Les 100 Visages du Burkina Digital : Allassani Ouédraogo, un pionnier de l'informatique administrative burkinabè
À moins de 37 jours de l'ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui bâtissent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd'hui, nous mettons en lumière Allassani Ouédraogo, informaticien de formation, dont le parcours de plus de trente ans traverse presque toute l'histoire de l'informatisation de l'Etat burkinabè, de la toute première planification informatique nationale à la gouvernance panafricaine des télécommunications.

Avant qu'on ne parle de transformation digitale, il fallait déjà planifier, équiper et structurer l'informatique de l'administration. Cette œuvre de pionniers, moins visible que les grandes plateformes d'aujourd'hui, a posé les fondations sur lesquelles reposent désormais les ambitions numériques du pays. Allassani Ouédraogo fait partie de ceux qui ont porté cette première génération de bâtisseurs.
Titulaire de plusieurs diplômes universitaires obtenus en France, en Belgique et au Luxembourg, il a occupé, tout au long de sa carrière, des fonctions stratégiques au sein de l'administration burkinabè : de la Délégation Générale à l'Informatique à l'Office National d'Identification, en passant par la Commission de l'Informatique et des Libertés et le cabinet du Ministère en charge du numérique.
Une formation universitaire construite pas à pas
Né le 11 mai 1958 à Ouahigouya, Allassani Ouédraogo obtient son Baccalauréat série C au Lycée Philippe Zinda Kaboré, avant de poursuivre ses études en France, à la Faculté des Sciences de Nancy I, où il décroche successivement un DEUG Sciences, une Licence puis une Maîtrise en informatique. Il complète ce parcours par un Diplôme d'Etudes Spécialisées en informatique orienté e-business à la Faculté Universitaire Notre-Dame de la Paix de Namur, en Belgique, puis par un Diplôme d'Etudes Supérieures Spécialisées en informatique et innovations à l'Institut Supérieur des Technologies du Grand-Duché de Luxembourg.
Aux origines de la planification informatique de l'Etat
De 1995 à 2001, il est Chef du Département des Etudes et Informatisation à la Délégation Générale à l'Informatique du Burkina Faso, l'institution alors chargée de l'informatisation de l'administration. Il y pilote l'élaboration du Deuxième Plan Directeur Informatique National du Burkina Faso pour la période 1996-2000, ainsi que celle de plus d'une dizaine de schémas directeurs informatiques pour différents ministères et institutions. Il participe également, comme membre du groupe d'experts, à l'élaboration du Plan de Développement de l'Infrastructure Nationale d'Information et de Communication 2001-2005, et conduit le développement de plusieurs logiciels sectoriels et intersectoriels sur mesure. Il enseigne, en parallèle, comme vacataire à l'Ecole Supérieure d'Informatique.
Coordonner les politiques nationales du numérique naissant
De 2004 à 2006, il coordonne au niveau national le programme du PNUD « Appui à l'utilisation des NTIC pour le développement humain », en charge du plaidoyer en faveur des technologies de l'information au service du développement, du conseil stratégique en matière de TIC, et de l'accompagnement de structures publiques et privées dans la mise en place d'entrepôts de données et le développement d'applications.
Simultanément, de 2004 à 2007, il devient Directeur Général de la Coordination des Programmes de Développement des TIC au Ministère des Postes et des Technologies de l'Information et de la Communication. Il y coordonne l'élaboration des politiques et stratégies nationales et sectorielles du secteur, pilote l'élaboration de la cyberstratégie nationale et de ses déclinaisons sectorielles — e-commerce, e-administration, e-services, e-emploi — et accompagne le développement de l'expertise nationale en informatique et en télécommunications.
