Le Faso Digital 2026 : Cercle Inclus, Sentinelle et SYSTINFO IA Assistant, trois innovations pour rendre le numérique plus accessible et l’information plus fiable
Permettre aux personnes non voyantes de visiter un salon sans accompagnateur, aider les internautes à vérifier les informations qu’ils rencontrent sur le web et proposer des réponses documentées en langues africaines grâce à l’intelligence artificielle. Ces trois ambitions sont portées par Cercle Inclus, Sentinelle et SYSTINFO IA Assistant, les projets retenus dans la catégorie « Non classée » de la deuxième édition de Le Faso Digital. Derrière ces solutions développées au Burkina Faso, une même préoccupation : rendre les technologies numériques plus utiles, accessibles et adaptées aux besoins des populations. Les trois innovations bénéficieront d’un programme d’accompagnement offert par Digitales Solidaires, partenaire de l’événement.

Comment une personne non voyante peut-elle se déplacer de manière autonome dans un salon professionnel ? Comment un jeune internaute peut-il distinguer une information crédible d’une rumeur qui circule sur les réseaux sociaux ? Et comment un agriculteur, un étudiant ou un entrepreneur peut-il accéder à des renseignements utiles dans une langue qu’il maîtrise ?
Ces questions renvoient à des réalités différentes, mais elles mettent en évidence un même enjeu : l’accès à une information compréhensible, fiable et utilisable. À mesure que les services numériques occupent une place croissante dans la vie quotidienne, leur développement soulève également des interrogations sur l’inclusion, la qualité des contenus et les barrières linguistiques. Disposer d’un téléphone ou d’une connexion Internet ne suffit pas toujours pour profiter pleinement des possibilités offertes par les technologies.
Pour les personnes vivant avec un handicap visuel, certaines interfaces restent difficiles à utiliser. Pour les jeunes exposés à un flux continu de publications, identifier des sources crédibles demande des compétences particulières. Quant aux populations qui utilisent principalement les langues nationales, elles peuvent rencontrer des difficultés face à des outils numériques conçus essentiellement en français ou en anglais.
C’est à ces préoccupations que souhaitent répondre les trois projets retenus dans la catégorie « Non classée » de Le Faso Digital 2026.
Cercle Inclus : permettre aux personnes non voyantes de visiter un salon grâce à la voix
Dans un salon professionnel, les visiteurs se déplacent d’un stand à un autre, découvrent des produits, rencontrent des exposants et consultent différentes informations. Mais pour une personne non voyante ou malvoyante, cette expérience peut nécessiter un accompagnement particulier. Identifier l’emplacement d’un stand, comprendre l’organisation d’un espace ou accéder aux informations présentées peut devenir difficile lorsque les dispositifs de visite reposent principalement sur des indications visuelles. C’est pour contribuer à réduire ces obstacles que Guy Joël Tambi Delwendé Nikièma a conçu Cercle Inclus, une application de guidage vocal destinée aux personnes vivant avec une déficience visuelle. Le projet ambitionne de permettre à un visiteur de se repérer dans un salon physique ou virtuel, mais aussi de parcourir certains espaces numériques sans devoir systématiquement solliciter l’aide d’une autre personne.

Avec Cercle Inclus, Guy Joël Tambi Delwendé Nikièma veut permettre aux personnes non voyantes et malvoyantes de découvrir les stands d’un salon grâce à une application qui les guide et leur décrit les lieux à la voix. »
Son fonctionnement repose sur trois actions principales : écouter, guider et décrire. Dans un premier temps, l’utilisateur indique oralement l’endroit qu’il souhaite rejoindre. Il peut, par exemple, demander à se rendre à un stand précis. L’application interprète sa demande et lui fournit des indications vocales. Celles-ci peuvent comprendre la direction à suivre, la distance à parcourir, une estimation de la durée du trajet et des indications sur l’allure. Au cours du déplacement, l’application prévoit également des rappels concernant la distance restante.
L’un des intérêts du projet réside dans la possibilité d’adapter le guidage à différents environnements. Cercle Inclus est conçu pour les salons physiques, les salons virtuels et certains espaces web. Dans un salon virtuel, l’application pourrait notamment faciliter la découverte des stands et des contenus proposés par les exposants. Pour son concepteur, l’objectif est de permettre aux personnes concernées de vivre une expérience de visite plus autonome. Cette approche place l’accessibilité au centre de la conception de l’outil. Le projet ne cherche pas uniquement à rendre les informations disponibles, mais à permettre aux utilisateurs de les retrouver et de les comprendre dans des conditions adaptées à leurs capacités.
