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Les 100 Visages du Burkina Digital : Louis Modeste Ouédraogo, penser les règles d’un monde devenu numérique

Publié le 07 octobre 2026 par Kevin Bado

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Les 100 Visages du Burkina Digital : Louis Modeste Ouédraogo, penser les règles d’un monde devenu numérique

À dix jours de l'ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Aujourd'hui, nous mettons à l'honneur Wendingoudi Louis Modeste Ouédraogo, juriste, spécialiste du droit du numérique et des politiques de régulation, dont le parcours rappelle une dimension essentielle de la transformation digitale : derrière les plateformes, les réseaux et les nouveaux usages, il faut aussi construire des règles, adapter les institutions et protéger l'équilibre entre innovation, responsabilité et intérêt général.

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Une nouvelle plateforme apparaît. Une radio commence à diffuser sur Internet. Les réseaux sociaux bouleversent la circulation de l'information. Les données deviennent indispensables aux services publics. Les procédures administratives se dématérialisent. Des startups inventent des activités que les anciennes lois n'avaient pas nécessairement prévues. À chaque innovation revient la même question : quelles règles appliquer à un monde qui change plus vite que le droit ?

Cette question accompagne depuis près de vingt ans le parcours de Louis Modeste Ouédraogo. Il n'est ni développeur ni ingénieur réseau. Son matériau, ce sont les textes. Les lois. Les institutions. Les libertés. Les responsabilités. Et cette matière juridique est devenue inséparable du numérique.

Du droit public aux nouveaux territoires de la communication

Louis Modeste Ouédraogo se forme d'abord au droit public. Après une maîtrise en sciences juridiques obtenue à l'Université de Ouagadougou en 2006, il poursuit ses études en France. À l'Université de Limoges, il obtient en 2008 un Master II professionnel en droit international et comparé de l'environnement. Puis vient Toulouse 1 Capitole. En 2010, il y décroche un Master II Recherche en droit des médias ainsi qu'un diplôme universitaire en études internationales et développement.

C'est durant cette période qu'un nouveau champ commence clairement à émerger dans son parcours : les communications électroniques. Son mémoire de 2010 porte précisément sur les rapports entre communications électroniques et développement économique, à partir de l'exemple du Burkina Faso. Le sujet annonce déjà une conviction : les télécommunications et le numérique ne sont pas uniquement des questions techniques. Ils transforment l'économie et la société, et doivent donc aussi être pensés par le droit.

2007 : il entre dans la régulation des médias

En février 2007, Louis Modeste Ouédraogo rejoint le Conseil supérieur de la communication. Il commence comme juriste. Au fil des années, il devient chef de service, chef du Département des affaires juridiques et du contentieux, puis directeur général des affaires juridiques entre 2015 et 2017. Pendant cette décennie, son travail couvre un vaste champ : études et avis juridiques, conventions de concession, décisions, protocoles de coopération, contentieux, médiation, conseil aux entreprises du secteur et contribution à la rédaction de textes de loi.

Il participe également à l'instruction de demandes d'autorisation d'exploitation de radios et de télévisions et, en 2013, à l'organisation de l'appel à candidatures pour l'attribution de canaux de télévision numérique terrestre. Le numérique entre progressivement dans l'univers de la régulation audiovisuelle. Et avec lui apparaît une nouvelle réalité : les frontières autrefois relativement claires entre presse, radio, télévision, télécommunications et Internet deviennent de plus en plus poreuses.

La TNT : lorsque la technologie oblige les institutions à évoluer

Le passage de la télévision analogique à la Télévision numérique terrestre, la TNT, illustre parfaitement cette rencontre entre technologie et régulation. Entre 2017 et 2018, alors secrétaire général du CSC, Louis Modeste Ouédraogo participe aux travaux du comité de pilotage chargé du processus de basculement vers la TNT.

Pour le téléspectateur, la TNT signifie surtout une nouvelle manière de recevoir la télévision. Pour le régulateur, le changement est beaucoup plus profond. Il faut penser l'attribution des canaux, les responsabilités des acteurs, les autorisations, les nouvelles possibilités offertes par la technologie et l'adaptation du cadre réglementaire. C'est l'une des leçons du parcours de Louis Modeste Ouédraogo : une innovation technologique finit presque toujours par produire une question juridique.

