Les 100 Visages du Burkina Digital : Galiam Ouédraogo, des fréquences au Backbone, bâtir les routes du numérique
À moins 30 jours de l'ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd'hui, nous mettons à l'honneur Galiam Ouédraogo, ingénieur de conception en télécommunications et spécialiste du développement numérique, dont le parcours, de l'ingénierie des réseaux à la régulation, puis à la conduite de réformes et de grands projets d'infrastructures publiques, raconte près de deux décennies consacrées à une même ambition : faire de la connectivité un levier de développement pour le Burkina Faso et, désormais, pour l'Afrique.
Avant les applications, il faut des réseaux. Avant les services publics en ligne, il faut connecter les administrations et les populations. Avant de parler de 5G, de cloud ou d'intelligence artificielle, il faut des fréquences, de la fibre optique, de la bande passante et des réglementations permettant à tout cet écosystème de fonctionner. Galiam Ouédraogo a consacré une grande partie de son parcours professionnel à construire ces fondations.
Ingénieur de conception en télécommunications, passé par les réseaux mobiles, fixes, satellitaires et la télévision numérique en Europe, il aurait pu y poursuivre sa carrière. En 2015, il fait pourtant un autre choix. Celui du retour au Burkina Faso. Et avec ce retour commence une décennie au cœur de quelques-uns des principaux chantiers de développement des communications électroniques du pays.
L'éducation comme première infrastructure
Pour comprendre ce choix, il faut remonter plus loin que les télécommunications. Galiam Ouédraogo grandit dans une famille où l'éducation occupe une place centrale. Son père, le Pr Albert Patoin Ouédraogo, premier professeur titulaire d'entomologie du Burkina Faso, lui transmet une conviction : le développement du pays passe par l'éducation et par une société dans laquelle le mérite doit primer sur la naissance ou les privilèges.
Après une licence de physique à l'Université de Ouagadougou en 2003, il poursuit sa formation en France. En 2007, il obtient à l'INSA Rennes un diplôme d'ingénieur de conception en électronique et systèmes de communications, option réseaux télécoms, ainsi qu'un Master 2 Recherche en Microélectronique Architecture Réseaux et Systèmes. Il complète ce cursus en 2010 par un mastère spécialisé de Manager Télécom à Télécom & Management SudParis. Le socle est posé : physique, électronique, télécommunications, réseaux et management.
Apprendre les télécoms sur les grands réseaux européens
Ses premières expériences professionnelles le plongent dans les réseaux de télécommunications européens. Entre la France et les Pays-Bas, il intervient sur des projets touchant à la qualité de service des réseaux mobiles chez SFR, aux réseaux fixes et IPTV chez Bouygues Telecom, ainsi qu'à l'ingénierie de télévision numérique pour Canal+, Numericable et UPC Broadband.
Son champ d'expérience couvre alors réseaux mobiles, fixes, câblés, satellitaires et télévision numérique terrestre. Pendant plusieurs années, il acquiert donc l'expérience des réseaux et systèmes de communications électroniques complexes. Puis vient 2015. Galiam Ouédraogo décide de rentrer au Burkina Faso pour mettre cette expertise au service de son pays.
À l'ARCEP, entrer dans le monde invisible des fréquences
Son point d'entrée est l'Autorité de régulation des communications électroniques et des postes, l'ARCEP. Il y prend la tête du service chargé de la planification et de la coordination du spectre ainsi que des études et de l'ingénierie.
Le spectre radioélectrique est une ressource que le grand public ne voit pas, mais dont dépendent les communications mobiles, la radio, la télévision, les communications satellitaires et de nombreux autres services. Il faut donc organiser son utilisation, attribuer les fréquences et coordonner celles-ci avec les autres pays pour limiter les brouillages. Pour lui, la gestion du spectre est bien plus qu'une fonction réglementaire : c'est une passion. Fasciné par cette ressource stratégique, il acquiert une expertise reconnue en gestion des fréquences et en ingénierie radioélectrique.
Entre 2015 et 2018, Galiam Ouédraogo travaille précisément sur ces questions. Mais son action dépasse rapidement les frontières du Burkina Faso.
