Les 100 Visages du Burkina Digital : Bakénon Koné, des premiers réseaux universitaires aux grandes infrastructures de l'Internet burkinabè
À neuf jours de l'ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd'hui, nous mettons à l'honneur Bakénon Karim Koné, ingénieur en informatique et directeur de la technologie de SANCFIS Faso, dont vingt-six années de carrière racontent une partie de l'histoire des réseaux numériques burkinabè : des premières infrastructures universitaires aux réseaux télécoms, jusqu'aux enjeux actuels d'interconnexion et de gouvernance de l'Internet.

Un message électronique qui arrive à destination. Une entreprise dont les différents bureaux peuvent échanger des données. Un étudiant qui accède à une ressource pédagogique en ligne. Un commerçant qui utilise un service de paiement mobile.
Derrière ces gestes devenus ordinaires se trouvent des infrastructures complexes, des équipements, des protocoles et des équipes chargées de les faire fonctionner.
Ces professionnels travaillent souvent loin des regards. Pourtant, sans eux, une grande partie de l'économie numérique s'arrêterait.
Bakénon Koné appartient à cette génération d'ingénieurs qui ont accompagné le développement de l'Internet au Burkina Faso, à une époque où connecter les établissements et les entreprises représentait encore un défi technique majeur.
2000 : les premiers pas à l'Université de Ouagadougou
C'est à l'Université de Ouagadougou que Bakénon Koné commence sa carrière professionnelle, en septembre 2000. Il y exerce pendant près de neuf ans comme technicien informatique, puis administrateur systèmes et réseaux, au sein de la Direction de la promotion des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Ses missions couvrent l'installation, la configuration et la maintenance des réseaux informatiques, l'assistance aux utilisateurs, l'exploitation des applications et la participation aux projets informatiques de l'université.
À cette époque, Internet commence à transformer progressivement le fonctionnement des établissements d'enseignement supérieur africains. Les universités ont besoin de connecter leurs laboratoires, leurs services administratifs et leurs bibliothèques. Les chercheurs souhaitent communiquer avec leurs collègues à l'étranger et accéder à des ressources scientifiques.
Mais les connexions sont encore coûteuses, les équipements spécialisés et les compétences techniques relativement rares. Pour le jeune informaticien, l'université devient un véritable terrain d'apprentissage. Il y découvre les réalités de l'administration des réseaux et la nécessité de construire des infrastructures fiables avec les moyens disponibles.
Les logiciels libres, une école de l'autonomie technologique
Dès ses premières années professionnelles, Bakénon Koné s'intéresse aux logiciels libres. En 2001, il participe à Lomé à un atelier consacré à la maintenance des laboratoires de logiciels libres. L'année suivante, il prend part aux Rencontres mondiales du logiciel libre, à Bordeaux, ainsi qu'à des formations AfNOG et AfriNIC sur les infrastructures des réseaux IP, au Togo. Il est également membre fondateur des Laboratoires des TIC, les LABTIC, une initiative consacrée à la promotion, à la formation et à la vulgarisation du numérique et des logiciels libres au Burkina Faso.
À une période où les ressources financières et techniques sont limitées, les logiciels libres offrent de nouvelles possibilités aux universités et aux organisations. Ils permettent notamment d'étudier le fonctionnement des outils, de les adapter à des besoins particuliers et de développer des compétences locales. Pour Bakénon Koné, cette culture de l'apprentissage et du partage accompagnera durablement sa carrière.
Apprendre les réseaux au contact du monde
Entre 2004 et 2009, il multiplie les formations techniques à l'étranger. Aux Pays-Bas, il se forme aux infrastructures informatiques universitaires. Au Sri Lanka, il approfondit la conception, l'installation et l'administration des réseaux. Au Kenya, au Sénégal et au Cameroun, il participe à des ateliers consacrés aux services Internet, à l'optimisation de la bande passante et aux protocoles de routage. En 2008, il suit également une formation d'instructeur Cisco à Ouagadougou.
Ces expériences lui permettent de rencontrer d'autres ingénieurs africains confrontés à des défis similaires. Comment assurer la stabilité des connexions ? Comment partager efficacement une bande passante limitée ? Comment protéger les systèmes contre les intrusions ? Et comment développer des compétences locales capables d'assurer la maintenance des réseaux ? Ces questions ne concernent pas uniquement les universités. Elles se poseront bientôt à l'ensemble des entreprises et des opérateurs de télécommunications.
