Les 100 Visages du Burkina Digital : Yacouba Sow, la souveraineté numérique commence par les compétences
À 24 jours de l'ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd'hui, nous mettons à l'honneur Yacouba Sow, expert en systèmes d'information, cybersécurité et transformation numérique, aujourd'hui Directeur Général de FasoCode-X, dont le parcours, des réseaux satellitaires à la formation en intelligence artificielle, cybersécurité et cloud, porte une conviction forte : pour maîtriser son avenir numérique, un pays doit d'abord former les femmes et les hommes capables de le construire.

Un pays peut acheter des serveurs. Déployer de la fibre. Installer des logiciels. Construire des datacenters. Acquérir les dernières solutions de cybersécurité. Il reste pourtant une question. Qui les fera fonctionner ? Qui administrera les systèmes ? Qui protégera les données ? Qui développera les modèles d'intelligence artificielle ? Qui sécurisera les infrastructures ? Qui saura intervenir lorsque quelque chose ne fonctionne plus ? Pour Yacouba Sow, la réponse tient dans une formule : « La souveraineté numérique ne se décrète pas, elle se forme. »
Cette phrase pourrait sembler être celle d'un homme qui a toujours travaillé dans la formation. Ce serait oublier que, pendant près de vingt ans, Yacouba Sow a d'abord été de l'autre côté. Celui qui installe. Celui qui administre. Celui qui interconnecte. Celui qui sécurise. Celui qui fait fonctionner.
Au commencement, les réseaux
Avant de parler de souveraineté numérique, il y a donc les infrastructures. Yacouba Sow se forme à Ouagadougou à l'ISIG, aujourd'hui Université Aube Nouvelle, où il obtient en 2009 un diplôme d'ingénieur de travaux informatiques, option technologie des réseaux et télécommunications.
En 2012, il complète ce cursus en France par un Master en management des systèmes informatiques à l'Institut d'Ingénierie Informatique 3IL de Limoges. Entre les deux diplômes, la carrière a déjà commencé. Et son premier grand terrain d'apprentissage sera le ciel.
Sept pays reliés par satellite
En janvier 2009, Yacouba Sow rejoint Connecteo, filiale de Monaco Telecom, comme responsable des systèmes d'information. Il y travaille notamment sur un réseau VSAT déployé dans sept pays d'Afrique de l'Ouest et réalise vingt-huit projets d'interconnexion de sites clients.
VSAT signifie Very Small Aperture Terminal. Derrière cet acronyme se trouve une technologie qui permet d'établir des communications par satellite grâce à des antennes de relativement petite taille. Son intérêt devient évident lorsqu'il faut connecter des sites éloignés ou situés dans des zones où les infrastructures terrestres sont limitées. L'information monte vers le satellite. Le satellite la redirige. Et deux points séparés par des centaines ou des milliers de kilomètres peuvent communiquer. Pour Yacouba Sow, cette technologie deviendra une expertise durable.
Quand l'expérience burkinabè devient une expertise internationale
À partir de 2013, Yacouba Sow devient formateur expert auprès de l'International Telecommunications Satellite Organization, l'ITSO. Il intervient dans les ateliers des centres d'excellence de l'Union internationale des télécommunications consacrés aux communications satellitaires et aux systèmes VSAT. Kampala en 2013. Le Caire en 2014. Dakar et Niamey en 2016. Abidjan en 2017 puis en 2019.Le technicien et manager devient aussi formateur. Et, déjà, un fil apparaît dans son parcours. Savoir faire ne suffit pas. Il faut aussi savoir transmettre. Cette dimension prendra, quelques années plus tard, une place beaucoup plus importante.
Trente-deux bureaux pays à faire fonctionner
Entre 2012 et 2014, Yacouba Sow rejoint Water and Sanitation for Africa comme responsable IT et systèmes d'information. Cette fois, son périmètre couvre le siège et 32 bureaux pays. Il pilote les projets TIC, élabore le plan stratégique et les politiques informatiques de l'organisation, administre des serveurs virtuels et travaille sur la sauvegarde des données, les télécommunications et le traitement des incidents.
L'informatique change ici de nature. Elle n'est plus seulement un ensemble de technologies. Elle devient une fonction stratégique de l'organisation. Un réseau défaillant peut ralentir une équipe. Une donnée perdue peut perturber une activité. Une mauvaise politique de sauvegarde peut mettre en danger des années d'informations. L'ingénieur réseau doit donc progressivement apprendre autre chose : gouverner le système d'information.
2014 : entrer à la Maison de l'Entreprise
En octobre 2014, Yacouba Sow rejoint la Maison de l'Entreprise du Burkina Faso comme responsable informatique. Il y restera jusqu'en avril 2023. Près de neuf années. C'est probablement l'une des périodes les plus importantes de son parcours pour comprendre son empreinte sur le numérique burkinabè.