Du juriste au dirigeant d'institution

En mars 2017, il devient secrétaire général du Conseil supérieur de la communication. Il coordonne alors l'action administrative de l'institution, la préparation et l'exécution des décisions du conseil de régulation, la gestion du personnel et le suivi budgétaire. Son CV lui attribue notamment le pilotage de l'élaboration et du lancement du Plan stratégique 2017-2021 du CSC.

Après une période hors de cette fonction, il revient au CSC en septembre 2019 comme chargé de mission. Il conseille alors la présidence sur les questions de régulation et de gestion administrative et s'occupe notamment de coopération internationale et de partenariats.

En janvier 2024, il devient membre du Collège et vice-président. Puis, en août de la même année, il accède à la présidence du Conseil supérieur de la communication. Dix-sept ans après son entrée comme juriste, il se retrouve ainsi à la tête de l'institution dans laquelle il a exercé plusieurs niveaux de responsabilité.

Réguler à l'heure des réseaux sociaux

Cette trajectoire prend une dimension particulière à l'époque actuelle. Le régulateur des médias d'aujourd'hui n'évolue plus dans le même environnement que celui de 2007. Un smartphone suffit désormais pour produire une vidéo et la diffuser instantanément auprès de milliers de personnes. Les plateformes numériques ont considérablement accéléré la circulation de l'information. Les frontières nationales ne correspondent plus nécessairement aux frontières de diffusion. Les producteurs de contenus se multiplient. Et les médias traditionnels eux-mêmes deviennent numériques.

Dans ce contexte, le droit doit rechercher en permanence un équilibre délicat : encadrer sans ignorer les transformations technologiques, responsabiliser les acteurs tout en tenant compte des libertés fondamentales. C'est précisément à l'intersection du droit, des médias, de l'informatique, des télécommunications et d'Internet que Louis Modeste Ouédraogo situe son expertise.

Le numérique ne se limite pas aux médias

Son parcours de consultant montre cependant que son expertise dépasse la régulation audiovisuelle. En 2015, il intervient comme expert-juriste spécialisé en communications électroniques dans une étude portant sur la mise en place d'un système d'archivage et d'horodatage électronique.

La question paraît technique.Elle est pourtant profondément juridique. Comment prouver qu'un document numérique existait à une date précise ? Comment garantir son intégrité ? Quelle valeur accorder à une opération effectuée électroniquement ? À mesure que les administrations et entreprises abandonnent le papier, le droit doit créer de nouveaux mécanismes de confiance. La transformation digitale dépend donc autant de la fiabilité juridique des échanges que de leur efficacité technologique.

Aider à construire un environnement pour les startups

Entre 2020 et 2021, Louis Modeste Ouédraogo intervient comme expert en droit public et chef de mission pour le compte du ministère chargé de l'Économie numérique. La mission porte sur l'élaboration d'un cadre juridique et institutionnel de promotion de la startup au Burkina Faso. L'exemple est particulièrement révélateur de la place du droit dans un écosystème numérique. Un entrepreneur peut avoir une excellente idée. Des développeurs peuvent créer une application performante. Des investisseurs peuvent être intéressés. Mais l'environnement dans lequel l'entreprise évolue compte tout autant.

Quel statut lui donner ? Quels mécanismes d'accompagnement prévoir ? Comment encourager l'investissement ? Comment adapter les règles à des entreprises dont le modèle économique et le rythme de croissance diffèrent parfois fortement de ceux des sociétés traditionnelles ? Le droit peut devenir une contrainte lorsqu'il ne suit plus la réalité. Mais bien conçu, il peut aussi devenir un levier.

WURI : le droit derrière l'identité numérique

Une autre mission rapproche encore davantage Louis Modeste Ouédraogo des grandes infrastructures de la transformation numérique. Son CV indique qu'il est intervenu comme expert-juriste spécialisé en droit du numérique dans l'élaboration d'une stratégie d'interopérabilité pour le programme WURI au Burkina Faso. L'interopérabilité consiste, simplement, à permettre à différents systèmes de communiquer et d'échanger des informations de manière organisée.

Mais dès que ces systèmes manipulent des données d'identification, les questions juridiques deviennent incontournables. Qui peut échanger quelle information ? Dans quelles conditions ? Avec quelles responsabilités ? Selon quelles règles ? Une architecture numérique peut expliquer comment deux systèmes doivent communiquer. Le droit doit aussi préciser dans quelles limites ils peuvent le faire. C'est là que le juriste du numérique rencontre l'ingénieur.