Porter aussi la voix africaine sur la 5G
À partir de 2015, il devient membre du Groupe d'experts des radiocommunications de l'Union africaine des télécommunications. Lors de la Conférence mondiale des radiocommunications de 2015, il exerce les fonctions de co-rapporteur et de co-coordinateur adjoint sur un point de l'ordre du jour stratégique consacré à l'identification des besoins futurs en fréquences pour les télécommunications mondiales. Il est également désigné point focal de l'Union africaine pour les questions relatives à la 5G, jouant un rôle central dans l'élaboration et la défense des positions africaines.
Dans ces enceintes où se dessinent les règles qui encadreront les technologies de demain,il défend le développement de solutions adaptées aux besoins et aux réalités africaines, plutôt que la simple adoption de tendances technologiques conçues ailleurs.
De 2015 à 2019, il exerce les fonctions de vice-président de la Commission d'études 1 de l'UIT-R, en charge des questions de gestion du spectre radioélectrique. Il représente ensuite le Burkina Faso au Conseil de l'Union internationale des télécommunications (UIT) de 2019 à 2022. L'ingénieur formé aux télécommunications découvre alors une autre dimension de son métier : celle où la technologie rencontre la diplomatie, la gouvernance internationale et les enjeux de souveraineté numérique.
2018 : passer de la régulation à la transformation numérique
En mars 2018, Galiam Ouédraogo devient Directeur général des communications électroniques au ministère chargé du Développement numérique. Il se retrouve au cœur de la définition et de la mise en œuvre des politiques publiques numériques du Burkina Faso. Il occupera cette fonction pendant sept ans, jusqu'en mars 2025. Cette fois, son périmètre s'élargit : politiques publiques, réglementation, infrastructures, grands programmes nationaux et représentation internationale.
Il engage alors plusieurs réformes majeures, parmi lesquelles la révision de la loi sur les communications électroniques, adoptée en 2019, et le renouvellement des licences des opérateurs selon le principe de neutralité technologique. Convaincu que le développement numérique doit être guidé par une vision nationale, il pilote l'élaboration du Schéma directeur d'aménagement numérique (SDAN), adopté la même année. Ce document marque une rupture : le Burkina Faso définit désormais lui-même ses priorités et oriente les investissements du secteur autour d'une stratégie cohérente.
Mais le chantier le plus emblématique de cette période reste le Backbone national, pierre angulaire de l'ambition de connectivité du pays.
2001 kilomètres pour dessiner une nouvelle carte numérique
Le Projet Backbone National des Télécommunications (PBNT) ambitionne de construire une grande dorsale publique de fibre optique. Galiam Ouédraogo en devient le coordonnateur national en 2018. À son lancement, le projet prévoit la réalisation de 2 001 kilomètres de fibre optique couvrant 66 communes.
Mais les kilomètres ne racontent qu'une partie de l'histoire. Une dorsale numérique joue, pour les données, un rôle comparable à celui d'une grande route pour les personnes et les marchandises. Elle permet de relier des territoires. D'interconnecter des administrations. D'offrir des capacités aux opérateurs. De rapprocher progressivement les services numériques des populations.
Conçu comme une infrastructure ouverte au service de l'État et du secteur privé, le Backbone est mis en œuvre entre 2018 et 2023. Aujourd'hui exploité par les administrations, les opérateurs et les entreprises, il constitue l'une des principales infrastructures numériques du pays et contribue à redessiner durablement la carte numérique du Burkina Faso.
Renforcer l'accès international aux données … mais aussi les garder au plus près
Un autre chantier vient compléter cette architecture : les points d'atterrissement virtuels (PAV) et les points d'échange Internet (IXP) de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso. Dans le cadre du projet PRICAO/WARCIP Burkina Faso, près de 300 kilomètres de fibre optique sont déployés pour soutenir ces infrastructures.
L'objectif est double : accroître l'accès à la capacité Internet internationale et en réduire le coût grâce à une concurrence accrue entre opérateurs et fournisseurs d'accès à Internet, tout en favorisant le peering local afin que les données échangées au Burkina Faso restent autant que possible sur le territoire national.
Petit à petit, les pièces d'un même puzzle se mettent en place.
Planifier les réseaux. Construire la dorsale. Améliorer l'accès à la capacité internationale. Favoriser les échanges locaux. Autrement dit : construire un environnement dans lequel les données peuvent mieux circuler.