Car cette fois, l'informatique rencontre directement la vie des entreprises. Son CV lui attribue notamment la conduite de projets TIC impliquant le gouvernement et plusieurs partenaires internationaux : Banque mondiale, Banque africaine de développement, Banque islamique de développement et Union européenne.Mais surtout, il participe à une transformation dont des milliers d'entrepreneurs vont voir les effets.
Dématérialiser la création d'entreprise
Entre 2014 et 2015, Yacouba Sow conduit la mise en œuvre du Système intégré des guichets uniques, le SIGU, de la Maison de l'Entreprise. Le système concerne les licences d'affaires, les formalités de création d'entreprise et les actes de construire. Les Centres de formalités des entreprises, les CEFORE, sont interconnectés au siège à l'échelle nationale.
Derrière ces termes administratifs se trouve une transformation très concrète. Créer une entreprise implique des informations. Des documents. Des validations. Des échanges entre différents acteurs. Lorsque ces processus reposent entièrement sur le papier et des opérations manuelles, ils peuvent devenir longs et difficiles à suivre. Le numérique permet de repenser la circulation de l'information.
Le CV de Yacouba Sow indique que la digitalisation des licences commerciales accompagne la création de plus de 15 000 entreprises par an. Voilà le numérique à l'endroit où on ne l'attend pas toujours : derrière l'acte de naissance d'une entreprise.
Sécuriser aussi les documents
Dématérialiser crée cependant une nouvelle exigence. La confiance. Comment s'assurer qu'un document est authentique ? Comment assurer sa traçabilité ? Comment protéger les systèmes qui le produisent ? En novembre 2015, Yacouba Sow met en œuvre un système de sécurisation et de traçabilité des documents administratifs et des produits de la Maison de l'Entreprise.
En parallèle, il structure progressivement la gouvernance informatique de l'institution. Politiques. Procédures. Sauvegardes. Plan de reprise après sinistre. Sensibilisation du personnel à la sécurité de l'information. Le numérique facilite les processus. Mais plus une organisation dépend du numérique, plus elle doit apprendre à le protéger.
De l'administration des réseaux à la cybersécurité
Cette montée en puissance de la sécurité se retrouve dans les compétences que Yacouba Sow développe au fil de sa carrière. Son CV mentionne notamment des formations et certifications en CISSP, PMP, PRINCE2, COBIT 5, ITIL, MikroTik et Cisco.Les domaines couverts racontent eux-mêmes l'évolution de son profil. Réseaux. Gestion des services informatiques. Gouvernance. Gestion de projets. Cybersécurité. L'ingénieur spécialisé dans l'interconnexion est devenu un professionnel capable de regarder un système d'information dans son ensemble. Et cette expérience va bientôt être confrontée à un environnement où la technologie doit continuer à fonctionner dans des circonstances autrement plus difficiles.
Save the Children : quand la technologie rencontre l'humanitaire
En mai 2023, Yacouba Sow rejoint Save the Children International comme IT Manager pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique de l'Est. Il y dirige les fonctions informatiques et de communication, encadre des équipes et points focaux dans différents bureaux pays et supervise les projets informatiques.
Son CV indique un niveau de service d'environ 98 % des engagements contractuels respectés.Mais deux acronymes apparaissent surtout dans cette partie de son parcours :T4D et T4E. Technology for Development. Technology for Emergencies. La technologie pour le développement. Et la technologie pour les situations d'urgence. Ici, le numérique n'est plus seulement destiné à rendre une organisation plus productive. Il peut contribuer à maintenir une capacité d'action lorsque les conditions deviennent difficiles.
Solenzo : lorsque communiquer devient une nécessité
Octobre 2024. À Solenzo, dans une zone d'accès difficile, une intervention humanitaire doit soutenir des populations dans le cadre de la distribution alimentaire post-soudure et de la réponse aux inondations. Yacouba Sow dirige alors le déploiement d'un kit de communication d'urgence destiné à appuyer les équipes. L'intervention concerne, selon son CV, 1 200 ménages.
L'épisode est important parce qu'il replace la technologie dans sa fonction la plus élémentaire : permettre aux humains de communiquer. Dans un bureau connecté, une panne de réseau est une gêne. Dans une opération humanitaire menée dans une zone difficile d'accès, les communications peuvent devenir une condition de l'intervention.
Le parcours commencé avec les réseaux satellitaires trouve ici un nouvel écho. Des années auparavant, Yacouba Sow apprenait à connecter des sites. À Solenzo, cette expertise contribue à connecter une équipe qui doit agir.