Au service de la protection des données personnelles
De 2007 à 2012, Allassani Ouédraogo est Secrétaire Général de la Commission de l'Informatique et des Libertés (CIL). Il y conduit un recensement national des traitements de fichiers contenant des données personnelles dans les organismes publics et privés, et met en place une base de données ainsi qu'un système de gestion de base de données relationnel pour leur traitement. Il pilote également une étude sur l'impact des réseaux sociaux et de la téléphonie mobile sur la protection des données personnelles et de la vie privée des jeunes burkinabè, permettant de dégager des recommandations pour mieux protéger les jeunes des prédateurs en ligne et de l'exposition à des contenus inappropriés. Il conduit par ailleurs une étude nationale sur la sécurité des systèmes informatiques des centres d'accès communautaires à Internet, et développe des contenus multimédias de sensibilisation, en français et en langues nationales, sur les dispositions de la loi n°010-2004/AN relative à la protection des données à caractère personnel.
À la tête de l'identification nationale
De 2012 à 2015, il dirige l'Office National d'Identification (ONI), en charge de l'émission et de la délivrance des cartes nationales d'identité burkinabè et des passeports. Il y élabore le cahier des charges pour la migration vers le passeport électronique à puce, ainsi qu'un projet d'harmonisation de la base de données de la Carte Nationale d'Identité Burkinabè avec le fichier électoral de la Commission Electorale Nationale Indépendante, projet qui obtiendra l'appui financier du PNUD pour sa mise en œuvre. Il met également en place une base de données d'identification de la population burkinabè et un système de téléphonie sur IP au sein de l'institution.
De la stratégie nationale à la gouvernance panafricaine
De 2015 à 2017, il occupe successivement les fonctions de Conseiller Technique puis de Directeur de Cabinet du Ministère du Développement de l'Economie Numérique et des Postes du Burkina Faso. En parallèle, de 2016 à 2018, il préside le Conseil du Service Universel des Communications Electroniques du Burkina Faso (CSU), chargé de superviser la stratégie d'accès et de service universel destinée à garantir à tous les citoyens burkinabè l'accès à un socle de services de communications électroniques.
En 2017, il est appelé à présider, au titre du Burkina Faso, le Conseil d'Administration de l'Union Africaine des Télécommunications (UAT), où il approuve le programme d'activités et les comptes de la Commission de l'UAT et suit l'exécution de ses activités — une responsabilité qui porte, à l'échelle continentale, l'expertise accumulée durant plus de vingt ans au service de l'informatisation de l'Etat burkinabè.
Une vision d'un numérique planifié, structuré et respectueux des droits
Le parcours d'Allassani Ouédraogo illustre une conviction : la transformation numérique d'un Etat ne se décrète pas, elle se planifie, se documente et s'accompagne, dans le respect des droits des citoyens sur leurs propres données. Des premiers schémas directeurs informatiques des ministères burkinabè à la présidence du Conseil d'administration de l'Union Africaine des Télécommunications, en passant par la protection des données personnelles et l'identification de la population, il aura contribué, à chaque étape, à donner à l'Etat les instruments de sa modernisation.
Cette trajectoire rejoint pleinement les ambitions de Le Faso Digital 2026, qui fait de la planification stratégique, de la protection des données et de la gouvernance numérique des piliers du développement numérique du Burkina Faso.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce qu'il a porté, dès les années 1990, l'élaboration des tout premiers plans directeurs informatiques de l'Etat burkinabè.
Parce qu'il a dirigé la Commission de l'Informatique et des Libertés et posé les bases de la protection des données personnelles et de la vie privée des Burkinabè, notamment des jeunes.
Parce qu'il a modernisé, à la tête de l'Office National d'Identification, les systèmes d'émission des cartes nationales d'identité et des passeports du Burkina Faso.
Parce qu'il a représenté le Burkina Faso à la tête du Conseil d'Administration de l'Union Africaine des Télécommunications.
Et parce que son parcours rappelle que les grandes ambitions numériques d'aujourd'hui reposent sur des fondations posées, patiemment, par une génération de pionniers de l'informatique administrative.
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