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Les 100 Visages du Burkina Digital : Alassane Kafando, bâtir et protéger les réseaux du Burkina numérique

Publié le 16 octobre 2026 par Kevin Bado

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Les 100 Visages du Burkina Digital : Alassane Kafando, bâtir et protéger les réseaux du Burkina numérique

À deux jour de l'ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Aujourd'hui, nous mettons à l'honneur Alassane Kafando, expert en télécommunications, cybersécurité et gouvernance des systèmes d'information, dont plus de quinze années d'expérience racontent une dimension essentielle mais souvent invisible de la transformation numérique : construire des réseaux capables de fonctionner, puis apprendre à les protéger contre les risques qui grandissent avec eux.

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Un téléphone se connecte au réseau. Un paiement Mobile Money est effectué. Une administration échange des données. Une entreprise accède à ses applications. Tout fonctionne. Et c'est précisément lorsque tout fonctionne que l'on oublie ceux dont le métier consiste à empêcher que cela s'arrête.

Pour Alassane Kafando, derrière chaque service numérique se cache une infrastructure qu'il faut administrer, surveiller et sécuriser. Car connecter davantage crée aussi davantage de portes à protéger. Son parcours professionnel s'est construit à cette intersection : faire fonctionner les réseaux et anticiper ce qui pourrait les fragiliser.

De Bobo-Dioulasso à Poitiers : une formation tournée vers les réseaux

Alassane Kafando appartient à la génération d'informaticiens formée à l'École supérieure d'informatique de Bobo-Dioulasso. Après un baccalauréat série E obtenu au Lycée technique de Ouagadougou en 2003, il décroche en 2008 le diplôme d'ingénieur des travaux informatiques.

La même année, il est sélectionné pour une double diplomation : le cycle d'ingénieur de conception en informatique (CICI) et le diplôme d'études approfondies (DEA). En 2009, il bénéficie d'une bourse d'excellence de l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF) et poursuit une partie de ses études, ainsi que son stage de fin de cycle, au laboratoire XLIM-SIC (Signal, Images, Communication) de l'Université de Poitiers. Son sujet : « Modélisation réaliste du canal de propagation radioélectrique de réseaux ad hoc en environnement difficile : impact sur la qualité de service ». Un thème prémonitoire pour celui qui fera carrière chez un opérateur télécoms. Il en ressort avec la mention Très bien et obtient en 2010 son diplôme d'ingénieur de conception en informatique, en collaboration avec l'Université de Poitiers et l'Université Paris-Dauphine.

Il débute professionnellement en 2010 chez CFAO Technologies comme ingénieur technico-commercial, avant de rejoindre l'ISGE-BF comme ingénieur informaticien et formateur. Mais c'est à partir de décembre 2011, avec son entrée à TELECEL FASO, que se dessine véritablement la trajectoire qui sera la sienne. Il entre dans le monde des opérateurs télécoms. Un univers où une défaillance informatique n'affecte plus seulement quelques ordinateurs : elle peut perturber les services utilisés par des milliers de personnes.

2012 : la cybersécurité avant qu'elle ne devienne un mot quotidien

Dès 2012, Alassane Kafando participe à l'élaboration et à la mise en œuvre de la Politique de sécurité des systèmes d'information de TELECEL FASO. La même année, il intervient comme consultant en cybersécurité dans l'audit du Réseau informatique national de l'administration, le RESINA, réalisé avec Sofrecom France. La mission porte sur l'analyse des vulnérabilités techniques et organisationnelles, l'évaluation des infrastructures et la formulation de recommandations de sécurisation.

Le contexte mérite d'être rappelé. En 2012, la cybersécurité est encore beaucoup moins présente dans le débat public qu'aujourd'hui. Pourtant, les questions fondamentales sont déjà là. Qui peut accéder à un système ? Quelles sont ses vulnérabilités ? Que se passe-t-il en cas d'incident ? Comment protéger une infrastructure essentielle ? Alassane Kafando travaille sur ces questions depuis plus d'une décennie.

Comprendre le réseau avant de vouloir le défendre

Entre 2014 et 2015, il devient ingénieur d'exploitation des réseaux intelligents et des services à valeur ajoutée chez TELECEL FASO. En 2015, il est fait Chevalier de l'Ordre du Mérite burkinabè. Puis, en janvier 2016, il prend la responsabilité du Service Administration Réseaux, Systèmes et Sécurité. Il occupe toujours cette fonction aujourd'hui, un parcours enrichi en 2017-2018 par une mission au Mali.

