Les 100 Visages du Burkina Digital : Josias Diendéré, donner aux jeunes les repères numériques pour choisir leur avenir
À trois jours de l'ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Aujourd'hui, arrêt sur Josias Boenzemwendé Diendéré, entrepreneur numérique, expert en stratégie digitale et fondateur de Le Grand Frère, dont le parcours montre comment une difficulté vécue personnellement peut devenir une solution technologique destinée à des centaines de milliers d'autres personnes, avant d'ouvrir la voie à de nouveaux projets fondés sur l'intelligence artificielle.
Le baccalauréat est obtenu. La famille est heureuse. Les félicitations fusent. Après des années de collège et de lycée, une étape vient d'être franchie. Puis arrive une question beaucoup moins simple : Et maintenant ? Quelle filière choisir ? Dans quelle école s'inscrire ? Quel métier correspond réellement à ses aptitudes ? Quels établissements sont reconnus ? Combien coûte la formation ? Existe-t-il une bourse ? Et surtout : à qui demander conseil ? Josias Diendéré connaît cette incertitude.
Après son propre baccalauréat, il envisage l'architecture. Il cherche des renseignements et découvre qu'accéder à une information claire sur les études supérieures n'est pas toujours évident. Il observe aussi autour de lui des étudiants qui commencent une filière avant de comprendre, parfois plusieurs années plus tard, qu'elle ne correspond pas à leur projet.
Des années plus tard, ce souvenir donnera naissance à une idée simple : Et si le numérique pouvait devenir ce grand frère que beaucoup de jeunes n'ont pas au moment de choisir leur avenir ?
De la communication au marketing digital
Avant de devenir entrepreneur numérique, Josias Diendéré se forme à la communication. Entre 2013 et 2016, il étudie à l'Université Aube Nouvelle de Ouagadougou, où il obtient une licence en communication des organisations. Il part ensuite à Dakar pour poursuivre ses études à l'ISM Digital Campus. Entre 2017 et 2019, il y prépare un MBA en Digital Marketing & Brand Content. C'est là que son rapport au numérique change.
Il ne s'agit plus simplement de communiquer. Il apprend à penser une stratégie digitale, à produire des contenus, à comprendre les audiences, à utiliser les moteurs de recherche et les réseaux sociaux comme des outils permettant à une organisation d'atteindre des objectifs précis. Le marketing numérique deviendra son métier. Mais c'est aussi pendant cette période d'études qu'une autre idée commence à prendre forme.
2018 : la naissance d'un « Grand Frère »
L'idée naît en 2018, à Dakar. Josias Diendéré repense à son expérience après le baccalauréat et à celle d'autres jeunes confrontés à des choix d'orientation faits avec peu d'informations. Dans son CV, il situe précisément la naissance du Grand Frère pendant son MBA à l'ISM Dakar, avec les premières vidéos consacrées à l'orientation. Il explique dans un média avoir voulu répondre à un problème qu'il avait lui-même observé, celui des jeunes qui choisissent leurs études sans disposer de suffisamment de repères fiables.
Le nom du projet résume sa philosophie : Le Grand Frère. Dans de nombreuses familles africaines, lorsqu'on ne sait pas quelle école choisir ou comment accomplir une démarche, on se tourne vers quelqu'un qui est déjà passé par là. Un aîné. Un cousin. Un ami. Un grand frère. Josias Diendéré décide de transformer cette relation informelle de conseil en un service accessible par Internet.
Passer de l'idée à la plateforme
L'idée ne devient pas immédiatement une grande plateforme. Elle avance progressivement. En 2019, Josias Diendéré achève son MBA. En 2020, Le Grand Frère lance son site Internet et obtient sa première distinction : le deuxième prix de la campagne « Jeunesse qui Bouge », dans la catégorie Acteur du changement. Le projet est alors récompensé pour sa volonté d'aider les jeunes à mieux s'orienter.