Guy Joël Tambi Delwendé Nikièma a également accordé une attention particulière aux contraintes de connectivité. Cercle Inclus prévoit un fonctionnement avec ou sans connexion Internet. Les commandes peuvent être interprétées directement sur l’appareil et les contenus préalablement téléchargés restent accessibles hors ligne. L’assistant d’intelligence artificielle peut utiliser un moteur local lorsque le réseau est indisponible et recourir à un service distant lorsqu’une connexion existe. Mais le promoteur insiste sur un principe : l’application doit rester utilisable même lorsqu’aucun moteur d’intelligence artificielle n’est disponible.
L’IA constitue ainsi une fonctionnalité d’assistance supplémentaire, sans être indispensable au fonctionnement des services essentiels. Cette conception vise à éviter qu’une interruption de connexion rende l’outil inutilisable. Le projet privilégie également des pages légères afin de pouvoir fonctionner sur des téléphones ne disposant pas de performances élevées. Cette orientation répond à une préoccupation importante en matière d’inclusion numérique.
Cercle Inclus intègre par ailleurs une interface d’administration permettant de modifier les plans et les informations des espaces visités sans intervenir directement dans le code de l’application. Cette fonctionnalité pourrait faciliter l’actualisation des contenus par les organisateurs de salons. Le promoteur met aussi en avant la transparence du fonctionnement. Lorsque l’application ne parvient pas à ouvrir un lien, elle doit le signaler clairement plutôt que de laisser croire que l’opération a réussi. De même, lorsqu’un utilisateur efface son historique, le système est conçu pour préciser les informations effectivement supprimées. Ces choix visent à renforcer la confiance dans l’outil. Le développement de Cercle Inclus devra néanmoins être accompagné d’évaluations en conditions réelles, notamment avec des personnes non voyantes et malvoyantes. Dans les espaces physiques, la précision des indications et la prise en compte des obstacles représentent des enjeux importants.
Avec Cercle Inclus, Guy Joël Tambi Delwendé Nikièma souhaite faire de l’accessibilité une composante essentielle des expériences numériques et événementielles. Son ambition est de permettre aux visiteurs de découvrir des espaces et des informations avec davantage d’autonomie, grâce à des interactions vocales simples.
Sentinelle : apprendre à vérifier une information avant de la partager
Une publication alarmante sur un incident sécuritaire, une affirmation concernant un traitement médical ou une vidéo accompagnée d’un commentaire trompeur peuvent rapidement circuler sur les réseaux sociaux. Dans ces situations, les internautes ne disposent pas toujours des réflexes nécessaires pour vérifier l’origine d’une information avant de la partager. La rapidité de diffusion des contenus numériques peut ainsi favoriser la propagation de rumeurs et d’affirmations insuffisamment vérifiées.
C’est pour contribuer à développer une attitude plus critique face à l’information qu’Ikram Riyad Parognézambo Bangré a conçu Sentinelle. Étudiant en licence d’informatique à l’Institut Aube Nouvelle, à Ouagadougou, et développeur web indépendant, il a souhaité créer un outil directement utilisable dans le navigateur Internet.
Sentinelle se présente comme une extension destinée à accompagner les internautes dans la vérification des informations qu’ils rencontrent au cours de leur navigation. Le projet repose sur une démarche simple. Lorsqu’un utilisateur découvre une affirmation sur une page web, il peut sélectionner le texte concerné et demander une évaluation. L’extension analyse alors l’affirmation à travers un processus de vérification destiné à rechercher des éléments permettant d’apprécier sa fiabilité. Le résultat peut être présenté selon trois catégories : fiable, non fiable ou partiellement fiable. Ce choix traduit une volonté de ne pas réduire systématiquement les informations à une opposition entre vrai et faux. Certaines affirmations peuvent en effet contenir des éléments exacts et d’autres inexacts. D’autres peuvent être présentées sans leur contexte ou reposer sur des données anciennes.

Étudiant en informatique à l’Institut Aube Nouvelle, Ikram Riyad Parognézambo Bangré a développé Sentinelle, une extension de navigateur qui ambitionne d’aider les internautes à vérifier les informations et à développer leur esprit critique
Sentinelle prévoit donc d’accompagner son évaluation d’un niveau de confiance et de références aux sources consultées. Lorsque cela est possible, l’outil cherche également à identifier l’origine de l’affirmation. Cette dimension constitue un élément important du projet. L’objectif n’est pas seulement de fournir une appréciation, mais aussi de permettre à l’utilisateur de comprendre sur quels éléments elle repose. La consultation des sources doit ainsi encourager une démarche de vérification plutôt qu’une acceptation automatique du résultat. Le promoteur a conçu Sentinelle comme une extension compatible avec le navigateur Chrome, en utilisant l’architecture Manifest V3.
