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LES 100 VISAGES DU BURKINA DIGITAL : Haoua Koné-Tago, ouvrir les portes du numérique aux femmes et à l’éducation

Publié le 30 septembre 2026 par Kevin Bado

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LES 100 VISAGES DU BURKINA DIGITAL : Haoua Koné-Tago, ouvrir les portes du numérique aux femmes et à l’éducation

À 17 jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Aujourd’hui, nous mettons à l’honneur Dr Haoua Koné-Tago, spécialiste des technologies de l’information et de la communication pour l’éducation (TICE), chercheuse en sciences de l’éducation et fondatrice d’un réseau dédié à l’accès des femmes au numérique. De la salle de classe aux programmes de recherche africains, elle a consacré plus de trente-cinq ans à une même ambition : faire de la technologie un moyen d’apprendre, de transmettre et de réduire les inégalités.

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Madame KONE ¨TAGO Haoua, professeur d’anglais a commencé à utiliser les outils numériques en décembre 1995 lors de son initiation en informatique au Lycée Technique de Ouagadougou (ex LTO), devenu aujourd’hui Lycée Technique National Aboubacar Sangoulé LAMIZANA. Cette initiation était destinée aux professeurs de l’enseignement technique et professionnel du LTO, du CETO et du Centre austro.

En juin 1997, madame KONE professeur d’anglais a bénéficié pour la 1ère fois d’une initiation à l’INTERNET au Benin, grâce au projet allemand UNEVOC/ UNESCO. Cela lui a permis d’obtenir le premier financement pour l’achat au CENATRIN d’un équipement d’ordinateur Complet flambant neuf pour une connexion INTERNET afin d’initier une équipe d’enseignants qui a constitué la cellule UNEVOC/ UNESCO du Collège d’Enseignement Technique (EX CETO), actuel Lycée professionnel Technique de Ouagadougou, situé côté nord du CENASA.

En 2003, Internet est encore loin d’être un outil quotidien pour de nombreux enseignants burkinabè. Pourtant, Haoua Koné-Tago s’intéresse déjà à la formation à distance et crée un réseau pour faciliter l’accès des femmes aux nouvelles technologies. Elle a compris une chose essentielle : l’arrivée des ordinateurs dans les écoles ne changera rien si les enseignants ne sont pas formés et si une partie de la population reste à l’écart. Son parcours raconte cette double bataille, éducative et sociale.

De la salle de classe aux premières innovations pédagogiques

Sa carrière débute au commencement des années 1990. Après un stage à Houndé, elle enseigne l’anglais à Saponé, puis le français et l’anglais au Collège d’enseignement technique de Ouagadougou, de 1992 à 2000. L’expérience de terrain lui fait connaître les réalités des établissements, les besoins des élèves et les contraintes auxquelles les enseignants sont confrontés.

Devenue inspectrice, elle rejoint en 2000 l’Institut pédagogique du Burkina, où elle travaille sur les classes multigrades et les cours à double flux. Dès 2001, elle participe aux réflexions sur les écoles satellites, l’éducation de base non formelle et l’intégration des TIC dans l’enseignement. Son intérêt pour le numérique naît donc d’une question pédagogique : comment donner à davantage d’enfants et d’adultes de meilleures conditions d’apprentissage ?

Apprendre à enseigner autrement, même à distance

Au début des années 2000, elle se forme à des méthodes encore peu répandues. En 2002, elle obtient à l’Université du Mans un diplôme de communicateur multimédia dans le cadre du Réseau africain de formation à distance (RESAFAD). L’année suivante, elle étudie l’ingénierie de la formation à distance auprès du CNED, à Poitiers, et suit une formation sur le diagnostic du secteur éducatif.

De mai 2004 à février 2007, elle devient correspondante du RESAFAD auprès du ministère burkinabè de l’Enseignement de base et de l’Alphabétisation. Elle forme les personnels à l’informatique avant de prendre, en février 2007, la tête du service ministériel des TIC, fonction qu’elle exerce jusqu’en juin 2008. À ses yeux, équiper une administration ou une école n’est qu’une première étape : il faut surtout accompagner celles et ceux qui utiliseront les outils.

Elle approfondit cette expertise avec un master en utilisation des TIC pour l’enseignement et la communication, obtenu en 2006 à l’Université Louis Pasteur de Strasbourg, puis un master en gestion des systèmes éducatifs à l’Université Senghor d’Alexandrie, entre 2009 et 2011. Elle poursuit enfin un doctorat à distance en sciences de l’éducation à Atlantic International University, de 2013 à 2015.

2003 : un réseau pour que les femmes ne restent pas à l’écart

La même année où elle se perfectionne en formation à distance, Haoua Koné-Tago fonde le Réseau national pour l’accès des femmes aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (RENAF-NTIC). Elle en assure la présidence depuis sa création. Cette initiative donne une dimension collective à son engagement : il ne s’agit plus seulement de former les professionnels de l’éducation, mais aussi de défendre la place des femmes dans un univers technologique en pleine expansion.

