Les 100 Visages du Burkina Digital : Giovani Zaba, de la finance internationale à l'ambition d'un média technologique burkinabè
Après l'ouverture de Le Faso Digital 2026 ce 17 octobre, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd'hui, nous mettons à l'honneur Giovani Barké Dany Zaba, professionnel des opérations financières internationales et fondateur de Zagla Media Lab, dont le parcours relie les grandes entreprises mondiales, les technologies numériques, les médias et l'entrepreneuriat burkinabè.
Que peut avoir en commun la trésorerie d'une entreprise internationale de jeux mobiles et le développement d'un média technologique au Burkina Faso ? À première vue, pas grand-chose. D'un côté, des flux financiers considérables, des banques, des devises et des opérations réparties sur plusieurs continents. De l'autre, une équipe de créateurs, des productions audiovisuelles, des projets de communication et la volonté de contribuer à l'écosystème numérique national. Pourtant, dans le parcours de Giovani Zaba, ces deux univers se rencontrent.
Il a appris à gérer les risques, les opérations financières et les relations institutionnelles dans de grandes organisations internationales. Puis il a choisi de développer, au Burkina Faso, une initiative qui mobilise une autre ressource essentielle de l'économie numérique : l'information. Son histoire est celle d'un professionnel qui ne considère pas la finance, la technologie et les médias comme des domaines nécessairement séparés.
Des études de management à une carrière internationale
Le parcours académique de Giovani Zaba s'organise autour de la gestion et de la finance. En 2016, il obtient une licence en développement des affaires et management des activités à l'IFAG Management School de Lille. Deux ans plus tard, il décroche un master spécialisé en direction financière et finance d'entreprise dans le même établissement. En 2019, il complète cette formation par un master en finance et trésorerie à l'IAE School of Management de Lille. Son CV mentionne également une formation de niveau master en expertise financière d'entreprise, engagée en 2026 et encore en cours.
Cette spécialisation dessine un profil différent de celui des ingénieurs informatiques que nous avons souvent rencontrés dans cette série. Giovani Zaba ne commence pas par le code ou les réseaux. Il commence par les mécanismes qui permettent aux entreprises de financer leurs activités, de gérer leurs ressources et de maîtriser leurs risques. Or ces compétences deviennent particulièrement importantes lorsque les entreprises technologiques cherchent à grandir.
2014 : un premier contact avec l'édition numérique burkinabè
Avant les grandes entreprises internationales, son CV mentionne une expérience qui éclaire son intérêt pour le numérique. En 2014, Giovani Zaba effectue un stage de trois mois comme Business Developer chez Digital Publisher, une initiative burkinabè liée à l'édition numérique et à l'informatique. Il participe à la promotion de projets technologiques et à des actions de sensibilisation autour du numérique.
L'expérience est courte, mais significative. Elle montre que son intérêt pour les technologies et les contenus numériques ne commence pas avec Zagla Media Lab. Il existe déjà au début de son parcours professionnel. L'année suivante, il effectue un stage de développement commercial B2B chez MISYL Services, une entreprise de services informatiques située en France. Il y travaille notamment sur la prospection et les relations avec les clients professionnels. Deux expériences qui lui permettent de découvrir une réalité fondamentale : une solution technologique a également besoin d'un marché, de partenaires et d'un modèle économique.
La CEDEAO, première expérience de la coopération régionale
En 2016, Giovani Zaba effectue un stage de trois mois auprès de la CEDEAO, à Conakry, en Guinée. Il apporte son appui à des activités opérationnelles et administratives, ainsi qu'à la coordination et au suivi financier de programmes régionaux. Cette expérience introduit une autre dimension dans son parcours : celle des institutions et des relations entre pays. Dans un environnement régional, les projets doivent tenir compte de plusieurs administrations, de différentes procédures et de partenaires aux attentes parfois distinctes. Cette familiarité avec la coordination institutionnelle complète progressivement ses compétences financières et commerciales. Elle prépare aussi un professionnel capable d'évoluer dans des contextes internationaux.
Apprendre à mesurer et maîtriser le risque
Entre septembre 2016 et août 2018, Giovani Zaba travaille chez CGI Finance, au sein du groupe Société Générale, comme analyste du risque crédit et gestionnaire de portefeuille. Il réalise des analyses financières, évalue des risques et participe au suivi de portefeuilles de clients entreprises.
La gestion du risque constitue une école de rigueur. Avant d'accorder un financement, il faut analyser. Avant de prendre une décision, il faut comprendre les chiffres. Avant de développer une activité, il faut évaluer ce qui pourrait la fragiliser. Ces principes dépassent largement le secteur bancaire. Ils sont également utiles à un entrepreneur qui souhaite construire une organisation durable.
En 2018, Giovani Zaba rejoint ensuite SSL247, fournisseur de solutions de cybersécurité et de certificats numériques, comme contrôleur crédit. Il y poursuit son travail sur les paiements, les prévisions de trésorerie et la gestion des risques financiers. Cette étape le rapproche à nouveau de l'univers des technologies.