À la tête de ce service, il dirige une équipe pluridisciplinaire d'ingénieurs et de techniciens spécialisés en réseaux informatiques, en télécommunications, en administration des systèmes et en maintenance. Cette équipe assure les interconnexions sécurisées nationales, qui relient plus de 20 agences TELECEL à Ouagadougou et dans les provinces ainsi que plus d'une centaine de franchises. Elle gère aussi les interconnexions internationales : Internet, VoIP, roaming, SMPP, USSD, etc. Autant de liens dont dépend, chaque jour, la continuité des services de l'opérateur.

Cette double expertise est importante. La cybersécurité n'est pas un univers séparé des télécommunications. Pour défendre efficacement un réseau, il faut savoir comment il fonctionne. Comment les équipements communiquent. Où passent les données. Quels services sont critiques. Quelles dépendances existent entre les différentes plateformes.

Son parcours reflète cette profondeur technique : réseaux cœur mobiles EPC/4G/5G, IP/MPLS, systèmes d'information, sécurité, gestion des risques et protection des infrastructures critiques. Avant de protéger la maison, il faut connaître son architecture.

Cette maîtrise du cœur de réseau se lit aussi dans les grandes évolutions technologiques de TELECEL FASO. Alassane Kafando a piloté la migration du cœur de réseau de la 3G vers la 4G, et il conduit aujourd'hui celle de la 4G vers la 5G. Il a également assuré la planification de plus d'un millier de sites 2G, 3G et 4G, ainsi que la planification IP du réseau. Chaque nouvelle génération apporte plus de débit et plus de services connectés, mais aussi de nouvelles surfaces d'exposition qu'il faut sécuriser dès la conception.

2017 : participer à la construction d'un opérateur au Mali

Entre 2017 et 2018, Alassane Kafando participe à l'installation d'Alpha Télécommunications Mali, devenue TELECEL Mali. Il y intervient comme chef de projet cybersécurité, réseaux et systèmes d'information, en charge du Core IP, de la transmission, de l'EPC et de l'intranet. Autrement dit, il pilote le déploiement de plusieurs infrastructures essentielles permettant au nouvel opérateur de fonctionner, coordonne des équipes techniques et suit la mise en service de plateformes stratégiques. Il rédige et met en œuvre parallèlement la politique de sécurité des systèmes d'information de l'opérateur.

Cette expérience illustre parfaitement les deux dimensions de son profil. Construire et sécuriser. Le réseau doit fonctionner. Mais il doit fonctionner sans exposer inutilement ses utilisateurs et l'entreprise aux menaces.

Du réseau mobile à la protection du Mobile Money

Cette question devient encore plus concrète lorsqu'il s'agit d'argent. En 2025, Alassane Kafando participe, en tant qu'expert cybersécurité, à l'audit de sécurité de la plateforme Mobile Money de TELECEL FASO. La mission consiste à identifier les vulnérabilités, définir un plan de remédiation et mettre en œuvre des mesures de sécurisation. Un domaine auquel il s'est aussi formé, au Kenya, berceau du paiement mobile en Afrique, ainsi qu'à Ouagadougou.

Le Mobile Money a profondément modifié les usages financiers en Afrique. Le téléphone n'est plus seulement un outil de communication. Il devient portefeuille. Moyen de transfert. Moyen de paiement. Cette évolution accroît mécaniquement les enjeux de sécurité. Une vulnérabilité dans une plateforme financière ne concerne pas uniquement des machines. Elle peut affecter la confiance des utilisateurs et leurs ressources. La cybersécurité prend alors une dimension très humaine.

ISO 27001 : passer des outils à l'organisation

En 2025 toujours, Alassane Kafando conduit, dans le cadre de son projet de fin de Master en cybersécurité, la conception d'un Système de management de la sécurité de l'information, ou SMSI, pour TELECEL FASO, conformément à la norme ISO/IEC 27001. Le travail comprend notamment l'analyse des risques, la définition de politiques et procédures et un plan de traitement des risques.

Cette approche montre une évolution importante de la cybersécurité. Installer un pare-feu ne suffit pas. Acheter un antivirus ne suffit pas. La sécurité doit être organisée. Qui est responsable de quoi ? Quels sont les actifs les plus importants ? Quels risques accepte-t-on ? Comment réagit-on à un incident ? Comment améliore-t-on le dispositif ?

