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Les 100 Visages du Burkina Digital : Ibrahim Ballo, des réseaux du Burkina aux autoroutes numériques du Sahel

Publié le 11 septembre 2026 par Kevin Bado

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Les 100 Visages du Burkina Digital : Ibrahim Ballo, des réseaux du Burkina aux autoroutes numériques du Sahel

À moins de 100 jours de l'ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd'hui, nous mettons à l'honneur Ibrahim Ballo, concepteur de systèmes d'information et directeur de grands projets d'infrastructures numériques, dont le parcours l'a conduit des réseaux informatiques de l'administration burkinabè au déploiement de dorsales de fibre optique et de data centers à l'échelle sous-régionale. 

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Pour envoyer un message de Ouagadougou à Niamey, regarder une vidéo hébergée à l’étranger, utiliser un service administratif en ligne ou transférer des données d’une entreprise à une autre, il faut des réseaux. Et derrière ces réseaux, il faut des femmes et des hommes pour les concevoir, les déployer et les maintenir. Ibrahim Ballo est de ceux-là.

Ingénieur réseau à ses débuts, puis responsable des infrastructures gouvernementales, directeur technique et directeur de projet, il a progressivement changé d’échelle. Des réseaux locaux aux réseaux nationaux. Du Burkina Faso aux infrastructures transfrontalières. Et de quelques équipements télécoms à des projets portant sur plus d’un millier de kilomètres de fibre optique.

Des réseaux avant les grands projets

Le parcours d’Ibrahim Ballo commence à Bobo-Dioulasso. Après un baccalauréat scientifique, il intègre l’École supérieure d’informatique de l’Université polytechnique de Bobo-Dioulasso, où il obtient en 2005 un diplôme d’ingénieur des travaux informatiques, option réseaux et maintenance. Il complètera plus tard cette formation par un diplôme de concepteur de systèmes d’information, puis une formation de niveau Master en réseaux et systèmes, option cybersécurité. 

Son premier terrain professionnel est celui des réseaux. En 2006, chez Adaptive Secure Designs, il installe et configure notamment des équipements WiMAX. L’année suivante, il rejoint le Centre Muraz à Bobo-Dioulasso, où il restera jusqu’en 2013. Pendant six ans, il y administre le réseau informatique, les bases de données, assure la sécurité des systèmes et l’assistance aux utilisateurs.  À ce stade, sa mission est essentiellement de faire fonctionner l’infrastructure. La suite de sa carrière consistera de plus en plus à la construire.

2014 : entrer dans les réseaux de l’État

En janvier 2014, Ibrahim Ballo rejoint l’Agence nationale de promotion des TIC (ANPTIC).

Il travaille alors sur le réseau fibre optique et WiMAX de l’administration, administre des plateformes et des serveurs et contribue à assurer la disponibilité et la sécurité du Réseau informatique national de l’Administration.

Deux ans plus tard, il devient Directeur de l’Intranet gouvernemental

Le changement d’échelle est considérable.

Il ne s’agit plus de garantir le réseau d’une organisation.

Il faut contribuer à faire fonctionner le réseau d’une administration nationale.

RESINA : connecter l’administration sur le territoire

L’une des grandes étapes de ce parcours est le projet RESINA, le Réseau informatique national de l’Administration.

De 2017 à 2019, Ibrahim Ballo en assure la direction de projet.

L’objectif est ambitieux : développer une infrastructure réseau sécurisée couvrant les 45 chefs-lieux de province du Burkina Faso, afin d’accompagner la modernisation de l’administration électronique. Le CV fait état d’un taux d’exécution physique de 96 %. 

Derrière ce chantier se trouve un enjeu fondamental de la transformation digitale de l’État.

Pour dématérialiser les procédures et connecter les services publics, encore faut-il que les administrations puissent elles-mêmes communiquer entre elles.L’administration électronique commence donc par une infrastructure électronique.

G-Cloud : 1 070 kilomètres de fibre

À la même période, Ibrahim Ballo devient Directeur technique du projet G-Cloud.

Le chantier donne une idée de l’échelle des infrastructures nécessaires au développement des services numériques de l’État : 1 070 kilomètres de fibre optique, dont 420 kilomètres dans les treize chefs-lieux de région et 650 kilomètres de liaisons longue distance.

À cela s’ajoutent trois mini-data centers, huit nœuds Cloud, un réseau IP/MPLS et le raccordement par fibre optique de 605 bâtiments administratifs

En 2019, Ibrahim Ballo passe de Directeur technique à Directeur du projet G-Cloud.

Sa fonction évolue elle aussi.

Il ne s’agit plus seulement de maîtriser la technologie, mais de coordonner les équipes, mobiliser les ressources, suivre les budgets, participer aux instances de décision et superviser les data centers hébergeant les nœuds Cloud. 

L’ingénieur réseau devient progressivement manager de grands projets numériques.