Decathlon : découvrir la complexité des flux internationaux
En août 2019, il intègre Decathlon, à Lille, comme responsable de la comptabilité de change. Il participe à la gestion des opérations de change, au suivi des comptes bancaires et aux activités de trésorerie concernant plusieurs entités du groupe.
Dans une entreprise internationale, l'argent ne circule pas simplement d'un compte à un autre. Les paiements peuvent concerner plusieurs pays. Les opérations mobilisent différentes devises. Les fluctuations des taux de change influencent les coûts. Les équipes doivent coordonner leurs informations. Il faut donc disposer de procédures fiables et d'outils capables de suivre les opérations. Cette expérience donne à Giovani Zaba une connaissance pratique de la complexité financière des groupes internationaux.
New Balance : prévoir pour mieux décider
En mai 2021, Giovani Zaba rejoint New Balance, à Paris, comme contrôleur trésorerie et crédit. Il y élabore notamment des prévisions hebdomadaires de trésorerie, suit les paiements et les créances clients et contribue à la gestion du besoin en fonds de roulement. Derrière ces fonctions techniques se trouve une question simple : une entreprise disposera-t-elle des ressources nécessaires au moment où elle en aura besoin ?
Une organisation peut réaliser des ventes importantes et rencontrer malgré tout des difficultés si les encaissements arrivent trop tard ou si les dépenses sont mal anticipées.La trésorerie oblige donc à regarder au-delà des résultats apparents. Elle apprend à planifier, à prioriser et à sécuriser les opérations. Autant de compétences qui peuvent devenir déterminantes lorsqu'il faut ensuite diriger sa propre structure.
Voodoo : la finance au cœur de l'économie des applications
En septembre 2022, Giovani Zaba rejoint Voodoo, entreprise internationale spécialisée notamment dans les jeux mobiles. Il y exerce des fonctions de trésorier, puis de responsable trésorerie par intérim, jusqu'en septembre 2025. Selon son CV, ses responsabilités couvrent les opérations financières de plus de vingt studios présents dans une vingtaine de pays, avec plus de 100 millions d'euros de flux de trésorerie mensuels. Ce chiffre correspond au périmètre opérationnel déclaré, et non à des fonds détenus personnellement ou à un chiffre d'affaires dont il serait seul responsable.
Cette étape est particulièrement intéressante dans un portrait consacré au numérique. Voodoo évolue dans une économie où les produits sont des applications et des jeux distribués à l'échelle internationale. Les revenus, les dépenses et les relations financières dépassent les frontières.
Giovani Zaba intervient sur les liquidités, les relations bancaires, les opérations de change, les prévisions et les processus de conformité.Il utilise notamment Kyriba, un système spécialisé dans la gestion de trésorerie.Son CV mentionne également le suivi de l'exposition financière liée aux crypto-actifs et aux NFT. Il découvre ainsi, de l'intérieur, une dimension essentielle de l'industrie technologique mondiale : la capacité à organiser financièrement des activités numériques réparties entre de nombreux marchés.
2022 : Zagla Media Lab, le pari entrepreneurial
C'est parallèlement à cette carrière internationale que Giovani Zaba lance son initiative la plus directement liée au Burkina numérique. En décembre 2022, il fonde Zagla Media Lab, associé à la plateforme Zagla.io. L'entreprise se positionne dans les médias, la communication et les initiatives technologiques. Selon son CV, elle rassemble une équipe pluridisciplinaire d'environ dix collaborateurs intervenant dans les productions audiovisuelles, la communication et les opérations.
Le choix est révélateur. Après plusieurs années passées dans la finance, Giovani Zaba investit son énergie entrepreneuriale dans un domaine où la technologie rencontre la création de contenus. Car la transformation numérique ne consiste pas seulement à développer des applications. Elle modifie également la manière de produire, de diffuser et de consommer l'information. Les médias doivent apprendre à utiliser de nouveaux formats. Les organisations doivent adapter leur communication. Les entreprises technologiques ont besoin de raconter leurs innovations. Et les initiatives locales doivent trouver des moyens de gagner en visibilité. Zagla Media Lab cherche à se positionner dans cet espace.
Faire de la communication un outil de développement
À la tête de Zagla Media Lab, Giovani Zaba assure la coordination des projets, la supervision des productions audiovisuelles, la gestion budgétaire et le développement des partenariats. Son CV cite notamment des collaborations ou initiatives de communication avec BSIC Bank, BCB, CFAO et SIPAD, ainsi qu'avec des acteurs publics impliqués dans la transformation numérique et l'innovation.
