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Les 100 Visages du Burkina Digital : Lydia Maïmouna Ouédraogo Sénémé, mettre la technologie au service du développement

Publié le 23 septembre 2026 par Kevin Bado

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Les 100 Visages du Burkina Digital : Lydia Maïmouna Ouédraogo Sénémé, mettre la technologie au service du développement

À 23 jours de l'ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd'hui, nous mettons à l'honneur Lydia Maïmouna Ouédraogo/Sénémé, professionnelle des technologies de l'information et administratrice de technologies pour le développement à l'UNICEF Burkina Faso, dont plus de vingt-trois années de parcours racontent une conviction : la transformation numérique prend tout son sens lorsqu'elle permet à un enfant d'exister administrativement, à un étudiant d'apprendre, à un patient d'accéder à un service de santé ou à une institution publique de mieux servir le citoyen.

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Un enfant vient au monde. Pour sa famille, sa naissance est une évidence. Pour l'administration, elle doit encore devenir une information. Un nom. Une date. Une identité. Une inscription dans un registre.

Et derrière cet acte administratif apparemment simple se cache un enjeu immense : comment garantir à chaque enfant le droit d'être officiellement reconnu, y compris lorsque la technologie, la distance ou les infrastructures compliquent l'accès au service ?

C'est précisément à la rencontre de ce type de problème et de la technologie que travaille aujourd'hui Lydia Maïmouna Ouédraogo. Son métier possède un acronyme : T4D. Technology for Development. La technologie pour le développement. Trois lettres pour rappeler une idée simple : le numérique n'est pas une fin. C'est un moyen.

Avant le T4D, apprendre à programmer

Le parcours commence à Bobo-Dioulasso. Entre 1999 et 2002, Lydia Maïmouna Ouédraogo étudie à l'Université polytechnique de Bobo-Dioulasso et à l'École supérieure des sciences appliquées. Elle y obtient notamment un diplôme d'analyste-programmeur en informatique et un DTS en informatique de gestion.

À ce stade, son univers est celui que l'on associe traditionnellement à l'informaticien. Logiciels. Applications. Bases de données. Réseaux. Systèmes. Mais sa carrière va progressivement déplacer le centre de gravité. De la machine vers l'organisation. Puis de l'organisation vers l'usager.

2004 : faire entrer davantage de numérique dans la justice

Après un bref passage à la Délégation générale à l'informatique, Lydia Maïmouna Ouédraogo rejoint en octobre 2004 le Ministère de la justice et des droits humains à travers la Cour de cassation du Burkina Faso, où elle devient chef du service informatique. Elle y restera jusqu'en 2013. Près de neuf années pendant lesquelles elle travaille à la conception de la stratégie TIC de l'institution, à la création et à l'interconnexion de réseaux locaux, aux bases de données et au site Web. Elle développe également une base de données numérique de jurisprudence et travaille sur les besoins et flux de données liés à la digitalisation des processus électoraux.

La technologie entre ici dans une institution fondamentale de l'État. Numériser la jurisprudence, par exemple, ce n'est pas simplement remplacer le papier par un écran. C'est rendre l'information plus facile à organiser. À retrouver. À exploiter. À transmettre. Et déjà, derrière l'outil informatique apparaît une question qui accompagnera toute sa carrière : comment transformer un processus grâce au numérique ?

Donner une identité numérique à l'échelle du territoire

En 2013, Lydia Maïmouna Ouédraogo change d'environnement. Elle rejoint le ministère chargé de l'Administration territoriale et de la Sécurité intérieure comme administratrice de programme. Cette fois, l'enjeu touche directement l'identité des citoyens. Elle participe à la mise en œuvre de l'enrôlement biométrique pour l'établissement des documents d'identité, avec une couverture nationale qui, selon son CV, atteint 100 % des communes.

Elle intervient également sur l'administration des bases de données et la digitalisation de la délivrance de la carte nationale d'identité, tout en assurant des formations dans les provinces et les régions.

Le changement d'échelle est considérable. Il ne s'agit plus du système informatique d'une seule institution. Le territoire national entre dans le périmètre. Et la technologie rencontre l'un des services les plus fondamentaux de l'administration : prouver qui l'on est.