Selon les informations communiquées, l’outil a été conçu, développé et testé. Ikram Riyad Parognézambo Bangré indique avoir assuré lui-même plusieurs dimensions du projet, notamment le développement des interfaces, la partie serveur, l’organisation du processus de vérification et l’expérience utilisateur. Cette démarche traduit sa volonté de présenter un logiciel fonctionnel plutôt qu’une simple idée.
Sentinelle cible prioritairement les jeunes de 15 à 30 ans au Burkina Faso et plus largement en Afrique de l’Ouest.
Ce choix s’explique notamment par leur utilisation des réseaux sociaux, des messageries et des plateformes numériques. Les jeunes peuvent être confrontés à des affirmations virales qu’ils doivent interpréter rapidement, parfois sans disposer du temps ou des ressources nécessaires pour effectuer des recherches approfondies. L’outil ambitionne donc de rendre la vérification plus accessible dans les usages quotidiens. Le promoteur souhaite également encourager l’acquisition de réflexes durables. L’enjeu n’est pas uniquement de vérifier une publication ponctuelle, mais d’amener les utilisateurs à s’interroger plus régulièrement sur l’origine et la crédibilité des informations.
Sentinelle comporte ainsi une dimension d’éducation aux médias et à l’information. Les enseignants, les associations de jeunesse et les responsables communautaires figurent parmi les bénéficiaires secondaires envisagés. Le projet prévoit notamment des exemples pédagogiques et un mode de démonstration hors ligne. Ces fonctionnalités pourraient permettre d’organiser des activités de sensibilisation sans nécessiter des compétences informatiques avancées.
Sentinelle s’intéresse également à la diversité des environnements informationnels. Son concepteur indique que des tests ont été menés auprès de groupes de comparaison en Afrique de l’Ouest, en France et aux États-Unis. L’objectif annoncé est d’observer le fonctionnement de l’outil dans des contextes où les sources disponibles, les pratiques médiatiques et les contraintes de connectivité peuvent varier. Cette approche vise à éviter que le processus de vérification repose uniquement sur un environnement national.
Une option internationale générale est également prévue pour les affirmations qui ne correspondent pas aux régions spécifiquement prises en compte. Mais le développement d’un tel outil soulève plusieurs défis. La fiabilité d’une évaluation dépend de la qualité des sources consultées, de la pertinence des informations retenues et de la capacité à replacer une affirmation dans son contexte. Une extension automatisée peut également commettre des erreurs, notamment lorsqu’une publication contient de l’ironie, une formulation ambiguë ou des informations très récentes. Le niveau de confiance affiché ne doit donc pas être interprété comme une garantie absolue d’exactitude.
Avec Sentinelle, Ikram Riyad Parognézambo Bangré souhaite faire de la vérification des faits une pratique plus simple et plus régulière. Son ambition est de contribuer à une utilisation plus réfléchie de l’information numérique, particulièrement chez les jeunes.
SYSTINFO IA Assistant : une intelligence artificielle qui répond en français et en langues africaines
L’accès à l’information constitue un besoin quotidien dans de nombreux domaines. Un agriculteur peut chercher des conseils sur une pratique culturale. Un étudiant peut vouloir connaître les conditions d’accès à une bourse. Un entrepreneur peut avoir besoin de renseignements sur certaines démarches administratives. Mais les informations disponibles en ligne sont souvent dispersées, parfois difficiles à comprendre et majoritairement rédigées dans des langues que tous les utilisateurs ne maîtrisent pas. C’est pour contribuer à réduire ces difficultés que le Dr Boukary Ouédraogo a développé SYSTINFO IA Assistant, un conseiller numérique fondé sur l’intelligence artificielle.
Conçu à Ouagadougou, le projet ambitionne de proposer des réponses documentées dans six domaines : l’agriculture, l’orientation et les bourses, l’entrepreneuriat, le droit, la santé et l’appui à la recherche. Sa particularité réside notamment dans la prise en charge du français et de quatre langues africaines : le mooré, le dioula, le bambara et le fulfuldé. Les utilisateurs peuvent poser leurs questions par écrit ou par message vocal. Cette approche vise à rendre l’outil accessible à des personnes qui rencontrent des difficultés avec les interfaces exclusivement textuelles ou francophones. Le principe de fonctionnement repose sur l’utilisation d’une bibliothèque documentaire.
Contrairement à un assistant qui produirait des réponses uniquement à partir des connaissances générales de son modèle, SYSTINFO IA Assistant est conçu pour rechercher des informations dans un ensemble de documents sélectionnés et vérifiés. L’application utilise ensuite ces contenus pour élaborer une réponse accompagnée de références. Cette démarche vise à permettre aux utilisateurs d’identifier les sources sur lesquelles reposent les informations fournies.