L'ambition est simple : centraliser l'information. Au lieu de demander autour de soi quelles écoles existent, un jeune doit pouvoir rechercher les établissements et les formations depuis une même plateforme. Cette idée paraît aujourd'hui évidente. Elle l'est beaucoup moins lorsqu'on mesure la dispersion de l'information académique entre sites d'établissements, réseaux sociaux, affiches, brochures et bouche-à-oreille. Le problème auquel s'attaque Le Grand Frère n'est donc pas seulement l'absence d'information. C'est aussi sa fragmentation.
Construire sa carrière tout en construisant son projet
Pendant que Le Grand Frère grandit, Josias Diendéré poursuit sa carrière de professionnel du digital. Il intervient comme Social Media Manager et chef de projet pour Atlantis Group à Dakar, où il travaille sur les comptes numériques de marques et organisations telles que Shell Sénégal, BOA Mali, Clinique Medic'Kane, DIAM et plusieurs marques de SOBOA.
À Ouagadougou, il travaille parallèlement avec ADAGE Group comme chargé de projet web et consultant en webmarketing. Il a participé à la conception ou à l'intégration de plus de quarante sites Internet pour des institutions, entreprises et ONG, parmi lesquelles l'Union africaine-SAFGRAD, l'Ordre des avocats du Burkina Faso et Solidar Suisse Burkina.
Ces expériences lui permettent d'apprendre un aspect essentiel de l'entrepreneuriat numérique : transformer une idée en produit ne suffit pas. Il faut aussi savoir la rendre visible. Comprendre les utilisateurs. Produire du contenu. Analyser les données. Construire une audience. Et progressivement trouver un modèle économique.
Former pour démultiplier les compétences
À partir de 2020, une autre dimension prend de l'importance : la formation. Josias Diendéré devient formateur en communication digitale à l'ISCOM Burkina. Il intervient dans les formations certifiantes destinées aux professionnels de la communication, mais également auprès des étudiants en licence sur le webmarketing, le community management et la production de contenus. Depuis 2024, il forme également à distance pour le Groupe ISM sur la création de contenus, la stratégie marketing digitale, les campagnes d'acquisition, les pages d'atterrissage et les indicateurs de performance. Son CV revendique aujourd'hui plus de 1 000 heures de formation au digital.
Il intervient également auprès d'organisations et institutions : CILSS-PRAPS 2 à Bamako, FONRID, Groupe SONAR, ARCEP, Ambassade du Canada ou encore Programme d'Appui à la Transition Fiscale. Cette activité de transmission n'est pas étrangère au Grand Frère. Dans les deux cas, la logique est proche : rendre une connaissance accessible à quelqu'un qui en a besoin pour avancer.
L'expérience de la communication à 360 degrés
Entre décembre 2023 et novembre 2025, Josias Diendéré devient directeur marketing et communication adjoint de DIACFA Automobiles, au sein du Groupe Fadoul. Il est responsable du pôle digital et de la communication à 360 degrés : campagnes numériques, supports imprimés, événementiel, création de contenus, publicité sur Meta et Google et gestion de l'e-réputation des marques. Cette expérience marque une nouvelle étape. Il n'est plus uniquement consultant ou exécutant sur des projets digitaux. Il participe au pilotage d'une communication d'entreprise combinant plusieurs canaux. En parallèle, pourtant, son projet entrepreneurial continue de grandir.
Quand l'orientation rejoint l'insertion professionnelle
Entre juillet 2023 et février 2025, Le Grand Frère collabore avec La Fabrique, incubateur social d'entreprises, sur une mission d'appui à l'insertion professionnelle des jeunes. Cette mission permet de traiter 918 candidatures, de publier 99 offres de stage, de travailler avec 24 entreprises et d'accompagner le placement en stage de 110 jeunes.
Cette expérience élargit la vocation initiale du projet. Orienter ne signifie pas uniquement aider à choisir une université. Une orientation réussie doit aussi conduire quelque part. Vers une compétence. Un métier. Un stage. Une première expérience professionnelle. Le Grand Frère commence ainsi à créer un pont entre l'information académique et l'employabilité.
