d’application de politiques de sécurité.
La plateforme intègre également un dispositif de gestion sécurisée des identifiants et des secrets techniques nécessaires au fonctionnement des agents. L’objectif est de limiter les accès non autorisés et de permettre aux responsables de conserver la maîtrise des actions exécutées. Une fonction d’interruption immédiate est également prévue pour désactiver un agent lorsque cela devient nécessaire. La troisième dimension porte sur la supervision. Agent One envisage un centre de surveillance dédié aux agents d’intelligence artificielle, inspiré des dispositifs utilisés en cybersécurité. Ce système doit permettre d’observer les activités, de détecter certains comportements suspects et de produire des alertes.
L’une des caractéristiques mises en avant par Mahamadi Rouamba concerne l’hébergement des données. Agent One est conçue pour être installée directement dans les infrastructures de l’institution utilisatrice. Le projet prévoit notamment l’hébergement local du serveur applicatif et du serveur chargé de faire fonctionner les modèles d’intelligence artificielle. Cette architecture vise à permettre le traitement des données sans devoir les transmettre à des plateformes extérieures. Pour les administrations publiques et les institutions manipulant des informations sensibles, cette possibilité pourrait constituer un avantage.
Le promoteur inscrit son initiative dans les ambitions nationales de développement de l’intelligence artificielle pour la période 2026-2030. Il souhaite notamment répondre aux préoccupations liées à la maîtrise des données et à la dépendance vis-à-vis de fournisseurs étrangers. Agent One prévoit également un fonctionnement sans connexion internet. Cette caractéristique est destinée aux structures qui souhaitent conserver un environnement informatique autonome ou qui travaillent dans des zones où la connectivité demeure limitée. Le projet envisage aussi des moyens d’accès adaptés aux équipes de terrain.
Parmi les fonctionnalités annoncées figurent des interactions par SMS chiffrés, une application Android permettant des commandes vocales et des mécanismes d’approbation biométrique. Ces outils pourraient faciliter certaines opérations pour des agents qui se déplacent régulièrement ou qui ne disposent pas d’un accès permanent aux réseaux de données mobiles. Le promoteur met également en avant la possibilité de remplacer les modèles d’intelligence artificielle utilisés. Cette approche vise à éviter qu’une institution devienne entièrement dépendante d’un fournisseur unique. Sur le plan technique, Agent One privilégie notamment des composants comme Python, PostgreSQL et les technologies de conteneurisation.
Plusieurs secteurs sont ciblés. Dans l’administration publique, Agent One pourrait servir à organiser des assistants destinés à l’orientation des usagers ou à l’appui aux tâches internes. Dans les institutions financières, la plateforme pourrait accompagner les équipes dans la consultation des procédures et certaines activités de contrôle interne. Pour les entreprises, elle ambitionne de faciliter l’accès aux informations professionnelles et l’automatisation encadrée de tâches.
DuniaBrowser : Jean Marie Brice Frydolin Nassa veut proposer un navigateur web plus proche des besoins locaux
Pour de nombreux utilisateurs, le navigateur web constitue la principale porte d’entrée vers internet. Il permet de rechercher des informations, de consulter des sites, d’accéder à des services et de communiquer avec différentes plateformes. Mais cette expérience repose souvent sur des outils dont les interfaces et les services ne sont pas spécifiquement conçus autour des réalités locales. C’est à partir de ce constat que Jean Marie Brice Frydolin Nassa a imaginé DuniaBrowser, un projet de navigateur web mobile qui souhaite aller au-delà de la simple consultation des pages internet. Son ambition est de proposer un outil réunissant les fonctions classiques de navigation et un espace de découverte de contenus et de services adaptés aux besoins des utilisateurs. DuniaBrowser est ainsi pensé comme une porte d’entrée vers le web, mais également vers un écosystème numérique local et régional.
L’originalité du projet réside principalement dans l’organisation de son interface. Plutôt que de limiter la page d’accueil à une barre de recherche, le navigateur prévoit un portail regroupant différentes catégories de services. Les utilisateurs pourraient notamment y découvrir des informations relatives à la santé, à l’alimentation, au tourisme, au sport, aux actualités et aux services de proximité. Une rubrique consacrée aux activités commerciales et aux places de marché numériques est également envisagée.