Elle constitue un aspect important du projet, notamment dans des domaines où la qualité des renseignements peut avoir des conséquences sur les décisions prises. Un utilisateur qui recherche des informations sur une bourse d’études, par exemple, pourrait recevoir une réponse structurée renvoyant aux documents pertinents.
De même, un entrepreneur pourrait consulter des informations relatives à certaines procédures ou obligations, sous réserve que les documents nécessaires soient disponibles et actualisés.
SYSTINFO IA Assistant est accessible à partir d’un navigateur web, à l’adresse chat.systinfo.org, ainsi que sur Telegram, à travers le compte @systinfobot. Sur la version web, l’utilisateur peut s’identifier à l’aide de son adresse électronique et d’un code temporaire à six chiffres. Ce mécanisme évite d’avoir à mémoriser un mot de passe. Il permet également de retrouver son compte et son historique sur différents appareils. Après identification, l’utilisateur choisit le domaine qui l’intéresse, formule sa question et reçoit une réponse structurée accompagnée de références et de pistes pour approfondir ses recherches.

À travers SYSTINFO IA Assistant, le Dr Boukary Ouédraogo souhaite rendre les connaissances plus accessibles grâce à une intelligence artificielle capable de répondre à des questions en français, en mooré, en dioula, en bambara et en fulfuldé, en s’appuyant sur des sources documentaires
Le projet prévoit un modèle de paiement par Mobile Money, avec des tarifs annoncés à partir de 100 francs CFA. Cette formule vise à proposer un accès financier adapté à certains usages locaux. Son accessibilité réelle dépendra toutefois de la fréquence des consultations, des conditions tarifaires et des moyens de paiement disponibles. Derrière cette innovation se trouve le Dr Boukary Ouédraogo, médecin de santé publique, spécialiste des systèmes d’information sanitaire et de l’intelligence artificielle en santé. Fondateur et directeur général de SYSTINFO, il est titulaire d’un doctorat en systèmes d’information et épidémiologie de l’Université d’Aix-Marseille. Son parcours professionnel comprend notamment des responsabilités dans les systèmes d’information sanitaire du ministère de la Santé du Burkina Faso.
Selon sa présentation, il a également accompagné plus de vingt pays africains dans le cadre de missions liées à l’information sanitaire, notamment comme consultant de l’Organisation mondiale de la santé et directeur technique chez Palladium, dans le cadre de Data.FI. Il est par ailleurs présenté comme ambassadeur de DeepLearning.AI pour le Burkina Faso. Auteur des ouvrages Optimiser l’Information Sanitaire et Vision Inspirée : L’Art de Conduire le Changement, il s’intéresse notamment à la transformation numérique et à l’utilisation des données dans les organisations.
L’entreprise SYSTINFO, fondée à Ouagadougou en 2024, intervient dans les domaines de l’intelligence artificielle, de la formation et de l’automatisation. Elle développe ses activités en Afrique de l’Ouest et du Centre. En août 2026, l’entreprise indique avoir assuré une formation destinée à des responsables du niveau central du ministère de la Santé du Burkina Faso. Avec SYSTINFO IA Assistant, le Dr Boukary Ouédraogo souhaite traduire une conviction : les outils d’intelligence artificielle doivent être adaptés aux langues, aux connaissances et aux réalités des populations africaines. Cette ambition répond à un enjeu important. Pour qu’une technologie soit véritablement accessible, il ne suffit pas qu’elle soit disponible sur Internet. Encore faut-il que les utilisateurs puissent formuler leurs besoins et comprendre les réponses dans une langue qu’ils maîtrisent.
L’intégration des langues africaines constitue donc une dimension centrale du projet. Elle soulève néanmoins des défis techniques, notamment en matière de reconnaissance vocale, de traduction et de restitution fidèle des informations. Les performances de l’assistant devront être évaluées dans chacune des langues proposées, en tenant compte des variantes linguistiques et des expressions utilisées par les populations. La fiabilité documentaire représentera également un enjeu majeur. Une réponse accompagnée de sources peut être utile, mais elle n’est pas automatiquement exacte.
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Bien qu’ils appartiennent à la catégorie « Non classée », Cercle Inclus, Sentinelle et SYSTINFO IA Assistant présentent plusieurs points communs. Ces innovations montrent que l’accès au numérique ne se résume pas à la disponibilité des équipements et des connexions. Il implique aussi la capacité des utilisateurs à comprendre les informations, à les vérifier et à les exploiter de manière autonome. Les trois projets retenus bénéficieront d’un programme d’accompagnement offert par Digitales Solidaires, partenaire de Le Faso Digital 2026.
Farida Thiombiano
Lefaso.net