Puis vient la Dorsale Transsaharienne

En 2021, Ibrahim Ballo quitte l’échelle nationale pour une infrastructure régionale : la Dorsale Transsaharienne à fibre optique.

Au Niger, il prend la direction d’un projet portant sur 1 031 kilomètres de fibre optique et 18 sites de transmission, avec un objectif particulièrement stratégique : interconnecter le Niger avec l’Algérie, le Bénin, le Burkina Faso, le Nigeria et le Tchad. Son CV indique un taux d’exécution physique de 98 %. 

Depuis juin 2023, il dirige également la composante tchadienne du projet : 558 kilomètres supplémentaires de fibre optique, destinés à relier le Tchad au Niger, avec sept sites de transmission. 

Cette fois, le réseau ne relie plus seulement des bâtiments ou des provinces.

Il relie des pays.

Quand la fibre efface les frontières

La Dorsale Transsaharienne permet de comprendre une réalité importante du numérique africain.

Internet ne s’arrête pas aux frontières.

Pour qu’un pays enclavé puisse disposer de connexions internationales plus robustes, il doit pouvoir multiplier les routes par lesquelles transitent ses données.

Relier le Niger au Burkina, au Bénin, au Nigeria, au Tchad et à l’Algérie, c’est donc créer plusieurs chemins possibles vers les grands réseaux internationaux.

Et lorsque les pays construisent ces interconnexions, la fibre optique devient plus qu’une infrastructure technique.

Elle devient une infrastructure d’intégration régionale.

C’est aussi l’une des singularités du parcours d’Ibrahim Ballo : avoir commencé par administrer des réseaux au Burkina Faso avant de participer, près de vingt ans plus tard, à la construction de réseaux destinés à rapprocher plusieurs pays.

De la fibre aux data centers

Depuis mai 2023, une autre responsabilité s’ajoute à celles d’Ibrahim Ballo : la direction du projet de construction et d’opérationnalisation du Data Center national du Niger

Le prolongement est logique.

La fibre permet de transporter les données.

Le data center permet de les héberger et de faire fonctionner les applications qui les utilisent.

Les deux infrastructures deviennent donc complémentaires dans la construction d’une économie numérique.

Et elles posent la même question stratégique aux États africains : quelle part des infrastructures essentielles au fonctionnement de leur numérique sont-ils capables de construire, d’exploiter et de maîtriser ?

De l’administrateur réseau au directeur de grands projets

Le parcours d’Ibrahim Ballo raconte aussi une évolution professionnelle.

À ses débuts, il configure des équipements, administre des serveurs et dépanne les utilisateurs.

Puis il assure la disponibilité des réseaux.

Ensuite, il dirige l’Intranet gouvernemental.

Puis viennent RESINA et G-Cloud.

Enfin, les dorsales transfrontalières et le Data Center national du Niger.

Au fil des années, la technologie reste présente, mais le métier change.

Il faut désormais planifier.

Coordonner.

Budgétiser.

Superviser des équipes.

Gérer les risques.

Dialoguer avec les maîtres d’ouvrage.

Et conduire des projets dont les infrastructures doivent fonctionner pendant des années.

Ses certifications PRINCE2, COBIT 5, ITIL et CEH traduisent d’ailleurs cette combinaison entre management de projet, gouvernance des systèmes d’information, gestion des services IT et cybersécurité

Construire les routes du numérique

Il existe finalement une manière simple de raconter le métier d’Ibrahim Ballo.

Lorsque l’on construit une économie, il faut des routes pour transporter les personnes et les marchandises.

Lorsque l’on construit une économie numérique, il faut aussi des routes.

Simplement, celles-ci sont faites de fibre optique et transportent des données.

Depuis les réseaux du Centre Muraz jusqu’à RESINA, du G-Cloud burkinabè à la Dorsale Transsaharienne, Ibrahim Ballo a consacré l’essentiel de son parcours professionnel à ces infrastructures.

Avec une constante : à chaque étape, la route est devenue plus longue.

D’abord celle d’une organisation.

Puis celle d’une administration.

Puis celle d’un pays.

Et aujourd’hui celles qui relient plusieurs États africains.

Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?

Parce qu’Ibrahim Ballo a participé à quelques-uns des grands chantiers d’infrastructures numériques publiques du Burkina Faso, notamment RESINA et G-Cloud.

Parce qu’il a contribué au déploiement de 1 070 kilomètres de fibre optique, de huit nœuds Cloud et au raccordement de centaines de bâtiments administratifs dans le cadre du G-Cloud. 

Parce qu’après avoir travaillé à connecter l’administration burkinabè, son expertise s’est exportée au Niger et au Tchad sur la Dorsale Transsaharienne.

Parce qu’il dirige aujourd’hui des projets qui participent à l’interconnexion numérique de plusieurs pays africains, tout en conduisant parallèlement le projet de Data Center national du Niger.

Et parce que son parcours rappelle que la souveraineté numérique africaine dépend aussi de la capacité du continent à construire les infrastructures par lesquelles circulent et dans lesquelles résident ses données.

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