Cette organisation vise à faciliter l’accès à des ressources utiles sans obliger l’utilisateur à connaître à l’avance les adresses des plateformes concernées. Pour une personne qui souhaite découvrir des services disponibles dans son environnement, cette approche pourrait constituer un moyen supplémentaire d’orientation. Un utilisateur pourrait, par exemple, accéder à des contenus touristiques africains ou découvrir des acteurs économiques présents sur la plateforme. Le projet entend également contribuer à la visibilité des initiatives locales.

Jean Marie Brice Frydolin Nassa veut rapprocher les internautes des services et des contenus locaux grâce à DuniaBrowser, un navigateur mobile qui associe la consultation du web à la découverte d’informations et de ressources numériques adaptées aux besoins des utilisateurs
En regroupant différents services dans une même interface, DuniaBrowser pourrait offrir une vitrine supplémentaire aux entreprises et aux professionnels qui souhaitent toucher les utilisateurs du numérique. Cette dimension est particulièrement importante pour les petites structures qui ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour développer leur visibilité sur internet. Le navigateur cible plusieurs catégories d’utilisateurs.
Il s’adresse notamment au grand public, aux étudiants, aux professionnels, aux voyageurs et aux consommateurs recherchant des services locaux. L’objectif est de proposer une expérience mobile simple, adaptée à des besoins variés. DuniaBrowser accorde également une attention aux difficultés de connectivité. Le projet prévoit des fonctionnalités de sauvegarde et de mise en cache permettant de conserver certains contenus pour une consultation ultérieure. Cette possibilité pourrait être utile aux personnes qui disposent d’un accès irrégulier à internet. Un utilisateur pourrait ainsi enregistrer certaines pages lorsqu’il est connecté et les consulter ensuite, dans la limite des contenus effectivement sauvegardés.
Le promoteur met également en avant des fonctions de confidentialité, de sécurité et de gestion avancée de la navigation. Ces fonctionnalités visent à offrir aux utilisateurs davantage de contrôle sur leur expérience. Leur portée exacte devra cependant être appréciée à partir des caractéristiques techniques de la solution. À ce stade, les informations communiquées sur DuniaBrowser permettent surtout de comprendre ses fonctionnalités et son positionnement. Elles ne précisent pas l’ensemble des technologies utilisées, notamment le moteur de navigation, les outils de développement ou l’architecture des services associés. Ces éléments seront importants pour apprécier les performances, la sécurité et la capacité d’évolution du navigateur. En effet, développer un navigateur web ne consiste pas uniquement à concevoir une interface agréable. Il faut également assurer la compatibilité avec les sites, la protection des utilisateurs contre certaines menaces et la maintenance régulière des composants techniques.
Faso Résultats : Christian Sadé veut mettre fin aux longues recherches dans les listes de concours
TourismeBurkina Faso
Après avoir composé à un examen ou à un concours, l’attente des résultats constitue souvent une période d’incertitude pour les candidats et leurs familles. Lorsque les listes sont publiées, il faut parfois parcourir de longs documents pour retrouver son nom ou son numéro. Certaines administrations diffusent leurs résultats sous forme de fichiers PDF, parfois issus de documents scannés, dans lesquels la recherche automatique est difficile.
D’autres utilisent les réseaux sociaux, les médias ou les affichages physiques. Cette diversité des canaux peut compliquer l’accès à l’information. Elle peut également favoriser la circulation de listes non authentifiées, notamment lorsque des documents sont repris et partagés sur différentes plateformes. C’est pour répondre à ces difficultés que Christian Sadé a conçu Faso Résultats, une plateforme numérique destinée à centraliser la publication et la consultation des résultats des examens et concours. TourismeBurkina Faso
Le projet repose sur un principe : permettre à chaque administration de publier elle-même ses résultats dans un espace qui lui est réservé. L’objectif est de rapprocher directement la source officielle et le candidat. La plateforme est conçue pour accueillir différents organismes, notamment ceux chargés du baccalauréat, des examens et concours professionnels, des recrutements de la fonction publique ainsi que des concours des corps de sécurité et de défense.

