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Les 100 Visages du Burkina Digital : Clémence Tuina, quand le journalisme apprend à travailler avec l’intelligence artificielle

Publié le 20 septembre 2026 par Jacques Sawadogo

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Les 100 Visages du Burkina Digital : Clémence Tuina, quand le journalisme apprend à travailler avec l’intelligence artificielle

À 26 jours de l'ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd'hui, arrêt sur Clémence Tuina, journaliste à la RTB, productrice et formatrice, dont le parcours raconte une autre facette de la transformation numérique du Burkina Faso : celle d'une professionnelle des médias qui, de la radio aux réseaux sociaux, du podcast à l'intelligence artificielle, n'a cessé d'adapter son métier aux nouveaux outils sans jamais perdre de vue l'essentiel : l'humain doit rester aux commandes.

60 % humain. 40 % machine. La formule peut surprendre venant d’une journaliste. Elle résume pourtant assez bien le nouveau terrain d’expérimentation de Clémence Tuina. Dans son magazine IA au quotidien, diffusé sur RTB Zénith, des avatars peuvent mener des interviews. Des personnages virtuels peuvent devenir chroniqueurs ou experts. Certains environnements visuels sont générés par intelligence artificielle.

Mais derrière les avatars, les voix synthétiques et les images générées, une règle demeure : l’humain décide. Il choisit le sujet. Il donne l’intention. Il vérifie. Il arbitre. Il valide. La machine, elle, assiste.

Cette frontière entre ce que peut faire l’intelligence artificielle et ce que doit continuer à assumer le journaliste constitue aujourd’hui l’un des principaux terrains d’exploration de Clémence Tuina. Mais son histoire avec le numérique a commencé bien avant ChatGPT.

2014 : quand la radio ne s’arrête plus à l’antenne

Clémence Tuina situe le début de son parcours numérique en 2014. À cette époque, elle entreprend seule d’explorer les outils et plateformes numériques susceptibles de prolonger son métier de journaliste. Parmi ses premières expériences : SoundCloud. Elle commence à y publier des contenus audio.

Le geste peut sembler banal aujourd’hui. Il l’était beaucoup moins il y a une douzaine d’années. Une émission radiophonique était traditionnellement liée à son heure de diffusion. Si l’auditeur n’était pas devant son poste au bon moment, elle lui échappait. Internet bouleverse cette logique. Une production peut désormais être publiée. Partagée. Réécoutée. Archivée. C’est le principe de la consommation asynchrone de l’information.

L’émission peu même toucher quelqu’un qui ne se trouve même pas dans la zone de couverture de la radio. Pour la journaliste, c’est la découverte d’un nouvel espace de diffusion. Et surtout le début d’une habitude qui ne la quittera plus : apprendre en expérimentant.

De l’autoformation à la communication numérique

En 2019, Clémence Tuina décide de structurer ce qu’elle avait jusque-là appris en grande partie par elle-même. Elle intègre la première promotion de Communication numérique de l’Institut Supérieur de la Communication et du Multimédia (ISCOM). Cette formation marque un tournant dans son parcours. Elle approfondit sa maîtrise des outils et, surtout, conforte une conviction : le numérique ne constitue pas simplement un canal supplémentaire pour les médias. Il transforme progressivement la manière de produire, de diffuser et de penser un contenu.

L’année suivante, une formation du CIRTEF lui fait explorer une autre évolution : la production audiovisuelle avec le téléphone. Le smartphone n’est plus seulement l’objet avec lequel le journaliste appelle ses sources. Il devient caméra. Enregistreur. Outil de montage. Et parfois même studio de production.

Puis vient le temps de transmettre

À partir de 2020, Clémence Tuina ne se contente plus d’apprendre. Elle commence aussi à transmettre. Dans le cadre du projet MédiaSahel de CFI, elle accompagne des journalistes autour de la promotion numérique des émissions : création de visuels, vidéos et textes, animation des réseaux sociaux, promotion des programmes et utilisation du Facebook Live.

Entre 2020 et 2024, cette activité prend une dimension internationale avec la Deutsche Welle Akademie. À distance, elle forme et accompagne des journalistes du Niger, du Cameroun et de la République démocratique du Congo.

Webjournalisme. Podcasts. Transformation d’une émission radiophonique en contenu multimédia. Les outils changent, mais la question reste la même : comment adapter le journalisme aux nouveaux usages du public ?

Le podcast devient naturellement l’un de ses terrains d’expérimentation. Pour une journaliste issue de la radio, le format constitue à la fois une continuité et une rupture : on reste dans l’univers du son, mais l’auditeur choisit désormais quand, où et comment écouter.

2021 : l’IA avant la grande vague ChatGPT

En 2021, un nouveau mot entre plus nettement dans son vocabulaire professionnel : intelligence artificielle. Clémence Tuina suit auprès de RD Digital une formation aux outils d’IA appliqués au marketing digital, à la communication et au journalisme. Elle commence à expérimenter des outils susceptibles de faciliter la production de vidéos, d’images, d’affiches et d’autres contenus.

Nous sommes encore avant la démocratisation spectaculaire de l’intelligence artificielle générative provoquée par l’arrivée de ChatGPT auprès du grand public. Mais sa méthode reste la même que lors de sa découverte du numérique. Tester. Comprendre. Voir ce qui peut être utile au métier. Puis intégrer progressivement.