2016 : penser les règles avant les outils

En juillet 2016, une nouvelle étape commence au ministère du Développement de l'Économie numérique et des Postes. Lydia Maïmouna Ouédraogo devient Directrice de la réglementation, de la normalisation et de la dématérialisation des procédures. Le titre paraît technique. La mission est pourtant centrale. Car une transformation numérique nationale ne peut pas reposer sur une accumulation de logiciels développés indépendamment les uns des autres. Les systèmes doivent pouvoir dialoguer. Des règles de qualité doivent exister. Les architectures doivent respecter des référentiels. La sécurité doit être prise en compte.

C'est précisément sur ces sujets qu'elle travaille, avec l'élaboration de normes TIC nationales et de référentiels portant notamment sur l'interopérabilité, la qualité, la sécurité et l'architecture des systèmes d'information. Elle accompagne également différents départements ministériels dans leurs stratégies sectorielles de transformation digitale et dans la dématérialisation de services publics. Autrement dit, avant de numériser, il faut aussi apprendre à organiser le numérique.

L’Agrement Technique informatique

Considérée comme l’une des principales artisanes de l’Agrément Technique en matière Informatique (ATI) Lydia M. Ouedraogo/S a cru, dès le départ, à la nécessité de structurer et de professionnaliser le secteur numérique burkinabè. Convaincu de la nécessité de valoriser les compétences locales et de renforcer la qualité des services numériques, Lydia M. Ouedraogo/S a contribué à faire de l’ATI un outil de référence pour le secteur informatique burkinabè. Aujourd’hui, l’ATI constitue non seulement un outil de référence pour les entreprises du secteur, mais également un héritage tangible de son action au service de la transformation numérique du Burkina Faso, dispositif aujourd’hui essentiel à la professionnalisation du secteur numérique.

Un étudiant, un ordinateur

Mais la transformation numérique n'est pas uniquement institutionnelle. Elle pose également une question d'accès. Comment parler d'université numérique lorsque l'étudiant ne possède pas l'équipement nécessaire pour accéder aux ressources ? Lydia Maïmouna Ouédraogo participe à la conception et à la mise en œuvre du programme « Un étudiant, un ordinateur ».

Derrière le nom du programme se trouve un principe essentiel de l'inclusion numérique : l'infrastructure nationale ne suffit pas. La connexion ne suffit pas. Les plateformes ne suffisent pas. Encore faut-il que l'utilisateur dispose du terminal lui permettant d'y accéder. La transformation digitale se joue donc parfois dans un datacenter. Et parfois simplement sur le bureau d'un étudiant.

Le backbone, le G-Cloud et les fondations invisibles

Durant cette même période, Lydia Maïmouna Ouédraogo participe au déploiement de plusieurs infrastructures essentielles mentionnées dans son CV : réseau dorsal national, G-Cloud, connectivité universitaire et réseau national de l'administration.

Le réseau dorsal — ou backbone — constitue la grande colonne vertébrale par laquelle circulent les données. Le G-Cloud vise, lui, à fournir une infrastructure mutualisée capable d'héberger des services et ressources numériques de l'administration. Ces infrastructures sont peu visibles pour le citoyen. Pourtant, elles déterminent en grande partie ce qu'il sera possible de construire au-dessus. Un service public numérique a besoin d'un réseau. Une application a besoin d'être hébergée. Une administration connectée a besoin d'une infrastructure capable de transporter ses données. Avant les services visibles, il faut donc bâtir les fondations invisibles.

L'identité unique, encore

L'identification reste également un fil rouge de son parcours. Au ministère de l'Économie numérique, elle participe à la mise en œuvre du projet régional WURI, financé par la Banque mondiale et consacré à l'identification unique.

Puis, entre juin 2020 et septembre 2022, devenue chargée de mission au cabinet du ministère chargé de la Transition digitale, elle contribue à l'opérationnalisation de la stratégie nationale de transformation digitale. Son CV mentionne notamment la négociation et l'obtention d'un financement de la Banque mondiale pour le projet d'identifiant unique de la personne.

La question dépasse largement la fabrication d'un numéro. Dans une administration numérisée, pouvoir identifier de manière fiable une personne peut faciliter l'accès à différents services tout en posant des exigences importantes en matière de sécurité, de protection des données et d'interopérabilité. L'identité devient ainsi l'une des briques fondamentales de l'État numérique.