Avec Faso Résultats, Christian Sadé souhaite simplifier la consultation des résultats des examens et concours en permettant aux candidats de vérifier leur situation à partir de leur numéro de PV ou de récépissé, sans parcourir de longues listes
Chaque administration disposerait de son propre espace de publication. Elle pourrait importer ses résultats, procéder aux vérifications nécessaires et autoriser leur mise en ligne. Cette organisation vise à éviter les opérations de ressaisie et à réduire les risques d’erreurs liés à la reproduction des listes sur plusieurs supports. Pour le candidat, le fonctionnement se veut simple. Il lui suffirait de sélectionner l’examen ou le concours concerné, puis de renseigner son numéro de procès-verbal ou de récépissé. La plateforme afficherait alors le résultat correspondant, sans nécessiter la consultation d’une longue liste.
Le service est envisagé gratuitement pour les candidats, aussi bien sur le web que sur une application mobile. Cette approche pourrait réduire le temps consacré à la recherche des résultats. Elle permettrait également aux utilisateurs d’éviter certains déplacements lorsqu’ils souhaitent simplement savoir si leurs résultats ont été publiés. Faso Résultats prévoit une autre fonctionnalité destinée aux personnes qui participent à plusieurs concours. Le projet propose un compte unifié permettant à un candidat de suivre l’ensemble de ses candidatures. Ce compte serait associé notamment à son numéro de téléphone et à des informations d’identification. L’utilisateur pourrait ainsi consulter les concours auxquels il a participé et recevoir une alerte lors de la publication des résultats. Les notifications par SMS occupent une place importante dans le dispositif. Elles visent à permettre aux candidats d’être informés sans devoir consulter continuellement les sites des administrations.
Pour Christian Sadé, la centralisation des résultats représente également un moyen de renforcer la confiance dans les informations diffusées. En permettant aux administrations de publier directement leurs données, Faso Résultats souhaite réduire les incertitudes liées à la provenance des listes. Le projet ambitionne ainsi de proposer un canal commun de consultation des résultats officiels. Mais cette dimension dépendra de l’adhésion effective des institutions concernées. Une plateforme ne peut être considérée comme une source officielle de résultats que si les administrations compétentes sont autorisées à y publier leurs informations et si les procédures de validation sont clairement établies.
Des accords institutionnels seront donc nécessaires pour garantir la légitimité des publications. La protection des données personnelles constituera également un enjeu majeur. Les informations relatives aux candidats, notamment les numéros d’identification et les résultats individuels, devront être traitées selon des règles de confidentialité et de sécurité appropriées. L’accès à un résultat individuel ne devra pas permettre la consultation non autorisée des informations d’autres candidats. Faso Résultats pourrait également présenter des avantages pour les administrations. La mutualisation d’un outil de publication pourrait limiter la multiplication de plateformes indépendantes et simplifier certaines opérations techniques. Elle pourrait aussi contribuer à réduire les besoins d’impression et certains déplacements liés à la consultation des résultats.
Ces bénéfices resteront néanmoins liés à l’adoption réelle du service et aux pratiques des institutions. Sur le plan social, Christian Sadé souhaite favoriser un accès plus équitable à l’information. La possibilité de consulter les résultats depuis un téléphone pourrait notamment faciliter les démarches des candidats vivant loin des centres administratifs. Le promoteur évoque également l’ambition de rendre les résultats accessibles aux personnes ne disposant pas de smartphone. Les modalités précises de cet accès devront toutefois être définies et mises en œuvre.
A lire : Le Faso Digital 2026 : Trois innovations pour visiter des salons, réserver un hébergement et trouver un logement sans se déplacer
Agent One, DuniaBrowser et Faso Résultats illustrent trois dimensions de la souveraineté numérique. Ces initiatives répondent à des préoccupations différentes, mais elles partagent une volonté de développer des solutions numériques adaptées au contexte burkinabè. Les trois meilleures innovations de la catégorie « Souveraineté numérique et infrastructure » bénéficieront d’un programme d’accompagnement offert par Digitales Solidaires, partenaire de Le Faso Digital 2026. ActualitésBurkinabé
Farida Thiombiano
Lefaso.net