Ces activités illustrent une conviction importante. Une innovation peut être pertinente et rester méconnue. Une entreprise peut disposer d'un bon service sans parvenir à expliquer clairement son utilité. Une institution peut engager une transformation sans réussir à la rendre compréhensible aux citoyens. La communication devient alors un moyen de rapprocher les projets de leurs publics. Elle ne remplace pas la qualité des réalisations. Mais elle peut contribuer à leur visibilité, à leur compréhension et à leur adoption. C'est l'une des fonctions que Zagla Media Lab ambitionne de remplir.
Entrepreneuriat local, expérience mondiale
Ce qui singularise Giovani Zaba est la coexistence de deux trajectoires. D'un côté, il a travaillé dans des groupes internationaux disposant de procédures financières structurées et de systèmes de gestion complexes. De l'autre, il développe une entreprise burkinabè qui doit organiser ses activités, construire son réseau de partenaires et trouver sa place dans un marché concurrentiel. Les deux expériences peuvent se nourrir mutuellement.
La finance apporte une culture du budget, du contrôle et de l'anticipation. L'entrepreneuriat exige de la créativité, de la proximité avec le terrain et une capacité d'adaptation. Les médias demandent, quant à eux, une compréhension des publics et des évolutions technologiques. Giovani Zaba cherche à réunir ces différentes compétences dans une même démarche.
2025 : mettre son expertise financière au service de plusieurs marchés
Depuis septembre 2025, il exerce également comme consultant indépendant en trésorerie et finance. Son CV mentionne des missions de conseil auprès de clients au Canada, au Burkina Faso, aux Émirats arabes unis et en Belgique. Il intervient sur la structuration de trésorerie, la gestion des flux financiers, les relations bancaires, les procédures de connaissance du client — ou KYC — et les transactions multidevises.
Cette activité confirme son positionnement international. Elle montre également qu'il continue à développer son expertise financière tout en poursuivant son projet entrepreneurial au Burkina Faso. Il ne s'agit donc pas d'une reconversion complète de la finance vers les médias. C'est plutôt la construction de deux activités complémentaires, l'une fondée sur son expertise professionnelle, l'autre sur son ambition de création.
Une curiosité ancienne pour les technologies
Le CV de Giovani Zaba évoque également sa participation à des programmes de tests technologiques. Il mentionne des expériences avec Microsoft France et Samsung France, ainsi que des tests de jeux pendant son passage chez Voodoo. Ces activités ne font pas de lui un ingénieur logiciel. Elles témoignent toutefois d'un intérêt pour les produits numériques et leur évolution. Cet intérêt se retrouve dans son soutien au journalisme scientifique et technologique, notamment à travers des contributions à des médias indépendants. Il indique également participer bénévolement à des initiatives technologiques et communautaires liées à Zagla Media Lab. Le numérique apparaît ainsi dans son parcours sous plusieurs formes : industrie des applications, communication, médias, innovation et engagement communautaire.
Faire circuler les compétences autant que les capitaux
L'expérience internationale est souvent abordée sous l'angle de la mobilité des talents. Des professionnels africains partent étudier ou travailler à l'étranger. Ils acquièrent des compétences dans des organisations internationales. La question devient ensuite : comment ces connaissances peuvent-elles contribuer au développement de leurs pays d'origine ? Le parcours de Giovani Zaba propose une réponse possible.
Il ne s'agit pas nécessairement d'abandonner une carrière internationale.Il peut aussi s'agir de construire des projets locaux tout en conservant des activités et des relations professionnelles à l'étranger. La circulation des compétences devient alors aussi importante que celle des capitaux. Un savoir-faire acquis dans une entreprise mondiale peut contribuer à structurer une initiative burkinabè. Une expérience de gestion peut améliorer la conduite de projets. Une culture des partenariats peut aider une jeune organisation à se développer. C'est dans cette articulation entre l'international et le local que se situe la singularité de Giovani Zaba.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce que Giovani Barké Dany Zaba représente un profil transversal, à la rencontre de la finance, des médias, de la communication et de l'entrepreneuriat numérique.
Parce que son parcours dans des groupes internationaux comme Decathlon, New Balance et Voodoo lui a permis d'acquérir une expérience des opérations financières complexes, des relations bancaires et de la gestion des risques.
Parce qu'il a choisi, parallèlement à cette carrière, de fonder Zagla Media Lab, une initiative burkinabè consacrée aux médias, à la communication et aux technologies.
Parce que son intérêt pour les technologies ne se limite pas à leur dimension financière : il s'étend à l'édition numérique, aux produits technologiques et au journalisme scientifique.
Et parce que son parcours rappelle que le développement du numérique burkinabè a besoin de compétences variées : des développeurs, des ingénieurs et des créateurs, mais aussi des gestionnaires capables de structurer des organisations, de mobiliser des ressources et de transformer des idées en activités durables.
Avec Giovani Zaba, le Burkina numérique raconte une autre forme de circulation : celle des expériences, des compétences et des ambitions entre les grandes entreprises internationales et les initiatives locales. Car l'avenir digital d'un pays se construit aussi lorsque ses talents choisissent d'investir leur savoir-faire dans les projets qui émergent chez eux.
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