Quand la technologie entre dans la santé et l’éducation

Mais c'est peut-être lorsqu'elle rencontre directement les politiques sociales que la trajectoire de Lydia Maïmouna Ouédraogo prend sa dimension la plus singulière. Durant ses responsabilités au ministère, elle implémente des projets T4D dans la santé et l'éducation, notamment Be He@lthy-Be Mobile et MCCAW, en collaboration avec l'Union internationale des télécommunications.

Le principe de la santé numérique est simple à formuler mais puissant dans ses conséquences. Le téléphone qui sert à communiquer peut également devenir un outil permettant de transmettre une information de prévention. Une plateforme peut contribuer au suivi d'un programme et faciliter l’apprentissage. Une base de données peut aider à comprendre une situation sanitaire. Le numérique quitte alors les salles informatiques. Il entre dans la vie quotidienne.

Et lorsqu'il s'agit d'un enfant ?

La même logique apparaît avec EDEN — Enfant et Droit à l'Enregistrement à la Naissance, projet auquel elle participe avec l'UNICEF et la DGMEC. Ici, le numérique rencontre un droit fondamental. L'enregistrement d'une naissance donne à l'enfant une existence juridique. Il conditionne ensuite l'accès à de nombreux autres droits et services.

La technologie peut contribuer à faciliter les processus, rapprocher l'enregistrement des populations et améliorer la circulation de l'information. C'est peut-être là que la notion de Technology for Development prend sa forme la plus concrète. Une technologie n'est plus évaluée seulement sur sa sophistication. Mais sur la question : qu'est-ce qu'elle change réellement dans la vie d'une personne ?

2022 : rejoindre l'UNICEF

En septembre 2022, Lydia Maïmouna Ouédraogo rejoint l'UNICEF Burkina Faso, d'abord comme chargée d'appui technique IT-télécommunications. Son parcours la présente aujourd'hui comme Administratrice de technologies pour le développement (T4D officer).

Cette nouvelle étape semble presque rassembler les différentes dimensions de son parcours. Technologie. Développement. Services essentiels. Innovation. Institutions. Communautés.

Parmi ses réalisations figure notamment sa participation à l'opérationnalisation du projet U-Report à travers RapidPro. RapidPro est une plateforme open source permettant de construire des systèmes de communication automatisée, notamment à travers la messagerie mobile. L'intérêt n'est donc pas la plateforme en elle-même. C'est ce qu'elle permet : créer un canal entre une organisation et des populations parfois très dispersées.

Quand communiquer devient une infrastructure d'urgence

Son rôle à l'UNICEF possède également une dimension beaucoup moins connue du grand public : les télécommunications d'urgence. Son parcours fait référence à plusieurs technologies : BGAN, Thuraya, VHF, Iridium, HF, VSAT. Elle est également impliquée dans les initiatives interinstitutions One UN pour les télécommunications.

Pourquoi une organisation humanitaire a-t-elle besoin de spécialistes des télécommunications ? Parce qu'en situation d'urgence, communiquer peut devenir une nécessité vitale. Lorsque les infrastructures ordinaires sont indisponibles ou insuffisantes, il faut pouvoir établir d'autres moyens de communication. Satellite. Radio. Terminaux adaptés. L'objectif n'est alors pas de disposer de la technologie la plus impressionnante. Il est de maintenir le lien lorsqu'il devient difficile à maintenir.

Et maintenant, l'intelligence artificielle

L'évolution ne s'arrête pas là. À l'UNICEF, Lydia Maïmouna Ouédraogo assure également des formations et de la gestion des connaissances autour d'outils internes d'intelligence artificielle et de digitalisation. Son profil mentionne plus largement l'IA et le machine learning parmi ses domaines d'innovation numérique.

Le parcours commencé avec la programmation en informatique au début des années 2000 arrive donc aujourd'hui à l'intelligence artificielle. Entre les deux, les technologies ont énormément changé. Mais la question centrale est restée étonnamment stable : comment les utiliser pour améliorer un service ?

