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Les 100 Visages du Burkina Digital : Dr Rodrique Kafando, former au Burkina ceux qui construiront l’IA africaine

Publié le 26 octobre 2026 par Kevin Bado

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Les 100 Visages du Burkina Digital : Dr Rodrique Kafando, former au Burkina ceux qui construiront l’IA africaine

Deux jours après la clôture de la phase officielle de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Aujourd’hui : le Dr Rodrique Kafando, enseignant-chercheur en intelligence artificielle à l’Université Virtuelle du Burkina Faso et chargé de recherche au centre d’excellence en IA CITADEL.

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Soumettez à une intelligence artificielle conçue ailleurs un échange de piques entre un Mossi et un Samo, et demandez-lui d’en qualifier le contenu. Elle risque fort d’y voir des propos injurieux, voire haineux. Ce qu’elle ignore : il s’agit de parenté à plaisanterie, une pratique qui, au Burkina Faso, désamorce les tensions et renforce la cohésion sociale. Une IA pensée ici saurait nuancer son analyse, car une IA ne comprend que ce qu’on lui a appris. Pour l’Afrique, une question domine donc : qui construira les systèmes que nous utiliserons demain ? Rodrique Kafando a fait de cette question le fil conducteur de son travail.

Des réseaux télécoms à l’analyse de données

Ingénieur en télécommunications de formation, il s’oriente vers les systèmes intelligents à l’Institut francophone international, au Vietnam, puis en France. Il obtient un master en 2018, puis un doctorat en informatique (Data Science et intelligence artificielle) à l’Université de Montpellier en 2021. Ses publications portent sur les villes intelligentes, les mégadonnées, la pollution liée au trafic urbain et les données biomédicales. Une même logique les relie : transformer les données en connaissances exploitables.

Le choix du retour

Après plusieurs années de formation et de recherche à l’étranger, il fait le choix de rentrer au Burkina Faso. Un choix mûri, que la vision du centre CITADEL est venue renforcer : développer au Burkina des solutions d’IA qui partent des réalités locales et former sur place les talents capables de les porter. Depuis 2022, il y est chargé de recherche et participe, avec l’équipe du centre, à la formation et à l’encadrement de spécialistes en IA. Plus de 70 ingénieurs y ont été formés. À l’Université Virtuelle du Burkina Faso, il enseigne l’apprentissage automatique, l’apprentissage profond et le traitement automatique du langage. Il y coordonne le master Data Mining et Intelligence Artificielle et dirige, depuis juin 2026, le département informatique. Une conviction guide ce retour, partagée par ses collègues : sans compétences formées sur place, pas d’autonomie technologique.

Des problèmes réels aux solutions locales

Au centre CITADEL, l’équipe suit une méthode constante. Elle identifie avec les acteurs sectoriels des problèmes réels, en fait des sujets de recherche, puis aboutit à des preuves de concept (POC) utilisées par des partenaires locaux. À ce jour, plus de quinze solutions d’IA ont ainsi été développées et ont donné lieu à plus d’une vingtaine de publications scientifiques. Le constat de départ est simple : une IA conçue ailleurs, avec d’autres langues et d’autres données, ne répond pas d’elle-même aux besoins africains. Elle doit être développée ou adaptée à partir de nos réalités.

De la recherche à la décision

Depuis avril 2025, il est expert au SP-IVTEN, rattaché au ministère chargé de la Transition digitale, et contribue à l’élaboration de la Feuille de route nationale d’intelligence artificielle 2026-2030. Il a également pris part à l’élaboration des Lignes directrices pour une intelligence artificielle éthique, inclusive et responsable en Afrique francophone.

Une souveraineté à notre portée

Au-delà de la technique, Rodrique Kafando défend une IA responsable et souveraine. Pour lui, la souveraineté numérique n’a rien d’une utopie, à condition de bien la comprendre. Il ne s’agit pas de rivaliser avec les géants du secteur, mais de s’appuyer sur les modèles d’IA open source pour en faire un véritable levier de développement local. Le Burkina Faso et les pays de la région ont les moyens de déployer ces modèles au service de leurs besoins essentiels.

Encore faut-il utiliser ces technologies en gardant la maîtrise des données des citoyens comme de celles des institutions. D’où l’importance de former des talents locaux, pour passer du statut de simples intégrateurs de solutions venues d’ailleurs à celui de véritables concepteurs. Formé en 2025 à l’IA et aux droits humains à l’Université de Pretoria, il rappelle aussi qu’une IA ne se juge pas à sa seule performance. Ses biais, sa transparence et ses effets sur les populations comptent tout autant.

Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?

Parce que son parcours relie trois mondes qui se parlent encore trop peu : la recherche, la formation et la décision publique. Parce qu’il prend part, avec d’autres chercheurs, enseignants et institutions, à un effort collectif pour que le Burkina ne reste pas un simple consommateur d’intelligence artificielle. Et parce que cet engagement rappelle une évidence : l’Afrique ne tirera pleinement parti de l’IA que si elle forme elle-même celles et ceux qui la construisent.

www.lefasodigital.net

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