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Les 100 Visages du Burkina Digital : Ali Drissa Badiel, des premiers nœuds de FasoNet aux réseaux numériques de l’Afrique

Publié le 28 septembre 2026 par Kevin Bado

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Les 100 Visages du Burkina Digital : Ali Drissa Badiel, des premiers nœuds de FasoNet aux réseaux numériques de l’Afrique

À 18 jours de l'ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd'hui, nous mettons à l'honneur Ali Drissa Badiel, ingénieur réseaux et télécommunications, expert en cybersécurité et représentant de l'Union internationale des télécommunications (UIT) pour l'Afrique de l'Ouest, dont le parcours traverse trois décennies de transformation numérique, depuis la construction des premières infrastructures Internet du Burkina Faso jusqu'aux grands enjeux de connectivité, de cybersécurité et de gouvernance numérique à l'échelle africaine.

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Il fut un temps où se connecter à Internet au Burkina Faso n'était pas un geste ordinaire. Pas de fibre jusqu'à la maison. Pas de 4G dans la poche. Pas de vidéo en streaming. Pas de réseaux sociaux. Et encore moins de smartphone permettant de consulter en quelques secondes un serveur situé à l'autre bout du monde. Il fallait d'abord construire la porte d'entrée.

En 1996, un jeune ingénieur réseaux et télécommunications rejoint l'ONATEL et participe à la réalisation du Nœud national d'accès à Internet FasoNet. Son nom : Ali Drissa Badiel. Trois décennies plus tard, le même ingénieur travaille à une tout autre échelle : quinze pays de la CEDEAO, quarante-quatre pays d'Afrique subsaharienne pour certains dossiers techniques, des gouvernements, des régulateurs, des opérateurs et des organisations régionales. Entre ces deux époques se dessine une partie de l'histoire du numérique africain.

Avant Internet, les mathématiques et la physique

Le numérique n'est pourtant pas le point de départ. Ce sont d'abord les sciences fondamentales. Après ses études secondaires scientifiques à Yamoussoukro, en Côte d'Ivoire, Ali Drissa Badiel poursuit son cursus à l'Université de Ouagadougou. Mathématiques. Physique. Il obtient un DEUG, puis une licence et une maîtrise de physique pure. En 1990, il décroche également le troisième prix aux Olympiades de mathématiques de l'Université de Ouagadougou. Puis viennent les télécommunications.

Après une première année d’ingénierie à l’École nationale supérieure des télécommunications de Bretagne, il poursuit sa formation à l’Institut national des télécommunications d’Évry, aujourd’hui Télécom SudParis. En 1996, il en sort ingénieur des télécommunications, option réseaux informatiques. Cette année-là correspond aussi au début d’une aventure qui dépasse largement sa trajectoire personnelle.

1996 : construire la porte d’entrée du Burkina sur Internet

De novembre 1996 à octobre 1999, Ali Drissa Badiel travaille comme ingénieur réseaux et télécommunications au département des services informatiques de l'ONATEL. Son CV mentionne explicitement sa participation à la réalisation du Nœud national d'accès à Internet FasoNet. Il en assure ensuite l'administration et la maintenance : routeurs, serveurs d'accès, Web, courrier électronique, DNS, authentification et support aux utilisateurs.

Pour comprendre l'importance de cette période, il faut oublier quelques instants l'Internet d'aujourd'hui. Un pays qui entre dans l'ère Internet doit disposer d'infrastructures capables de connecter ses utilisateurs aux réseaux mondiaux. Il faut des équipements. Des serveurs. Des routeurs. Des liaisons internationales. Des compétences pour administrer le tout. Et des ingénieurs capables d'intervenir lorsque quelque chose ne fonctionne plus. Ali Drissa Badiel fait partie de ceux qui travaillent alors dans ces coulisses techniques. Le Burkina commence à se connecter.

Après Ouagadougou, Bobo-Dioulasso

Mais une porte nationale ne suffit pas. Encore faut-il étendre progressivement l'accès. Dans le cadre de l'Initiative Internet pour l'Afrique, cofinancée par le PNUD et le Burkina Faso, Ali Drissa Badiel représente l'ONATEL comme chef de projet. Il participe à la rédaction du cahier des charges puis supervise et contribue à la réalisation du nœud FasoNet de Bobo-Dioulasso, ainsi que du Centre d'étude et de formation aux technologies de l'information (CEFTI) à l'École nationale des télécommunications.

La logique est déjà celle qui accompagnera toute l'histoire de la connectivité nationale : ne pas concentrer Internet dans un seul point. Le faire circuler. Le rapprocher progressivement des territoires.

Koudougou, Ouahigouya, Fada, Kaya…

Au début des années 2000, Ali Drissa Badiel prend davantage de responsabilités à l'ONATEL. D'abord chef du département des Services informatiques, puis chef du département Maintenance et Développement informatique, il pilote des projets IP et réseaux et participe à l'administration du backbone Internet FasoNet.