2009 : entrer dans l'univers des opérateurs télécoms
En septembre 2009, Bakénon Koné rejoint Connecteo Burkina comme technicien chargé du support et de l'exploitation réseau. Il y travaille jusqu'en juillet 2012. Ses responsabilités portent notamment sur la configuration des équipements, la supervision des réseaux, la gestion de la bande passante, les pare-feu et la mise en place de réseaux privés virtuels, ou VPN. Il intervient sur plusieurs projets, dont les infrastructures réseau de la Centrale d'achat des médicaments essentiels génériques, la CAMEG, et un réseau VPN destiné au Projet d'appui aux filières agro-sylvo-pastorales, le PAFASP.
Cette étape marque son passage des réseaux universitaires aux infrastructures utilisées quotidiennement par les entreprises et les institutions. Les exigences évoluent. Une interruption de connexion peut désormais affecter plusieurs sites, ralentir une activité économique ou empêcher une organisation d'accéder à ses applications. La supervision devient donc essentielle : il faut détecter les incidents, identifier leurs causes et intervenir rapidement.
Des réseaux financiers aux infrastructures Internet
En août 2012, il devient responsable du support et de l'exploitation réseau chez Sahel Finances. Il y participe à la conception et à la mise en place d'un réseau de transmission de données, à la supervision des équipements et à la gestion des serveurs virtuels.
Quelques mois plus tard, en juin 2013, il rejoint Internet Puissance Plus comme ingénieur systèmes et réseaux. Il y administre notamment le backbone IP, c'est-à-dire l'infrastructure centrale qui transporte les données entre les différentes parties du réseau. Il assure également la configuration des équipements, la gestion des serveurs et l'activation des connexions Internet. Ces expériences renforcent sa connaissance des infrastructures télécoms, depuis les équipements installés chez les clients jusqu'aux réseaux centraux des opérateurs.
Airtel Money : quand la sécurité devient indispensable
En septembre 2013, Bakénon Koné rejoint Mahindra Comviva Technologies comme chef d'équipe et ingénieur spécialisé dans les services à valeur ajoutée. Il y travaille jusqu'en juin 2017. Ses missions concernent notamment le support technique d'Airtel Money, la gestion des incidents, les procédures de restauration, les sauvegardes et la supervision des serveurs. Il participe également à la mise en œuvre des politiques de sécurité et à la migration des serveurs vers une zone sécurisée.
Cette période correspond à une étape importante de la diversification des usages du téléphone mobile en Afrique. Le réseau ne sert plus uniquement à téléphoner ou à naviguer sur Internet. Il devient aussi une infrastructure permettant d'accéder à des services financiers. Les exigences de sécurité et de disponibilité prennent alors une importance particulière. Une défaillance technique peut empêcher les utilisateurs d'effectuer leurs transactions. Une faille de sécurité peut exposer des systèmes sensibles. L'expérience de Bakénon Koné s'élargit ainsi à des infrastructures dont le fonctionnement est directement lié aux activités économiques quotidiennes.
2017 : prendre la direction technique d'Alink Telecom
En juillet 2017, il devient directeur technique d'Alink Telecom Faso. Il participe à la définition des orientations techniques de l'entreprise, à la conception des solutions destinées aux clients et au pilotage des projets. Il doit également veiller à la qualité des services tout en tenant compte des impératifs économiques. Il occupe cette fonction jusqu'en mars 2019.
Cette nomination marque une évolution dans son parcours. Après plusieurs années consacrées à l'administration et à l'exploitation des infrastructures, il prend désormais des responsabilités de direction. Il ne s'agit plus seulement de résoudre des problèmes techniques. Il faut anticiper les besoins des clients, orienter les investissements, organiser les équipes et s'assurer que les solutions proposées pourront évoluer avec les usages.
SANCFIS Faso : penser les infrastructures de demain
Depuis avril 2019, selon son CV, Bakénon Koné occupe le poste de directeur de la technologie de SANCFIS Faso. Il y supervise les orientations techniques et le développement des solutions technologiques. Sa mission consiste notamment à garantir la qualité, la modularité et la capacité d'évolution des infrastructures déployées.