Et ceux que le marché ne connecte pas ?
Mais une infrastructure numérique nationale ne peut se limiter aux zones les plus rentables. Que faire des villages où le nombre d'abonnés potentiels ne justifie pas immédiatement l'investissement d'un opérateur ?
C'est là qu'intervient le Conseil du service universel des communications électroniques, que Galiam Ouédraogo préside de 2022 à mars 2025. Il y pilote la mise à jour de la stratégie d'accès et de service universel. Les projets qui en découlent permettent de connecter plusieurs centaines de localités rurales ainsi que de nombreux sites administratifs stratégiques, centres de santé et infrastructures socioéducatives répartis sur l'ensemble du territoire national.
Derrière ces réalisations apparaît une question fondamentale de la transformation digitale : à quoi sert le numérique s'il ne bénéficie qu'à ceux qui sont déjà connectés ? La fracture numérique n'est pas seulement une affaire de smartphone ou de compétences. Elle commence souvent beaucoup plus bas, au niveau de l'infrastructure elle-même.
Du Burkina à l'Afrique
En avril 2025, une nouvelle étape commence. Après plus d'une décennie consacrée à la régulation du secteur et à la conduite de réformes et de projets structurants du numérique au Burkina Faso, Galiam Ouédraogo rejoint l'une des principales Institutions internationales de développement en tant que spécialiste du développement numérique.
Il accompagne désormais plusieurs pays africains dans la conception et la mise en œuvre de réformes et de projets structurants liés aux infrastructures numériques, à la régulation et aux services publics numériques, tout en continuant à contribuer aux grands chantiers de transformation numérique du Burkina Faso, auquel il demeure profondément attaché.
Son parcours illustre le passage d'un engagement national à une action régionale, avec une même ambition : faire du numérique un moteur de développement, d'inclusion et d'intégration pour l'Afrique.
Une certaine idée du développement
Chez Galiam Ouédraogo, le CV raconte aussi une conception particulière du progrès. L'éducation et le mérite transmis par la famille. L'expertise acquise à l'étranger. Le choix du retour. La participation aux négociations internationales. Puis la construction d'infrastructures nationales et la recherche de solutions pour les zones rurales.
Son document de parcours résume cette philosophie par une idée proche de la pensée de Joseph Ki-Zerbo : le développement durable ne se décrète pas de l'extérieur ; il doit être porté par les sociétés et les hommes et femmes qui en sont les acteurs. Dans cette vision, le numérique n'est pas une fin. La fibre n'est pas une fin. La 5G n'est pas une fin. Ce sont des instruments.
Le véritable objectif reste ce qu'ils permettent : rapprocher les territoires, faciliter les services, soutenir l'économie, réduire certaines inégalités et permettre aux pays de maîtriser leur développement grâce à des solutions adaptées à leurs réalités..
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce que Galiam Ouédraogo a participé, pendant une décennie, à plusieurs niveaux de construction du numérique burkinabè : régulation, gestion du spectre, politiques publiques, planification des infrastructures, service universel et coopération internationale.
Parce qu'il a coordonné le Projet Backbone National des Télécommunications, avec une première phase de 2 001 kilomètres de fibre optique couvrant 66 communes.
Parce qu'il a contribué à la mise en place des points d'atterrissement virtuels et des points d'échange Internet de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, ainsi qu'au Schéma directeur d'aménagement numérique.
Parce qu’il a porté les questions de spectre, de 5G et de radiocommunications jusque dans les instances internationales, en défendant une meilleure prise en compte des besoins et des réalités africaines dans la conception des technologies de demain.
Parce qu'il a également travaillé à cette autre frontière de la connectivité : celle des zones rurales et des populations que les mécanismes classiques du marché laissent à l'écart.
Et parce qu'après avoir ramené au Burkina Faso son expérience internationale, il met aujourd'hui l'expérience burkinabè au service de projets de développement numérique tant dans son pays qu'à l'échelle du continent africain.
Son parcours rappelle ainsi une évidence souvent masquée par les écrans et les applications : le Burkina digital commence bien avant l'écran. Il commence là où une fréquence est planifiée, où une fibre est posée, où un village est connecté et où une politique publique transforme la technologie en possibilité pour tous.
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