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Les 100 Visages du Burkina Digital : Aziz Sérémé, des architectures Cloud à “l'IA pour 1 000 Burkinabè”

Publié le 23 octobre 2026 par Kevin Bado

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Les 100 Visages du Burkina Digital : Aziz Sérémé, des architectures Cloud à “l'IA pour 1 000 Burkinabè”

À la veille de la clôture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd'hui, nous mettons à l'honneur Aziz Sérémé, ingénieur logiciel, spécialiste de la donnée, du Cloud et de l'intelligence artificielle, dont le parcours professionnel aux États-Unis se prolonge aujourd'hui par une ambition tournée vers le Burkina Faso et l'Afrique : partager les compétences acquises au contact de technologies de pointe et contribuer à rendre l'intelligence artificielle accessible au plus grand nombre.

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Une intelligence artificielle capable de dialoguer. Une autre capable d'analyser des milliers de documents. Des agents numériques qui peuvent enchaîner plusieurs tâches. Des infrastructures informatiques qui se déploient automatiquement dans le Cloud. Pour beaucoup, ces technologies appartiennent encore à un monde lointain, celui des grandes entreprises technologiques américaines. Pour Aziz Sérémé, elles font partie du quotidien professionnel.

Python, Big Data, Google Cloud, AWS, modèles de langage, RAG, bases vectorielles, IA générative, agents intelligents : son CV ressemble parfois à un inventaire des grandes transformations technologiques des quinze dernières années.Mais une question finit par s'imposer : à quoi sert d'accumuler une expertise mondiale si elle ne peut pas aussi circuler vers ceux qui en ont besoin ? C'est peut-être là que commence la partie la plus intéressante de son histoire.

Avant l'intelligence artificielle, les mathématiques du risque

Le parcours universitaire d’Aziz Sérémé ne commence pas directement par l’informatique. Entre 2006 et 2008, il étudie à l’University of Wisconsin-Madison, aux États-Unis, où il obtient un Bachelor of Business Administration avec une spécialisation en sciences actuarielles. Quelques années plus tard, il s’oriente progressivement vers un autre univers professionnel. Entre 2012 et 2015, il suit un Master of Science en génie logiciel à l’University of St. Thomas, complété par un certificat en Big Data.

Le changement est important, sans constituer une rupture totale. L’actuariat s’appuie sur les mathématiques et les statistiques pour analyser l’incertitude et le risque. La science des données mobilise, elle aussi, des modèles pour extraire de l’information à partir de grandes quantités de données. Aziz Sérémé entre ainsi dans le numérique par une porte qui restera centrale tout au long de son parcours : la donnée.

2014 : construire des logiciels avant de faire parler les données

En janvier 2014, il rejoint Unisys comme ingénieur logiciel. Il développe notamment des applications Android connectées à des interfaces de programmation, travaille avec des services Web et des bases de données, analyse des journaux informatiques et contribue à une plateforme Big Data appliquée à des transactions liées au fret aérien. Ce sont les fondations.

Avant de parler d’intelligence artificielle, il faut d’abord comprendre comment les logiciels sont construits. Comment les systèmes communiquent. Comment les données sont stockées. Comment elles circulent. Et comment les applications produisent des traces qui peuvent ensuite être analysées.

Entre juin 2015 et janvier 2016, son travail s’oriente davantage vers les technologies Big Data. Il utilise notamment HBase, une base conçue pour gérer de très grandes quantités de données, ainsi que Hive et Pig pour travailler sur des données de santé. Progressivement, le logiciel devient pour Aziz Sérémé une porte d’entrée vers un autre univers : celui de l’analyse massive de données.

Quand les données de santé deviennent matière à décision

En janvier 2016, Aziz Sérémé rejoint UnitedHealth Group/Optum comme Analyste Senior en Data Analytics. Il travaille sur de grands volumes de données structurées et non structurées, avec des technologies comme Spark, Hadoop et les bases de données NoSQL. Il explore également différents algorithmes de machine learning.