La cybersécurité devient ainsi une question de gouvernance autant que de technologie. Cette dimension explique aussi les formations suivies par Alassane Kafando autour des référentiels COBIT, ISO 27001, ISO 27002, ISO 27005 et de la méthode EBIOS de gestion des risques.

« Never Trust, Always Verify »

Parmi ses projets les plus récents figure la mise en place d'une architecture Zero Trust à TELECEL FASO. Alassane Kafando en pilote le déploiement en tant que référent cybersécurité. Le principe du Zero Trust peut être résumé par une formule : « Ne jamais faire confiance par défaut, toujours vérifier. »

Pendant longtemps, la sécurité informatique a souvent été pensée comme un château fort. À l'extérieur, le danger. À l'intérieur, les utilisateurs de confiance. Mais le Cloud, le télétravail, les smartphones, les applications interconnectées et les cyberattaques ont rendu cette frontière beaucoup moins nette. Le Zero Trust propose donc de vérifier continuellement les identités, les appareils et les autorisations. La confiance devient quelque chose qui se démontre, et non quelque chose que l'on suppose.

Quand la meilleure sécurité consiste aussi à pouvoir redémarrer

La cybersécurité ne consiste cependant pas uniquement à empêcher une attaque. Elle consiste également à préparer l'après. Depuis 2025, Alassane Kafando participe à la mise en place d'un Système de management de la continuité d'activité à TELECEL FASO. Il contribue à l'analyse des impacts métiers, à l'identification des risques ainsi qu'à la définition des plans de continuité et de reprise d'activité.

La question devient : si un service critique tombe malgré toutes les protections, comment continuer à fonctionner ? Une entreprise numérique résiliente n'est pas celle qui imagine qu'aucun incident n'arrivera jamais. C'est celle qui sait comment réagir lorsqu'il arrive.

Le maillon humain de la cybersécurité

Un système peut être techniquement très bien protégé et rester vulnérable à cause d'un simple clic. En 2026, Alassane Kafando coordonne ainsi un projet de sensibilisation du personnel de TELECEL FASO, avec DATAPROTECT et SENSIPRO. Le programme aborde le phishing, l'ingénierie sociale, la protection des données, les mots de passe et les bonnes pratiques de sécurité.

Cette mission rappelle une réalité essentielle. Le cybercriminel ne cherche pas toujours à attaquer directement une technologie complexe. Il peut simplement envoyer un faux message suffisamment crédible pour convaincre quelqu'un de lui ouvrir la porte. La cybersécurité devient alors aussi une question de culture collective. Chaque utilisateur fait partie du dispositif de protection.

Former la relève plutôt que protéger seul

Cette dimension humaine se retrouve dans un autre engagement : la formation. Depuis 2025, Alassane Kafando participe au programme Elite IT, où il accompagne de jeunes talents en cybersécurité. Il intervient comme mentor, mais également comme formateur sur les métiers de SOC Analyst et l'analyse forensique numérique.

Un SOC Analyst surveille les systèmes afin de détecter les comportements suspects et les incidents. L'analyse forensique intervient souvent après ou pendant une attaque pour rechercher des traces numériques et comprendre ce qui s'est produit.

La transmission passe aussi par l'université. Enseignant vacataire, Alassane Kafando intervient notamment à l'Université Aube Nouvelle, où il assure en Master 2 Télécommunications le module « Étude de cas : déploiement de réseau mobile 4G », ainsi qu'à l'École Polytechnique de Ouagadougou (EPO), à l'Université Thomas Sankara et à l'UTM. Il y enseigne la cybersécurité, les réseaux informatiques et les télécommunications, des disciplines qu'il pratique au quotidien. Chaque année, il encadre en moyenne une cinquantaine d'étudiants de niveau Bac+3 et Bac+5 dans le cadre de leurs projets de fin de cycle. Ils viennent de nombreux établissements : l'Université Virtuelle, l'IST, l'ESTA, l'ISGE-BF, l'UTM, le CERPAMAD, l'UMET Burkina, l'EPO ou encore l'Université Joseph Ki-Zerbo. Il intervient également comme conférencier sur la cybersécurité, les réseaux émergents et l'intelligence artificielle.

En 2025, il assure aussi, comme formateur principal, la formation des stagiaires du projet WURI Burkina Faso à l'administration et à la sécurité Linux.La logique est claire. Un pays ne peut pas protéger durablement ses infrastructures avec seulement quelques experts. Il lui faut une relève.

