Les 100 Visages du Burkina Digital : Dr Bewindin Alfred Sawadogo, penser l’intelligence artificielle à hauteur d’humain
À six jours de l'ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd'hui, nous mettons à l'honneur Dr Bewindin Alfred Sawadogo, ingénieur en télécommunications, docteur de l'Université de Lille et chercheur en politiques de l'intelligence artificielle, dont le parcours, de la recherche technologique à la gouvernance de l'IA, pose une question fondamentale : comment accompagner les progrès de cette technologie tout en protégeant les droits et les intérêts de ceux qui l'utilisent ?

L'intelligence artificielle peut-elle refuser injustement un crédit ? Un algorithme peut-il défavoriser un candidat à un emploi ? Comment protéger les données personnelles lorsqu'elles alimentent des systèmes de plus en plus puissants ? Et qui doit répondre lorsqu'une décision automatisée produit une discrimination ?
À mesure que l'intelligence artificielle s'installe dans nos sociétés, ces questions deviennent aussi importantes que les performances des modèles. Elles se trouvent aujourd'hui au cœur du travail d'Alfred Sawadogo. Son parcours possède une particularité : il connaît la technologie de l'intérieur, mais a choisi de consacrer une partie de ses recherches à ses conséquences sur la société.
Des télécommunications à la recherche scientifique
Avant de s'intéresser aux politiques de l'intelligence artificielle, Alfred Sawadogo s'est formé à l'ingénierie des télécommunications. Il poursuit ensuite des études spécialisées en réseaux optiques et systèmes photoniques à l'Université Paris-Saclay, avant d'effectuer un doctorat en télécommunications à l'Université de Lille, entre 2019 et 2022.
Les réseaux optiques reposent notamment sur la lumière pour transporter de grandes quantités d'informations. Ils font partie des technologies qui rendent possible la circulation massive des données sur lesquelles s'appuient nos sociétés numériques. Cette formation donne à Alfred Sawadogo une première manière d'aborder la technologie : comprendre ses mécanismes, examiner les résultats et travailler avec la rigueur de la recherche scientifique. Des compétences qui lui serviront lorsqu'il s'intéressera, quelques années plus tard, aux enjeux de l'intelligence artificielle.
Comprendre aussi le monde de l'entreprise
Après son doctorat, Alfred Sawadogo rejoint Hamamatsu, entre 2022 et 2023, comme ingénieur technico-commercial. Il y travaille notamment avec des clients issus de laboratoires académiques, mène des négociations commerciales et représente l'entreprise lors d'expositions et d'événements scientifiques.
De 2023 à 2025, il devient responsable de produits télécoms chez 3SP Technologies. Il y coordonne plusieurs départements, de la recherche et développement à la production, en passant par la logistique, la finance et la qualité. Ces expériences l'amènent à évoluer à l'interface de plusieurs univers.
Celui du chercheur qui développe des connaissances. Celui de l'ingénieur qui comprend les produits. Et celui de l'entreprise qui doit transformer une innovation en solution utilisable. Mais une autre dimension de la technologie va progressivement occuper une place centrale dans son parcours : ses effets sur les individus et sur la société.
Quand la question n'est plus seulement « Que peut faire l'IA ? »
Les progrès de l'intelligence artificielle suscitent beaucoup d'enthousiasme. Les machines peuvent désormais générer des textes, analyser des images, traduire des langues, assister des professionnels et automatiser certaines décisions. Mais une technologie puissante soulève nécessairement de nouvelles responsabilités.
Comment vérifier qu'un système traite équitablement les personnes ? Comment protéger la vie privée ? Comment rendre compréhensible une décision prise avec l'aide d'un algorithme ? Comment identifier les risques avant qu'ils ne produisent des dommages ? Alfred Sawadogo choisit de travailler sur ces questions à travers les politiques publiques et la gouvernance de l'intelligence artificielle.