Mais au-delà de l’expertise technique, une compétence ressort particulièrement de cette expérience : sa capacité à présenter les résultats de ses analyses et de ses modèles dans un langage accessible à des responsables chargés de prendre des décisions. Une dimension essentielle de la Data Science, mais souvent sous-estimée.

Car un modèle mathématique peut être excellent : s’il n’est compris que par celui qui l’a conçu, son impact dans une organisation reste limité. Le rôle du spécialiste ne consiste donc pas seulement à analyser les données, mais aussi à les traduire : transformer des lignes de code en enseignements, des statistiques en informations compréhensibles, et ces informations en éléments utiles à la prise de décision.

Cette capacité à rendre accessibles des sujets techniques complexes deviendra, quelques années plus tard, l’un des fils conducteurs du parcours d’Aziz Sérémé lorsqu’il se tournera davantage vers la formation et la transmission des connaissances.

Accenture : changer d'échelle avec le Big Data

En juillet 2017, Aziz Sérémé rejoint Accenture comme consultant ingénieur Big Data. Pendant deux ans, il intervient dans plusieurs secteurs, notamment l’énergie, la finance et l’enseignement supérieur. Pour une grande compagnie pétrolière, il utilise Python et Spark afin de transformer des données de ventes issues de stations-service, puis de produire des indicateurs exploitables dans Tableau, une plateforme de visualisation de données.

Dans une institution financière, il développe et automatise des processus ETL — des mécanismes permettant d’extraire des données, de les transformer, puis de les charger dans un autre système.

À ce stade, la donnée change d’échelle. Il ne s’agit plus simplement d’analyser un fichier ou de produire un rapport ponctuel. Il faut désormais construire des systèmes capables d’absorber de grands volumes de données, d’exécuter des traitements de manière régulière et de fournir des résultats fiables. C’est le passage de l’analyse de données à une véritable logique d’industrialisation.

Utiliser la donnée pour comprendre la réussite des étudiants

Une autre mission menée durant cette période se distingue des projets plus techniques. Pour une grande université publique, Aziz Sérémé intervient comme Data Scientist. Il analyse notamment l’abandon des étudiants lié au non-paiement, les listes d’attente, les rendez-vous de conseil académique ou encore le ratio entre étudiants et conseillers. Il développe également des modèles visant à identifier certains facteurs prédictifs de la réussite étudiante.

Cet exemple rappelle un point essentiel : la Data Science n’est pas une finalité en soi. Elle prend tout son sens lorsqu’elle aide à mieux comprendre un problème réel. Pourquoi certains étudiants abandonnent-ils ? Quels facteurs sont associés à leur réussite ? Où se situent les difficultés dans un processus ? Le code devient alors un outil pour interroger la réalité.

2019 : Du Big Data au Cloud

En août 2019, Aziz Sérémé rejoint Slalom comme consultant senior. Son expertise s’étend progressivement de la donnée vers le Cloud. Il intervient auprès de grandes institutions financières et entreprises sur des environnements AWS et Google Cloud. Il utilise notamment Terraform et CloudFormation pour automatiser le déploiement des infrastructures, met en place des environnements Kubernetes sur Google Cloud et construit des chaînes CI/CD afin d’automatiser certaines étapes du développement et du déploiement des applications.

Ces termes peuvent sembler techniques, mais l’idée est simple : les entreprises modernes ne veulent plus passer plusieurs semaines à installer manuellement chaque serveur ou chaque application. Elles cherchent à automatiser, standardiser et reproduire rapidement leurs environnements. Le Cloud permet d’accéder à des ressources informatiques à la demande, tandis que l’automatisation permet de les déployer plus rapidement et de manière plus cohérente. Aziz Sérémé se retrouve ainsi au cœur de l’infrastructure qui fait fonctionner une part croissante des applications numériques.

Faire circuler les données presque en temps réel

Chez Slalom, il continue parallèlement à travailler sur la Data Engineering. Pour une entreprise de grande consommation, il construit notamment un système de collecte de données quasi en temps réel à l’aide de Google Cloud Functions & Airflow. Il conçoit également des mécanismes permettant d’envoyer des données vers Salesforce et collabore avec des analystes pour produire les ensembles de données nécessaires aux tableaux de bord.