Un backbone est littéralement une colonne vertébrale. Dans un réseau informatique, c'est l'infrastructure principale sur laquelle viennent se connecter d'autres réseaux. Faire grandir Internet au Burkina suppose donc de renforcer cette colonne vertébrale. Son CV mentionne la conception et la réalisation de nœuds Internet régionaux à Koudougou, Ouahigouya, Fada N'Gourma et Kaya. Il participe également à la mise en place de connectivités Internet par satellite VSAT à Bobo-Dioulasso, Kaya, Ouaga-ZAD, Koupèla, Banfora et Dédougou. Derrière cette liste de villes se dessine une carte. Celle d'un Internet qui commence progressivement à sortir de son point d'entrée initial.

Préparer la génération suivante des réseaux

À mesure que les usages augmentent, les réseaux doivent évoluer. Entre 2005 et 2007, Ali Drissa Badiel devient chef de projet du backbone IP/MPLS de l'ONATEL. Il réalise l'étude de faisabilité, participe à la rédaction du cahier des charges avec SOFRECOM et au processus de sélection du fournisseur. Le réseau envisagé doit permettre de proposer de nouveaux services : réseaux privés virtuels, télévision sur IP, vidéo à la demande, voix sur IP.

Il doit surtout devenir le cœur de réseau des futures infrastructures IP de nouvelle génération de l'ONATEL (NGN IP). Nous sommes au milieu des années 2000. La transformation est déjà en cours. Internet n'est plus seulement un service supplémentaire des télécommunications. Le protocole IP est en train de devenir le langage autour duquel convergent progressivement de nombreux services.

Construire les réseaux, mais aussi ceux qui les feront vivre

Une autre dimension traverse ces années : l'enseignement. Ali Drissa Badiel ne conserve pas son expertise uniquement dans les salles techniques de l'ONATEL. De 1997 à 2007, il enseigne la téléinformatique — Internet et réseaux informatiques — à l'École nationale des télécommunications (ENT). Il intervient également comme enseignant vacataire à l'ISIG (actuelle Université Aube Nouvelle), à l'Institut supérieur de génie électrique (ISGE) et à l'Institut supérieur de technologies (IST) de Ouagadougou.

Le geste est important. Une infrastructure numérique ne repose jamais uniquement sur des câbles et des équipements. Elle repose sur des femmes et des hommes capables de les comprendre, de les administrer, de les réparer et de les faire évoluer. Construire l'Internet, c'est donc aussi former ceux qui construiront la suite.

Très tôt, la question dépasse les frontières du Burkina

À mesure que son expertise se développe, Ali Drissa Badiel entre également dans les espaces où se discutent les règles et l'architecture de l'Internet mondial. Dès 2000, il participe à des rencontres de l'ICANN, l'organisation qui joue notamment un rôle central dans la coordination mondiale des noms de domaine et des adresses Internet. Les rencontres se succèdent : Le Caire, Cape Town, Yokohama, Marina del Rey, Melbourne, Stockholm, Shanghai, Montréal, Carthage, Kuala Lumpur…

Il participe également aux travaux d'AfriNIC, le registre régional chargé des ressources Internet pour l'Afrique. En 2005, il est élu chargé de liaison de l'AfTLD auprès du ccNSO de l'ICANN. En janvier 2007, il est élu représentant d'AfriNIC au sein de la Number Resource Organization (NRO). Le changement d'échelle est considérable. Quelques années auparavant, il travaillait sur le nœud national FasoNet. Le voilà désormais dans les espaces où se discutent les ressources qui permettent à Internet lui-même de fonctionner à l'échelle mondiale.

Quand l'ingénieur burkinabè travaille sur l'e-gouvernance africaine

Son expertise est également sollicitée sur des projets continentaux. En 2004, l'Union internationale des télécommunications l'engage comme consultant et expert pour une étude de faisabilité portant sur un réseau satellitaire d'e-gouvernance basé sur IP. L'objectif : étudier l'interconnexion de l'Union africaine, à Addis-Abeba, avec 26 de ses démembrements en Afrique, en Europe et aux États-Unis. Il effectue dans ce cadre des missions auprès de l'Union africaine et rencontre aux États-Unis des opérateurs de télécommunications satellitaires.

En 2006, l'Union africaine l'engage également pour étudier le volet IP d'un projet d'espace unifié de numérotation en Afrique. L'ingénieur FasoNet est devenu expert des réseaux africains.

2007 : une nouvelle étape avec l'UIT

En 2007, Ali Drissa Badiel rejoint une autre dimension de sa carrière. Il devient Conseiller principal auprès du Directeur régional de l'Union internationale des télécommunications (UIT) pour l'Afrique subsaharienne. Son champ d'intervention couvre alors quarante-quatre pays et porte notamment sur les réseaux large bande, les réseaux IP, les applications TIC et la cybersécurité.