Dans les télécommunications, la capacité d'évolution constitue un enjeu majeur. Une infrastructure doit répondre aux besoins actuels, mais également pouvoir supporter une augmentation du nombre d'utilisateurs et du volume de données. Elle doit aussi intégrer de nouvelles technologies sans imposer une reconstruction complète des systèmes existants. Pour un directeur de la technologie, ces choix engagent l'avenir de l'entreprise. Ils nécessitent une connaissance approfondie des réseaux, mais également une vision stratégique et une capacité à coordonner des équipes pluridisciplinaires.
L'interconnexion, un enjeu pour l'Internet burkinabè
L'engagement de Bakénon Koné dépasse ses fonctions au sein de SANCFIS Faso. Il est membre du conseil d'administration de l'Alliance burkinabè des domaines Internet, l'ABDI. Il représente également SANCFIS Faso au comité de gestion du Point d'atterrissement virtuel du Burkina Faso, le PAV-Burkina, ainsi qu'à l'assemblée générale du BFIX, le point d'échange Internet national.
Ces instances interviennent sur des questions essentielles au fonctionnement de l'écosystème numérique. Un point d'échange Internet permet notamment à différents réseaux de s'interconnecter localement, afin que certaines données puissent circuler entre eux sans devoir transiter inutilement par des infrastructures situées à l'étranger. Cette organisation peut contribuer à réduire les délais de transmission et à améliorer l'efficacité des échanges.
Quant aux infrastructures internationales et aux ressources Internet, leur gestion nécessite une coordination entre les opérateurs, les institutions et les autres acteurs du secteur. En participant à ces instances, Bakénon Koné contribue aux échanges et aux mécanismes de gouvernance qui accompagnent le développement des réseaux nationaux.
Du Burkina Faso aux grandes rencontres de l'Internet africain
Depuis de nombreuses années, Bakénon Koné prend part aux principales rencontres professionnelles consacrées aux infrastructures et à la gouvernance de l'Internet en Afrique. Son CV mentionne notamment les sommets africains de l'Internet, les rencontres AfriNIC, les forums AfPIF consacrés à l'interconnexion, les forums africains des directeurs des systèmes d'information, ainsi que les événements IndiaSoft et ID4Africa. En 2026, il participe notamment à IndiaSoft en Inde, au sommet ID4Africa en Côte d'Ivoire et au Sommet africain de l'Internet au Kenya.
Ces rencontres permettent aux professionnels de partager leurs expériences et de suivre l'évolution des technologies et des pratiques. Elles abordent des sujets aussi divers que les ressources Internet, les infrastructures de connexion, la cybersécurité, l'identité numérique et les nouveaux usages. Pour un pays comme le Burkina Faso, la participation de ses ingénieurs à ces espaces contribue à maintenir un dialogue avec les autres écosystèmes numériques du continent.
La formation continue comme méthode de travail
Le parcours de Bakénon Koné se caractérise également par une formation technique régulière. Titulaire d'une licence MIAGE de l'Université de Picardie Jules Verne, il a suivi plusieurs certifications et formations professionnelles, notamment en gestion de projets, en gestion des services informatiques et en administration des équipements réseau. Son CV mentionne notamment ITIL, PRINCE2, Ubiquiti et MikroTik. Sa biographie ajoute une certification HYTERA.
Cette volonté de maintenir ses compétences à jour est particulièrement importante dans les télécommunications. Les équipements évoluent. Les protocoles changent. Les menaces informatiques se diversifient. Et les attentes des utilisateurs augmentent continuellement. Après vingt-six années de carrière, la formation demeure donc un élément central de son métier.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce que Bakénon Karim Koné appartient à cette génération de professionnels qui ont accompagné l'évolution des infrastructures numériques burkinabè depuis le début des années 2000.
Parce qu'il a participé à l'administration et au développement des réseaux de l'Université de Ouagadougou, à une période où l'accès à Internet représentait encore un défi important pour l'enseignement supérieur.
Parce qu'il s'est engagé très tôt dans la promotion des logiciels libres et le développement des compétences locales, notamment à travers les LABTIC.
Et parce que son parcours rappelle une réalité fondamentale : derrière chaque innovation numérique se trouvent des réseaux, des équipements et des professionnels capables d'en garantir le fonctionnement. Avec Bakénon Koné, le Burkina numérique raconte l'histoire de ceux qui ont appris à connecter les institutions, à faire circuler les données et à construire les infrastructures sur lesquelles reposent les usages d'aujourd'hui et de demain.
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