Continuer soi-même à apprendre

Alassane Kafando n'a pas non plus cessé de se former. En 2023, il obtient un master spécialisé en télécommunications, réseaux informatiques et multimédia au CIESA-IST. En 2025, il obtient également plusieurs certifications spécialisées auprès d'International Consulting Canada : SOC Analyst, sécurité Web et serveurs, sécurité IoT et mobile, Ethical Hacking et Cybersecurity Expert. Elles s'ajoutent notamment à la certification ITIL Foundation obtenue en 2017 auprès d'EXIN et à une formation des Nations Unies (UNOCT) sur la protection des infrastructures critiques contre les cyberattaques terroristes, suivie en 2021. Son parcours compte aussi des formations à l'international, notamment sur les solutions de sécurité Fortinet à Paris et sur les réseaux de télécommunications en Chine. En 2026, il couronne ce parcours par un master spécialisé en cybersécurité, obtenu à l'ESI de l'Université Nazi Boni.

Cette actualisation permanente des compétences n'est pas accessoire. Dans la cybersécurité, l'adversaire apprend lui aussi. Les techniques d'attaque évoluent. Les infrastructures changent. Les équipements se renouvellent. L'expert qui cesse d'apprendre commence rapidement à prendre du retard.

Participer à la gouvernance de l'Internet burkinabè

Depuis 2025, Alassane Kafando est également membre du conseil d'administration de l'Alliance Burkinabè des Domaines Internet (ABDI), où il représente les opérateurs mobiles. À ce titre, il participe aux orientations stratégiques de l'organisation et aux questions liées à la gouvernance de l'Internet au Burkina Faso. Cette responsabilité élargit encore son parcours.

Après les équipements, les réseaux et les systèmes, vient la gouvernance. Car Internet n'est pas seulement une technologie. C'est aussi un écosystème dans lequel opérateurs, institutions, entreprises, experts techniques et utilisateurs doivent définir ensemble des règles, des responsabilités et des priorités. Protéger le numérique national suppose donc aussi de participer aux espaces où son avenir se discute.

C'est aussi le sens de son engagement associatif. Alassane Kafando préside l'Association Burkinabè pour la Sécurité, la Souveraineté et l'Inclusion Numériques (ABSSIN). Les trois mots qui composent son nom résument assez bien son parcours : sécuriser les infrastructures, renforcer la maîtrise nationale du numérique et faire en sorte que la transformation numérique profite au plus grand nombre.

Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?

Parce qu'Alassane Kafando travaille depuis plus de quinze ans au cœur des infrastructures télécoms et numériques dont dépendent quotidiennement des milliers d'utilisateurs. Et qu'il a connu les réseaux sous plusieurs angles : ingénieur systèmes et réseaux, exploitation des services à valeur ajoutée, administration des infrastructures, chef de projet et aujourd'hui responsable d'une équipe pluridisciplinaire et expert en cybersécurité et gouvernance.

Parce qu'il a assuré la planification de plus d'un millier de sites 2G, 3G et 4G et piloté la migration du cœur de réseau de la 3G vers la 4G, qu'il conduit aujourd'hui celle vers la 5G, et qu'il a contribué à l'audit du RESINA, à la construction technique de TELECEL Mali et à l'élaboration de politiques de sécurité pour des opérateurs télécoms.

Parce qu'il intervient désormais sur des enjeux particulièrement sensibles : Mobile Money, Zero Trust, continuité d'activité, gestion des risques et protection des infrastructures critiques.

Parce qu'il investit dans la transmission en formant et en mentorant de jeunes talents, à l'université comme au sein du programme Elite IT, appelés à renforcer demain les capacités nationales de défense numérique.

Parce qu'il s'engage, à la tête de l'ABSSIN, pour un numérique burkinabè plus sûr, plus souverain et plus inclusif.

Parce que son parcours a été distingué par la Nation : il est Chevalier de l'Ordre du Mérite burkinabè depuis 2025.

Et parce que la souveraineté numérique d'un pays ne dépend pas seulement des plateformes qu'il crée. Elle dépend aussi de sa capacité à comprendre, administrer, sécuriser et relever ses infrastructures lorsqu'elles sont menacées. Avec Alassane Kafando, le Burkina numérique rappelle une évidence souvent invisible : derrière chaque connexion, chaque transaction et chaque service disponible se trouve un impératif de confiance. Construire le réseau est une étape. Savoir le défendre en est désormais une autre.

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