Il complète sa formation technique par des enseignements consacrés notamment à l'éthique de l'IA à la London School of Economics, aux politiques de l'IA, à la sécurité de l'intelligence artificielle ainsi qu'aux politiques numériques et aux données du secteur public au CNAM de Paris. Son champ de travail s'élargit ainsi de la conception des technologies à l'étude des règles et des institutions qui encadrent leur utilisation.
Évaluer les politiques d'intelligence artificielle
Entre 2025 et 2026, Alfred Sawadogo collabore avec le Global Center on AI Governance. Son travail porte sur la collecte et l'analyse d'informations relatives à la gouvernance de l'intelligence artificielle, ainsi que sur l'évaluation des politiques gouvernementales, des initiatives privées et de l'engagement de la société civile. Les critères étudiés comprennent notamment l'équité, l'inclusion, la transparence, la vie privée et la protection des données.
Car adopter une stratégie nationale d'intelligence artificielle ne suffit pas. Il faut également se demander ce qu'elle prévoit réellement. Quels droits protège-t-elle ? Quels risques identifie-t-elle ? Quelles responsabilités attribue-t-elle aux entreprises et aux institutions ? Comment les citoyens peuvent-ils être associés aux décisions ? L'évaluation des politiques publiques permet précisément d'examiner ces questions à partir de critères explicites et d'informations documentées.
Comparer les politiques à l'échelle internationale
En 2026, Alfred Sawadogo rejoint également un groupe de recherche du Center for AI and Digital Policy. Il contribue notamment aux travaux liés à l'indice CAIDP, une étude comparative internationale consacrée aux politiques et aux pratiques de gouvernance de l'intelligence artificielle.
Comparer les approches de différents pays permet de mieux comprendre les choix possibles.
Certains cadres privilégient la protection des droits fondamentaux. D'autres mettent l'accent sur l'innovation, la sécurité ou la responsabilité des entreprises. L'enjeu de la recherche comparative est de documenter ces différences et d'examiner la manière dont les engagements se traduisent en pratiques. Pour les pays africains, ces travaux peuvent aussi nourrir une réflexion essentielle : comment élaborer des politiques adaptées à leurs propres réalités, plutôt que de simplement reproduire des modèles conçus ailleurs ?
Les personnes vulnérables au centre de la réflexion
Aujourd'hui, Alfred Sawadogo indique travailler au sein de l'équipe « Nouvelles technologies et groupes vulnérables » de l'Information Society and Law Center, l'ISLC. Ses recherches portent notamment sur les risques de discrimination et d'exclusion liés à l'intelligence artificielle. C'est sans doute l'une des dimensions les plus humaines de son parcours.
Un système d'intelligence artificielle peut sembler performant lorsqu'on le mesure uniquement à travers sa précision statistique. Mais cette performance moyenne peut masquer des écarts importants entre différentes catégories de personnes.
Un outil peut fonctionner correctement pour une majorité d'utilisateurs et produire des résultats moins fiables pour d'autres. Une technologie peut aussi devenir inaccessible à ceux qui ne disposent pas des compétences, des ressources ou des infrastructures nécessaires. Étudier les groupes vulnérables, c'est donc poser une question fondamentale : qui bénéficie réellement du progrès technologique, et qui risque d'en être exclu ?
La sécurité de l'IA, une compétence à transmettre
La recherche n'est pas sa seule activité. En 2026, Alfred Sawadogo intervient également comme facilitateur d'un programme de l'European Network for AI Safety. Il anime un cursus intensif de quatre semaines destiné à des professionnels de différents pays, consacré notamment aux politiques de l'intelligence artificielle et aux stratégies d'atténuation des risques.
Cette activité illustre une autre facette de son engagement : transmettre les connaissances nécessaires pour aborder l'intelligence artificielle de manière responsable.
La sécurité de l'IA ne concerne pas uniquement les ingénieurs qui développent les modèles. Elle intéresse aussi les décideurs publics, les juristes, les entreprises, les chercheurs et les organisations de la société civile. Tous doivent pouvoir comprendre les risques associés aux usages de cette technologie et participer aux discussions sur les moyens de les limiter.