2025 : changer d'échelle
En 2025, une nouvelle étape est franchie avec le déploiement de legrandfrere.africa à l'échelle de l'Afrique de l'Ouest francophone. La plateforme référence, en septembre 2026, 1 256 établissements, 5 856 formations et 202 métiers dans sept pays. Les statistiques déclarées sont également significatives : plus de 383 000 utilisateurs sur les douze derniers mois, 19,3 millions d'impressions et plus de 367 000 clics depuis Google, auxquels s'ajoutent des communautés sur YouTube et Facebook.
Le projet dispose désormais également d'un modèle destiné aux établissements, avec vingt établissements clients dans quatre pays. Le Grand Frère n'est plus seulement un projet burkinabè d'information sur les études. Il commence à devenir une EdTech régionale.
Le Faso Digital : la reconnaissance d'un problème concret
En octobre 2025, Le Grand Frère remporte le deuxième prix de la première édition de Le Faso Digital. Le jury met notamment en avant sa contribution à la lutte contre la désinformation académique et la mauvaise orientation, en centralisant des informations sur les établissements et formations. À cette occasion, Josias Diendéré revient publiquement sur le point de départ du projet : l'incertitude qu'il avait lui-même connue après le baccalauréat. Mais il formule surtout une ambition qui dépasse son histoire personnelle : donner aux jeunes africains davantage de repères pour construire leur parcours. La distinction a ici une portée particulière. Quelques années auparavant, Le Grand Frère était un projet d'étudiant. Il devient une solution numérique reconnue dans l'écosystème burkinabè.
2026 : l'année de l'accélération
L'année 2026 marque une accélération. Le Grand Frère atteint le Top 20 de la cohorte finale de Get Ready 4 timbuktoo EdTech, programme lié à l'initiative timbuktoo du PNUD et mis en œuvre avec Pitch Palabre. Le CV indique que 1 429 candidatures provenant de 47 pays avaient été enregistrées et présente Le Grand Frère comme la seule EdTech burkinabè de ce Top 20.
La plateforme est également sélectionnée en juillet parmi cinq startups de la saison 5 d'Orange Fab Burkina Faso. Puis, le 28 août 2026, elle obtient le deuxième prix national du POESAM, le Prix Orange de l'Entrepreneur Social en Afrique et au Moyen-Orient, doté de 1,5 million de francs CFA pour cette deuxième place. En moins d'un an, un projet d'orientation scolaire gagne ainsi en visibilité nationale et panafricaine.
Ne plus seulement informer, mais aider à choisir
En 2026, Le Grand Frère ajoute une nouvelle fonction : un test d'orientation en ligne fondé sur le modèle RIASEC, adapté selon le CV au contexte local. La plateforme intègre également la candidature en ligne, des informations sur les bourses et une série vidéo baptisée « Les Grands Frères ».
Cette évolution est importante. Au départ, le projet répond surtout à la question : « Où puis-je étudier ? » Progressivement, il cherche à répondre à une question plus complexe : « Qu'est-ce qui pourrait me correspondre ? » La différence est considérable. Un annuaire fournit des informations. Un outil d'orientation cherche à aider l'utilisateur à prendre une décision. Et c'est précisément sur cette frontière entre information, personnalisation et accompagnement que l'intelligence artificielle commence à entrer dans le parcours de Josias Diendéré.
2026 : après l'EdTech, l'intelligence artificielle appliquée
Josias Diendéré ne s'arrête pas au Grand Frère. En mai 2026, il cofonde YAM Sales, présenté dans son CV comme un CRM augmenté à l'intelligence artificielle conçu pour les équipes commerciales de neuf pays d'Afrique de l'Ouest francophone. Le produit est pensé en français, avec des tarifs en francs CFA, et prévoit notamment un pipeline commercial, l'analyse de prospects par IA, des séquences de relance automatisées, de la veille concurrentielle et des outils d'entraînement aux objections commerciales.