Derrière cette complexité technique se trouve, une fois encore, une logique simple. Une entreprise produit en permanence des données. Encore faut-il pouvoir les collecter, les nettoyer, les organiser, les acheminer, puis les rendre disponibles au bon moment pour ceux qui en ont besoin. Ce travail, souvent invisible, constitue pourtant l’une des infrastructures essentielles de l’économie numérique.

Puis l'intelligence artificielle change encore la donne

Après le Big Data et le Cloud vient une nouvelle vague : celle de l’intelligence artificielle générative. Les missions les plus récentes d’Aziz Sérémé portent désormais directement sur les grands modèles de langage et l’IA agentique. Pour une grande entreprise agricole, il met notamment en œuvre des solutions basées sur Google Gemini et OpenAI, développe des chatbots et travaille sur des serveurs MCP destinés à soutenir des infrastructures d’intelligence artificielle. Pour une institution financière, il intervient également sur le prompt engineering et l’optimisation des interactions avec les modèles de langage.

Le métier évolue une nouvelle fois. Hier, il s’agissait surtout d’apprendre aux machines à analyser des données. Aujourd’hui, on cherche aussi à leur permettre de dialoguer avec les utilisateurs, d’utiliser des outils et d’enchaîner plusieurs tâches de manière plus autonome. C’est notamment ce que l’on appelle l’IA agentique.

L'IA agentique : lorsque l'intelligence artificielle commence à agir

Un chatbot classique répond à une question. Un agent d’intelligence artificielle peut aller plus loin. Selon sa conception et les autorisations dont il dispose, il peut consulter plusieurs sources, utiliser des outils, interagir avec des applications, analyser les résultats puis poursuivre une tâche. Aziz Sérémé travaille ainsi avec des technologies comme CrewAI, n8n, FlowiseAI, LangChain, les systèmes RAG, les bases vectorielles, les agents open source et le protocole MCP.

Pour le grand public, ces noms importent finalement moins que la transformation qu’ils annoncent. Nous passons progressivement d’une intelligence artificielle à laquelle on demande : « Donne-moi une réponse » à une intelligence artificielle à laquelle on peut dire : « Aide-moi à accomplir cette tâche. » Cette évolution ouvre des possibilités considérables, mais elle crée aussi un risque de fracture entre ceux qui comprennent ces outils et ceux qui y ont peu ou pas accès. C’est précisément cette fracture qu’Aziz Sérémé cherche aujourd’hui à réduire.

Ubuntu TechHive : apprendre ensemble plutôt que garder son expertise

À côté de sa carrière de consultant, une initiative donne une autre dimension à son parcours. Aziz Sérémé est coanimateur d’Ubuntu TechHive Meetup, une communauté panafricaine de professionnels de la technologie réunissant notamment ingénieurs, Data Scientists et spécialistes de l’intelligence artificielle. Son CV indique que cette communauté a organisé et coanimé plus de 150 sessions techniques consacrées notamment à l’IA, au Cloud, au Data Engineering et au génie logiciel.

Le choix du mot « Ubuntu » n’est pas anodin. Il renvoie à une philosophie africaine de l’interdépendance, souvent résumée par l’idée que l’individu se construit aussi à travers les autres. Appliquée à la technologie, elle porte une conviction simple : la connaissance prend davantage de valeur lorsqu’elle circule. Pour un professionnel évoluant dans un écosystème technologique avancé, partager devient alors une manière de réduire les distances : entre continents, entre experts et débutants, entre ceux qui maîtrisent déjà une technologie et ceux qui viennent de la découvrir.

#IAPour1000Burkinabe : transformer le chiffre en mouvement

Cette logique de transmission prend une forme encore plus concrète avec l’initiative #IAPour1000Burkinabe. L’objectif est clair : démocratiser l’intelligence artificielle auprès des jeunes et des professionnels au Burkina Faso. L’initiative a déjà dépassé son objectif symbolique, avec plus de 1 000 personnes formées à travers plus de 30 sessions, en ligne et en présentiel.