Enseigner le droit pour préparer ceux qui décideront demain

Louis Modeste Ouédraogo a également consacré une partie importante de son parcours à l'enseignement. Il a été enseignant à temps plein à l'Université Ouaga II entre 2015 et 2017 et intervient comme vacataire dans plusieurs établissements d'enseignement supérieur, dont l'Université Aube Nouvelle, l'Institut supérieur de technologies, l'Institut supérieur de la communication et du multimédia et Swiss UMEF University. Il poursuit parallèlement un doctorat en droit public à l'Université Thomas Sankara.

Cette activité de transmission est importante dans un domaine encore en construction. Car le Burkina Faso aura besoin d'ingénieurs et de développeurs. Mais il aura également besoin de juristes capables de comprendre la technologie. De magistrats familiers avec la preuve numérique. De responsables publics capables d'appréhender les plateformes. De régulateurs comprenant les nouveaux usages. Et d'entrepreneurs capables d'identifier leurs droits et obligations.

Le droit comme infrastructure invisible du numérique

Nous avons tendance à imaginer les infrastructures numériques comme des pylônes, des fibres optiques, des datacenters ou des serveurs. Mais il existe une autre infrastructure, beaucoup moins visible. L'infrastructure juridique. Elle détermine les droits. Les responsabilités. Les procédures. Les recours. Les conditions de concurrence. La valeur des actes numériques. La manière dont les institutions peuvent intervenir. Sans cette infrastructure, la technologie peut fonctionner techniquement tout en restant fragile institutionnellement.

Le parcours de Louis Modeste Ouédraogo se situe précisément dans cette couche invisible de la transformation digitale. Sa formation en droit public, son expertise en droit des médias, son travail sur les communications électroniques, les startups, l'archivage électronique et l'interopérabilité montrent combien le numérique finit par traverser presque toutes les branches de l'action publique.

Réguler sans courir éternellement derrière la technologie

Le défi est pourtant immense. Le droit prend du temps. Il faut étudier. Consulter. Rédiger. Débattre. Adopter. Mettre en œuvre. La technologie, elle, peut changer en quelques mois. Hier, le défi était la TNT. Aujourd'hui, ce sont les réseaux sociaux, les plateformes et les systèmes numériques interconnectés. Demain, l'intelligence artificielle posera encore davantage de questions autour de la responsabilité, des contenus générés, de la propriété intellectuelle, des données ou de la désinformation. Le véritable défi des juristes du numérique sera donc moins de produire une règle pour chaque nouvelle technologie que de construire des principes suffisamment solides pour résister à l'évolution rapide des outils.

C'est peut-être là que le parcours de Louis Modeste Ouédraogo rejoint pleinement la transformation numérique du Burkina Faso. Il rappelle que l'innovation ne consiste pas uniquement à créer ce qui devient techniquement possible. Elle consiste aussi à décider collectivement ce que nous voulons permettre, protéger, responsabiliser et organiser.

Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?

Parce que Louis Modeste Ouédraogo apporte au numérique une compétence sans laquelle les infrastructures et les plateformes ne suffisent pas : le droit.

Parce que son parcours au Conseil supérieur de la communication, commencé en 2007 comme juriste et poursuivi jusqu'à la présidence de l'institution depuis août 2024, lui donne une expérience de terrain des transformations de la régulation des médias.

Parce qu'il a accompagné des mutations structurantes comme le passage à la TNT et participé à la réflexion juridique sur les communications électroniques.

Parce que son expertise s'est étendue à des sujets directement liés à la transformation digitale : archivage et horodatage électroniques, environnement juridique des startups et interopérabilité des systèmes dans le cadre du programme WURI.

Parce qu'il contribue également, par l'enseignement, la recherche et la formation, à transmettre cette culture juridique à d'autres générations de professionnels.

Parce que son parcours rappelle que la souveraineté numérique ne dépend pas uniquement de la maîtrise du code, des réseaux et des données. Elle dépend aussi de la capacité d'un pays à produire ses règles, organiser ses institutions et adapter son droit aux transformations technologiques.

Avec Louis Modeste Ouédraogo, le Burkina numérique révèle l'une de ses infrastructures les moins visibles : celle des règles. Car pour bâtir durablement le numérique, il ne suffit pas de savoir ce que la technologie permet. Il faut aussi décider du cadre de confiance dans lequel nous voulons l'utiliser.

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