La logique est intéressante. Plutôt que partir d'une technologie et chercher ensuite à quoi elle pourrait servir, Josias Diendéré semble conserver la méthode qui avait donné naissance au Grand Frère : partir d'un problème concret et chercher comment le numérique peut y répondre.
KORA : mettre sept années de métier dans un copilote
Son troisième projet, KORA, est encore plus directement lié à son expérience professionnelle. Le CV le présente comme un prototype fonctionnel de copilote IA destiné aux community managers et chargés de communication, avec un lancement prévu fin octobre 2026. KORA doit accompagner la planification, la création et l'optimisation des contenus numériques.
Cette fois, le problème auquel il s'attaque est celui qu'il connaît depuis plus de sept ans. Comment aider un professionnel de la communication à structurer ses idées ? Comment produire plus efficacement sans perdre la stratégie ? Comment utiliser l'intelligence artificielle comme assistant plutôt que comme simple générateur de textes ? Le projet est encore en phase de lancement. Il serait donc prématuré d'en mesurer l'impact. Mais son existence montre une évolution dans le parcours de Josias Diendéré : après avoir utilisé les outils numériques pour communiquer, il cherche désormais à concevoir les outils numériques que d'autres professionnels utiliseront.
Une conviction derrière les produits
À première vue, Le Grand Frère, YAM Sales et KORA s'adressent à des publics très différents. Les étudiants. Les équipes commerciales. Les professionnels de la communication. Mais une même méthode les rapproche. Observer un problème. Structurer l'information. Utiliser la technologie pour réduire la difficulté. Puis essayer d'adapter la solution aux réalités de l'Afrique francophone.
Dans la fiche portrait placée à la troisième page de son CV, Josias Diendéré résume sa conviction par une formule : aucun jeune ne devrait être contraint de choisir son avenir au hasard ; le numérique doit lui permettre d'accéder aux informations, aux outils et aux personnes susceptibles de l'aider. Cette phrase ramène finalement toute l'histoire à son point de départ. Un bachelier. Une question. Et le manque de repères.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce que Josias Boenzemwendé Diendéré a transformé une expérience personnelle d'orientation en une plateforme numérique destinée à aider d'autres jeunes à prendre des décisions mieux informées.
Parce que Le Grand Frère est passé d'un projet imaginé pendant ses études à Dakar à une plateforme couvrant aujourd'hui, selon son CV, sept pays d'Afrique de l'Ouest francophone et plus de 1 250 établissements.
Parce que son projet ne se limite plus à répertorier des écoles : il s'étend progressivement aux métiers, aux bourses, aux candidatures, aux tests d'orientation et à l'insertion professionnelle.
Parce que les distinctions obtenues à Le Faso Digital, au POESAM et dans le programme timbuktoo montrent que la problématique à laquelle il s'attaque trouve un écho au-delà de son entreprise.
Parce qu'il ne garde pas ses compétences pour lui : depuis 2020, il forme étudiants et professionnels au marketing et à la communication digitale et revendique plus de 1 000 heures de formation.
Parce qu'après l'EdTech, il explore aujourd'hui l'intelligence artificielle avec YAM Sales et KORA, deux projets conçus autour de problèmes métiers concrets.
Parce que son parcours illustre une évolution importante de l'entrepreneuriat numérique burkinabè : ne plus seulement consommer les plateformes créées ailleurs, mais concevoir ici des produits pensés à partir de nos usages, de nos langues, de nos monnaies et de nos réalités.
Et parce que derrière les chiffres, les plateformes et l'intelligence artificielle demeure une question profondément humaine : comment permettre à quelqu'un de prendre une meilleure décision pour son avenir ?
Avec Josias Diendéré, le Burkina numérique nous rappelle que la technologie devient véritablement utile lorsqu'elle transforme l'incertitude en information, l'information en choix et le choix en possibilité d'avenir.
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