Le chiffre est important. Mais la philosophie qui l’accompagne l’est davantage. Démocratiser l’IA ne signifie pas transformer mille personnes en ingénieurs spécialisés. C’est permettre à un entrepreneur de comprendre ce que l’IA peut apporter à son activité. À un étudiant d’en découvrir les possibilités. À un communicant d’améliorer certaines tâches sans renoncer à son jugement. À un professionnel d’en comprendre les limites. À une organisation de distinguer une véritable application de l’IA d’un simple effet de mode. C’est à ce moment que l’expert devient passeur de connaissances.

Mettre l'intelligence artificielle au service des connaissances agricoles

Cette rencontre entre technologie et développement apparaît également dans une mission menée pour le Conseil Ouest et Centre Africain pour la Recherche et le Développement Agricoles, le CORAF. Aziz Sérémé y intervient comme concepteur principal et architecte du Digital Knowledge Hub. Il travaille sur l’architecture de la plateforme, sa stratégie de données et sa feuille de route d’implémentation. L’objectif est de structurer un outil capable de renforcer le rôle du CORAF comme pôle régional de gestion et de partage des connaissances agricoles, au sein d’un réseau couvrant 23 pays africains.

On retrouve ici presque toutes les dimensions de son parcours : le logiciel, la donnée, le Cloud, l’architecture et la transmission des connaissances. Et derrière la technologie, un enjeu très concret : contribuer à mieux structurer et diffuser les connaissances au service de l’agriculture africaine.

Une carrière internationale, une responsabilité de transmission

Il serait facile de résumer Aziz Sérémé à une longue liste de technologies : Python, Spark, Hadoop, Google Cloud, AWS, Terraform, Gemini, OpenAI, LangChain ou MCP. Mais ce serait sans doute raconter la partie la moins intéressante de son parcours. Les technologies évoluent vite. Certaines qui dominaient le secteur il y a dix ans sont aujourd’hui beaucoup moins présentes. Celles qui semblent incontournables en 2026 seront peut-être remplacées demain. Ce qui demeure, c’est la capacité à apprendre.

Aziz Sérémé est passé de l’actuariat au génie logiciel. Du logiciel au Big Data. Du Big Data au Cloud. Du Cloud à l’intelligence artificielle. Et de l’expertise individuelle à la transmission collective. Cette dernière transition est peut-être la plus importante. Car l’enjeu pour le Burkina Faso n’est pas seulement que quelques Burkinabè maîtrisent les technologies les plus avancées du monde. Il est aussi que cette expérience puisse circuler, être transmise et contribuer à faire émerger de nouvelles compétences localement.

Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?

Parce qu'Aziz Sérémé possède un parcours qui traverse plusieurs grandes révolutions technologiques des quinze dernières années, du génie logiciel au Big Data, puis au Cloud et aujourd'hui à l'intelligence artificielle générative et agentique.

Parce que son expérience professionnelle l'a conduit à intervenir sur des problématiques concrètes dans la santé, la finance, l'enseignement supérieur, l'énergie, la grande consommation et l'agriculture.

Parce qu'il ne limite pas son expertise à l'utilisation des modèles d'intelligence artificielle, mais travaille également sur les infrastructures, les données, l'automatisation et les systèmes permettant de les intégrer aux organisations.

Parce qu'à travers Ubuntu TechHive, il participe à la construction d'une communauté panafricaine d'apprentissage et de partage de compétences technologiques.

Parce qu'avec #IAPour1000Burkinabe, il cherche à réduire la distance entre l'accélération mondiale de l'intelligence artificielle et les jeunes, professionnels et organisations du Burkina Faso.

Et parce que son parcours pose une question décisive pour l'avenir numérique du pays : comment transformer l'expertise acquise dans les grands écosystèmes technologiques mondiaux en compétences partagées, accessibles et utiles au Burkina Faso ? Avec Aziz Sérémé, le Burkina numérique ne cherche pas seulement à suivre la révolution de l'intelligence artificielle. Il cherche à former suffisamment de femmes et d'hommes pour pouvoir y prendre part, la comprendre et, demain, construire avec elle ses propres solutions.

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