Faire dialoguer science, droit et société
Le CV d'Alfred Sawadogo met en avant des compétences qui dépassent le cadre strictement technique. Analyse de politiques publiques. Veille stratégique sur la régulation de l'IA. Rédaction de rapports et de notes d'analyse. Coordination de projets et d'équipes pluridisciplinaires. Médiation scientifique et vulgarisation. Il suit notamment les évolutions de cadres réglementaires tels que le RGPD, le Digital Services Act, le Digital Markets Act et l'AI Act européen. Ces compétences traduisent une réalité nouvelle.
Les enjeux de l'intelligence artificielle ne peuvent plus être traités par une seule discipline. L'ingénieur peut expliquer comment fonctionne un système. Le juriste peut examiner les responsabilités et les droits. Le chercheur en sciences sociales peut étudier les effets sur les populations. Et le décideur public doit pouvoir transformer ces connaissances en orientations applicables. La gouvernance de l'IA se construit précisément à la rencontre de ces expertises.
« Où va l'intelligence artificielle ? »
Alfred Sawadogo s'intéresse également à la diffusion des connaissances auprès d'un public plus large. Il est l'auteur d'un livre intitulé « Où va l'intelligence artificielle ». Le titre pose une question qui dépasse les laboratoires et les entreprises technologiques. L'intelligence artificielle évolue rapidement. Mais la direction que prendra son développement dépendra aussi des choix humains.
Les choix des chercheurs. Ceux des entreprises. Ceux des gouvernements. Et ceux des citoyens, à condition qu'ils disposent des informations nécessaires pour participer au débat. La vulgarisation joue ici un rôle important : rendre les enjeux suffisamment accessibles pour qu'ils ne restent pas réservés à un cercle de spécialistes.
Une voix burkinabè dans les débats internationaux
Installé en France, Alfred Sawadogo inscrit aujourd'hui ses activités dans plusieurs réseaux internationaux consacrés à l'intelligence artificielle et à la gouvernance numérique. Son CV mentionne notamment son engagement auprès de Young AI Leaders, sa participation à l'Internet Governance Forum en tant que jeune fellow et sa présence à des événements comme l'AI Policy Summit 2024.
Son parcours illustre une autre manière de contribuer à l'écosystème numérique burkinabè.
Tous les acteurs du numérique ne travaillent pas nécessairement à la création d'applications, au déploiement d'infrastructures ou à la direction d'entreprises locales. Certains participent à la production de connaissances et aux discussions internationales qui influenceront les technologies de demain. Dans le cas d'Alfred Sawadogo, cette contribution se situe à la rencontre de l'expertise technique, de la recherche et de la gouvernance de l'intelligence artificielle.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce que Dr Bewindin Alfred Sawadogo incarne un profil encore peu représenté dans les récits consacrés au numérique : celui d'un ingénieur devenu chercheur en politiques de l'intelligence artificielle.
Parce que sa formation en télécommunications, en réseaux optiques et en recherche scientifique lui donne une compréhension technique des infrastructures numériques, qu'il complète aujourd'hui par l'étude de leurs implications sociales et réglementaires.
Parce qu'il contribue à des travaux internationaux sur la gouvernance de l'IA, l'évaluation des politiques publiques et les principes d'une intelligence artificielle responsable.
Parce qu'il s'intéresse particulièrement aux risques de discrimination et d'exclusion, rappelant que les progrès technologiques doivent aussi être examinés à travers leurs conséquences pour les personnes les plus vulnérables.
Parce qu'il participe à la transmission des connaissances sur la sécurité de l'intelligence artificielle et à la vulgarisation de ses enjeux auprès d'un public plus large.
Et parce que son parcours ouvre une réflexion importante pour le Burkina Faso et pour l'Afrique : le développement de l'intelligence artificielle ne doit pas seulement poser la question des technologies que nous utiliserons, mais aussi celle des règles, des valeurs et des garanties qui accompagneront leur utilisation. Car l'avenir de l'intelligence artificielle ne se jouera pas uniquement dans la puissance des machines. Il dépendra aussi de notre capacité à placer l'humain au centre des décisions.
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