Une femme dans les espaces où se décide aussi le numérique

Le parcours de Lydia Maïmouna Ouédraogo Seneme possède enfin une importante dimension de représentation et de transmission. Lorsqu'elle travaille au cabinet du ministère chargé de la Transition digitale, elle représente notamment le Burkina Faso à plusieurs grandes rencontres internationales de l'UIT : Conférence de plénipotentiaires de 2022, Conférence mondiale de développement des télécommunications de 2022 et Assemblée mondiale de normalisation des télécommunications de 2021, 2016.

Elle est également membre de l'IGF Burkina et de l'Association des femmes pour la promotion des TIC. Surtout, elle intervient comme mentor dans le réseau mondial NOW de l'UIT, consacré aux femmes dans les télécommunications. L'enjeu n'est plus uniquement de construire sa propre carrière. Il est aussi d'aider d'autres femmes à trouver leur place dans les métiers et les espaces de décision technologiques.

De la programmeuse à la spécialiste du développement

Plus de vingt-trois années séparent les débuts de Lydia Maïmouna Ouédraogo Seneme de ses fonctions actuelles. Et son parcours raconte une évolution intéressante. Au commencement, elle travaille sur les systèmes. Puis sur les institutions. Ensuite sur les politiques publiques. Aujourd'hui, elle travaille de plus en plus sur l'impact que la technologie peut produire pour les populations. Cette évolution est également visible dans sa formation.

À son diplôme d'analyste-programmeur sont venus s'ajouter une licence professionnelle en management, des certifications ITIL et TOGAF, des formations en audit et sécurité des systèmes d'information et, entre 2019 et 2021, un Master en sciences des données à l'Université Nazi Boni.

Le profil purement informatique s'est progressivement transformé en profil transversal. Technique. Gouvernance. Données. Management. Développement.

La technologie comme moyen, jamais comme destination

Il est tentant, lorsqu'on parle de transformation numérique, de mesurer les progrès en nombre de plateformes. Ou en kilomètres de fibre. Ou en serveurs. Ou désormais en modèles d'intelligence artificielle. Le parcours de Lydia Maïmouna Ouédraogo invite à regarder autrement. Un ordinateur remis à un étudiant. Une identité accessible à un citoyen. Une naissance enregistrée. Un message de santé reçu sur un téléphone. Une administration capable d'offrir un service à distance. Une équipe humanitaire qui continue à communiquer pendant une situation d'urgence. Voilà aussi à quoi peut ressembler la transformation numérique. La technologie n'en est alors pas la destination. Elle est le chemin.

Pourquoi fait-elle partie des 100 Visages du Burkina Digital ?

Parce que Lydia Maïmouna Ouédraogo Seneme porte plus de vingt-trois années d'expérience à l'intersection de l'informatique, des politiques publiques, de la transformation digitale, du développement et de l’humanitaire.

Parce qu'elle a accompagné plusieurs étapes importantes de la numérisation de l'État burkinabè : informatisation de la justice, identification biométrique, mise place de l’agrément technique informatique, dématérialisation des services publics, normalisation des systèmes d'information et stratégie nationale de transformation digitale.

Parce qu’elle a contribué à renforcer la confiance dans les compétences locales et à structurer davantage l’écosystème digital national.

Parce qu'elle a participé à des initiatives structurantes comme le réseau dorsal national, le G-Cloud, la connectivité universitaire, le réseau national de l'administration et le programme « Un étudiant, un ordinateur ».

Parce qu'elle a contribué à déplacer le numérique vers des usages directement liés au développement : identité, santé, éducation et enregistrement des naissances.

Parce qu'à l'UNICEF, elle poursuit aujourd'hui cette logique en mobilisant des solutions numériques, des outils open source et des télécommunications d'urgence au service des programmes de développement.

Parce qu'elle transmet aussi, notamment en accompagnant d'autres femmes dans le secteur des TIC et des télécommunications.

En 2020, elle a été faite Chevalier de l'Ordre du mérite, des Arts et des Lettres, agrafe Postes et Télécommunications.

Et parce que son parcours rappelle peut-être l'une des questions les plus importantes que devrait poser tout projet numérique : non pas seulement « que peut faire cette technologie ? », mais « pour qui, et qu'est-ce qu'elle améliore concrètement ? »

www.lefasodigital.net

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