Car l’accès au numérique ne se résume pas à la possession d’un ordinateur ou d’un téléphone. Il suppose des compétences, du temps pour apprendre, des occasions de pratiquer et la confiance nécessaire pour s’exprimer. À travers le RENAF-NTIC, elle inscrit très tôt cette question dans les débats sur la transformation numérique burkinabè.

Observer les usages, interroger les inégalités

Haoua Koné-Tago ne se contente pas de promouvoir les outils : elle cherche à comprendre leurs effets. En 2008, elle participe à Dakar à une formation de l’Agence universitaire de la Francophonie sur les usages des campus numériques et les logiciels d’analyse qualitative. En 2010, elle découvre les tableaux numériques interactifs dans le cadre du projet Sankoré pour l’éducation en Afrique.

Son travail de recherche croise aussi le genre et les transformations sociales. Lauréate de l’Institut genre du CODESRIA en 2009, elle mène une étude sur les rapports de genre dans les universités de Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et Koudougou. Elle participe également à une recherche sur la contribution possible des TIC à l’abandon de l’excision, auprès de jeunes de Bobo-Dioulasso. Une même interrogation relie ces travaux : comment l’accès à l’information peut-il contribuer à faire évoluer les possibilités offertes aux femmes et aux jeunes ?

Une expertise éducative à l’échelle de l’Afrique

Son expérience prend une dimension régionale en 2013, lorsqu’elle devient chargée de programmes du Groupe de travail sur l’éducation non formelle de l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA). De janvier 2015 à janvier 2017, elle dirige les programmes du Réseau ouest et centre africain de recherche en éducation (ROCARE), basé à Bamako.

Elle y accompagne les programmes de recherche, le suivi des subventions accordées aux jeunes chercheurs et aux chercheurs confirmés dans les dix-sept pays membres, ainsi que l’organisation de rencontres scientifiques. Elle contribue aussi à la publication en ligne de journaux bilingues français-anglais et conçoit un forum consacré au genre et à la recherche en éducation. Le numérique devient ici un moyen de relier des communautés scientifiques au-delà des frontières.

Former, même lorsque l’école traverse des crises

De retour au Burkina Faso en 2017, elle travaille à la formation des personnels de la Direction générale de l’encadrement pédagogique et de la formation initiale et continue. Ses interventions portent sur les TICE, l’École de qualité amie des enfants et l’éducation en situation d’urgence. Formatrice « Safe School », elle aborde également le soutien psychosocial des élèves et des enseignants confrontés à des situations difficiles.

Cette expérience rappelle que l’innovation éducative ne consiste pas à suivre chaque nouveauté technologique. Elle doit répondre aux besoins réels des apprenants, y compris lorsque les conditions d’enseignement sont fragilisées. En 2022, elle participe à une étude menée dans six pays de la Fondation Karanta sur les classes passerelles destinées aux enfants et aux jeunes non scolarisés. Elle se forme à Kobo, outil numérique de collecte de données, pour accompagner ce travail de terrain.

REGELFA : le leadership féminin à portée de téléphone

En janvier 2020, elle crée le Réseau genre et leadership féminin en Afrique (REGELFA), qui anime notamment un groupe WhatsApp consacré aux échanges sur la place et le leadership des femmes. Selon son CV, la communauté compte plus d’une centaine de membres. L’outil a changé depuis les premiers réseaux des années 2000, mais l’objectif reste le même : rapprocher les personnes, faire circuler les expériences et ouvrir des espaces de parole.

Après une carrière dans l’administration éducative commencée en octobre 1990, Haoua Koné-Tago prend sa retraite en décembre 2025. Son engagement ne se réduit pourtant pas à ses fonctions officielles. Elle a notamment contribué, de novembre 2024 à avril 2025, à l’élaboration du plan stratégique 2025-2029 du Fonds national pour l’éducation et la recherche (FONER). Son parcours laisse voir une professionnelle qui relie constamment formation, recherche, politiques éducatives et engagement associatif.

Pourquoi fait-elle partie des 100 Visages du Burkina Digital ?

Parce qu’elle s’est engagée dans la formation à distance et les technologies éducatives bien avant leur généralisation au Burkina Faso.

Parce qu’elle a accompagné les enseignants et les cadres de l’éducation dans l’appropriation des outils numériques, sans perdre de vue la qualité des apprentissages.

Parce qu’en fondant le RENAF-NTIC dès 2003, puis le REGELFA en 2020, elle a placé l’accès des femmes aux technologies et au débat public au cœur de son action.

Parce que ses recherches et ses responsabilités au sein de l’ADEA et du ROCARE ont contribué à faire dialoguer les expériences éducatives de plusieurs pays africains.

Et parce que son itinéraire rappelle une vérité simple : la transformation numérique ne commence pas par la machine, mais par les personnes auxquelles elle donne de nouvelles possibilités. Avec Haoua Koné-Tago, le Burkina digital a le visage d’une enseignante qui a choisi d’ouvrir les portes du savoir — et de veiller à ce que les femmes puissent les franchir.

www.lefasodigital.net

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