Il conduit des projets, organise des réunions et ateliers et participe aux rencontres nationales, sous-régionales, régionales et internationales consacrées aux télécommunications. En 2009, il assure pendant plusieurs mois l'intérim comme représentant de zone de l'UIT pour l'Afrique centrale. Puis, en 2012, une nouvelle responsabilité lui est confiée.

Quinze pays, une même transformation numérique

Depuis 2012, Ali Drissa Badiel est Représentant de zone de l'UIT pour l'Afrique de l'Ouest, couvrant les quinze pays de l'espace CEDEAO. Il est parallèlement point focal pour les questions liées aux réseaux large bande, réseaux IP, applications TIC et cybersécurité en Afrique subsaharienne, soit un périmètre de quarante-quatre pays selon son CV. Son interlocuteur n'est désormais plus seulement un service technique ou un opérateur. Ce sont des États. Des ministères. Des autorités de régulation. Des opérateurs. La CEDEAO. L'UEMOA. Et les différentes entités membres de l'UIT.

Son rôle consiste notamment à représenter l'organisation auprès de ces acteurs, conduire des projets télécoms et TIC et accompagner les pays sur les grandes questions du secteur. Le numérique se regarde désormais depuis une autre altitude.

Du câble à la politique publique

Cette évolution illustre aussi la manière dont les métiers du numérique changent avec l'expérience. Au commencement, il faut savoir configurer un routeur. Administrer un serveur. Comprendre TCP/IP. Faire fonctionner une liaison.

Puis les questions deviennent plus larges. Comment développer le haut débit dans un pays ? Comment construire un environnement réglementaire adapté ? Comment protéger les infrastructures ? Comment renforcer la cybersécurité ? Comment coordonner plusieurs États confrontés à des problématiques similaires ? L'ingénieur qui travaillait sur les équipements devient progressivement un acteur de la coopération numérique et des politiques publiques. Mais son expérience technique reste le socle sur lequel repose cette nouvelle fonction.

La cybersécurité, nouvelle dimension du réseau

Cette évolution professionnelle s'accompagne également d'un retour aux études. En 2012-2013, Ali Drissa Badiel obtient un Master of Science (MSc) à l'University of Maryland Global Campus, consacré notamment au cyberespace, au droit, à la cybersécurité, à la criminalistique numérique et à la conception de politiques de sécurité pour les organisations. L'année suivante, il complète cette formation par un MBA couvrant notamment les TIC, le droit et l'éthique, l'économie, la finance, le marketing et le management.

Là encore, le parcours suit l'évolution du numérique lui-même. Il ne suffit plus de connecter. Il faut désormais sécuriser ce que l'on a connecté.

De FasoNet à l’UIT : trente ans de changement d'échelle

Peu de trajectoires permettent de raconter aussi directement plusieurs âges du numérique. Dans celle de Ali Drissa Badiel, il y a d'abord le temps des pionniers techniques. Celui où il faut installer le nœud national, administrer les serveurs, étendre le backbone et connecter les premières villes. Puis vient le temps des réseaux IP et de la convergence. Ensuite celui de la gouvernance mondiale de l'Internet, avec ICANN, AfriNIC et AfTLD. Puis celui des grands projets continentaux. Et enfin celui de la coopération entre États, de la large bande et de la cybersécurité.

Le fil conducteur reste pourtant le même : connecter. Au début, connecter des machines. Puis des villes. Puis des organisations. Et finalement des politiques et des pays autour d'une même ambition numérique.

Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?

Parce que Ali Drissa Badiel appartient à cette génération d'ingénieurs qui a participé aux premières fondations techniques de l'Internet au Burkina Faso, notamment à travers la réalisation et l'administration du Nœud national d'accès FasoNet.

Parce qu'il a ensuite contribué à étendre cette infrastructure vers plusieurs villes du pays et à préparer l'évolution du réseau national vers de nouvelles générations de services IP.

Parce qu'il a transmis son expertise pendant plusieurs années dans les établissements d'enseignement supérieur burkinabè, participant ainsi à la formation d'autres professionnels des réseaux.

Parce que son expertise l'a conduit très tôt dans les espaces africains et internationaux où se discutent les ressources, les normes et la gouvernance de l'Internet.

Parce que depuis 2012, il représente l'UIT auprès des quinze États de l’Afrique de l’Ouest et accompagne, à une échelle beaucoup plus large, les transformations qu'il avait autrefois contribué à mettre en œuvre techniquement dans son propre pays.

Parce qu'en 2020, le Burkina Faso l'a élevé au rang de Chevalier de l'Ordre du mérite.

Et parce que son parcours permet finalement de mesurer le chemin parcouru : de quelques équipements permettant au Burkina Faso d'entrer sur Internet à un monde où la connectivité, le haut débit et la cybersécurité sont devenus des enjeux stratégiques pour tout un continent, Ali Drissa Badiel a vu le réseau grandir — et a contribué, à plusieurs niveaux, à le faire grandir.

www.lefasodigital.net

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