De l’apprentissage à la formation à l’IA

À partir de 2023, elle franchit une nouvelle étape. Après avoir expérimenté les outils, Clémence Tuina commence à former d’autres professionnels à leurs usages. Journalistes. Communicateurs. ONG. Lanceurs d’alerte. Activistes climatiques.

L’objectif n’est pas de transformer ces publics en ingénieurs en intelligence artificielle. Il est beaucoup plus concret : leur montrer comment utiliser ces nouveaux outils dans leur travail. Son parcours reproduit ainsi une mécanique déjà observée quelques années auparavant avec le numérique : elle découvre, expérimente, applique, puis transmet. Mais l’intelligence artificielle va bientôt lui permettre d’aller plus loin.

« IA au quotidien » : expliquer l’IA en l’utilisant

À partir de 2025, Clémence Tuina crée et produit IA au quotidien à la RTB. Le programme existe sous deux formes : un podcast radiophonique diffusé sur Radio Burkina et un magazine télévisé sur RTB Zénith. L’idée est d’abord de vulgariser. Expliquer au public ce qu’est l’intelligence artificielle. Montrer ses usages. Faire comprendre ses possibilités.

Mais l’émission possède une particularité : elle ne se contente pas de parler de l’IA. Elle l’utilise pour se fabriquer. Dans sa version télévisée, Clémence Tuina expérimente notamment son propre avatar numérique pour conduire certaines interviews. Des personnages virtuels peuvent intervenir comme experts ou chroniqueurs. Des environnements visuels peuvent être produits grâce à des outils génératifs. L’émission devient ainsi un petit laboratoire. Le téléspectateur ne regarde plus seulement un programme sur l’intelligence artificielle. Il regarde aussi un programme partiellement produit avec elle.

60 % humain, 40 % machine

C’est dans ce contexte qu’apparaît la formule de Clémence Tuina : 60 % humain, 40 % machine. Il ne s’agit évidemment pas d’une mesure scientifique. C’est une philosophie. L’intelligence artificielle peut proposer. Générer. Transformer. Accélérer. Mais elle ne doit pas prendre la responsabilité éditoriale. Cette responsabilité reste humaine.

La distinction est essentielle dans le journalisme. Une image générée peut être spectaculaire et fausse. Un texte produit en quelques secondes peut contenir une erreur. Une voix synthétique peut faire dire à quelqu’un des mots qu’il n’a jamais prononcés. Plus les outils deviennent puissants, plus la capacité du journaliste à vérifier, contextualiser et assumer ses choix devient importante. L’IA peut donc accélérer le métier. Elle ne supprime pas ses règles.

Quand le numérique change aussi la géographie du travail

Le parcours de Clémence Tuina montre une autre transformation, moins spectaculaire mais tout aussi profonde : le numérique a aboli une partie des distances professionnelles. Depuis 2021, elle participe notamment à des jurys de concours journalistiques internationaux, parmi lesquels le Grand Prix international URTI de la radio et le Prix Italia.

Les œuvres arrivent numériquement. Les membres du jury les écoutent ou les visionnent à distance. Les échanges et délibérations peuvent se tenir en ligne. Même logique lorsqu’elle forme depuis le Burkina des journalistes installés au Niger, au Cameroun ou en République démocratique du Congo. Le numérique n’est donc plus simplement un outil du métier. Il devient le lieu où une partie du métier s’exerce.

Un métier qui change sans perdre sa raison d’être

SoundCloud. Smartphone. Facebook Live. Podcast. Formation à distance. Intelligence artificielle. Avatars. En une douzaine d’années, les outils utilisés par Clémence Tuina se sont multipliés. Et ceux de demain seront probablement différents. Mais son parcours pose finalement une question plus importante que celle des technologies elles-mêmes : qu'est-ce qui doit rester lorsque les outils changent ?

Pour le journalisme, la réponse se trouve sans doute du côté de la responsabilité. Vérifier. Choisir. Hiérarchiser. Contextualiser. Donner du sens. Et savoir pourquoi on produit un contenu avant de demander à une machine de nous aider à le produire. L’intelligence artificielle peut devenir une nouvelle collègue de travail. Mais pas la rédactrice en chef.

Pourquoi fait-elle partie des 100 Visages du Burkina Digital ?

Parce que le parcours de Clémence Tuina raconte une transformation numérique moins visible que la pose d’une fibre optique ou la construction d’un data center, mais tout aussi importante : la transformation des usages et des métiers.

Parce qu’elle a commencé à explorer les nouveaux espaces de diffusion numérique dès 2014, avant de structurer cette pratique par la formation et l’expérimentation.

Parce qu’elle a ensuite transmis ces compétences à des journalistes de plusieurs pays africains, notamment autour du webjournalisme, des réseaux sociaux et du podcast.

Parce qu’elle s’est intéressée aux usages professionnels de l’intelligence artificielle avant leur démocratisation massive et qu’elle forme aujourd’hui à son tour différents publics à ces outils.

Parce qu’avec IA au quotidien, elle franchit une nouvelle étape : faire de l’intelligence artificielle non seulement un sujet journalistique, mais aussi un outil de production journalistique.

Et parce que son parcours rappelle finalement quelque chose d’essentiel au moment où les machines apprennent à écrire, parler, dessiner et produire des images : l’avenir du journalisme ne dépendra peut-être pas seulement de ce que l’intelligence artificielle saura faire, mais de ce que les journalistes décideront de lui confier — et de ce qu’ils choisiront de garder entre leurs mains.

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