Après vingt ans de systèmes, former ceux qui construiront les suivants
Puis arrive 2026. Yacouba Sow prend la direction générale de FasoCode-X. Et à première vue, le changement paraît considérable. Après les réseaux satellitaires, les systèmes d'information d'organisations internationales, la dématérialisation de services et les technologies humanitaires, le voici à la tête d'un centre de formation. En réalité, la continuité est forte.
Pendant deux décennies, il a vu les organisations chercher des compétences. Des administrateurs systèmes. Des spécialistes réseaux. Des chefs de projets. Des experts en sécurité. Et désormais des professionnels capables de travailler sur l'intelligence artificielle, le cloud et le DevOps. Sa conclusion tient en quelques mots : les infrastructures ne suffisent pas.
FasoCode-X : former aux métiers stratégiques
FasoCode-X se présente comme un centre d'excellence consacré aux métiers stratégiques du numérique. L'offre pilotée par Yacouba Sow s'articule autour de trois grandes filières longues : intelligence artificielle et apprentissage automatique, cybersécurité, DevOps et Cloud Computing, avec un tronc commun consacré aux fondamentaux de la pensée numérique et de la programmation.
Ces choix ne sont pas anodins. Ce sont précisément des domaines dans lesquels se joue une partie de l'autonomie technologique des organisations. Qui sécurise nos infrastructures ? Qui administre nos environnements cloud ? Qui maîtrise les chaînes permettant de développer et déployer nos applications ? Qui comprend suffisamment l'intelligence artificielle pour ne pas seulement utiliser les solutions conçues ailleurs, mais aussi en développer ? La souveraineté numérique devient ici une question très concrète de capital humain.
Un cyber range pour apprendre en faisant
Le centre développe notamment une alliance avec Cybastion autour de certifications en cybersécurité, d'une académie sous-régionale ainsi que d'un plateau pédagogique comprenant un SOC et un cyber range. Il travaille également avec l'UI2M à l'intégration de modules d'intelligence artificielle dans les filières de formation industrielle.
Un cyber range peut être comparé à un terrain d'entraînement. Mais au lieu d'y simuler un match ou une opération physique, on y reproduit des environnements informatiques. Les apprenants peuvent être confrontés à des incidents. Comprendre une attaque. Détecter une anomalie. Apprendre à réagir. Sans attendre qu'une véritable crise survienne. C'est là qu'une deuxième formule chère à Yacouba Sow prend tout son sens : « Former avec le réel. »
La souveraineté numérique, au-delà du slogan
Le mot « souveraineté » est devenu fréquent dans les conversations sur le numérique. Il peut désigner les infrastructures. Les données. Le cloud. Les logiciels. La cybersécurité. L'intelligence artificielle. Yacouba Sow choisit de l'aborder par une autre porte : les compétences.
Car posséder une infrastructure que personne ne sait administrer localement crée une dépendance. Acheter un outil de cybersécurité sans disposer des spécialistes capables de l'exploiter crée une dépendance. Utiliser massivement l'intelligence artificielle sans former ceux qui la comprennent crée également une dépendance. La souveraineté ne consiste donc pas nécessairement à tout fabriquer soi-même. Mais elle suppose au minimum de disposer des femmes et des hommes capables de comprendre, choisir, exploiter, sécuriser et faire évoluer les technologies utilisées.
Porter aussi le débat dans l'espace public
Cette conviction conduit également Yacouba Sow dans les espaces de discussion sur l'avenir du numérique. En 2026, FasoCode-X participe avec Cybastion à EAI Africatek, à Ouagadougou, dans un panel consacré à l'intelligence artificielle et à la souveraineté numérique africaine. Quelques semaines plus tard, le centre est également associé au SIPEN UEMOA 2026, autour de la même problématique.
Son engagement public porte aussi sur la protection des données personnelles et les risques liés au partage de documents administratifs et académiques sur les réseaux sociaux. Il intervient enfin dans des discussions consacrées à la place des femmes dans les métiers technologiques ainsi qu'aux relations entre culture numérique et valeurs sociales. Former aux métiers du numérique ne consiste donc pas seulement à enseigner une technologie. C'est aussi contribuer à construire une culture numérique.
Du satellite à l'intelligence artificielle
Regarder l'ensemble du parcours de Yacouba Sow, c'est finalement observer près de deux décennies d'évolution du numérique. Au commencement : les réseaux. Puis le satellite. L'interconnexion. Les systèmes d'information. La gouvernance. La dématérialisation. La cybersécurité. Les technologies pour le développement et les situations d'urgence.
Aujourd'hui : intelligence artificielle, cloud, DevOps et formation. Les technologies changent. La responsabilité change. Mais une même question traverse le parcours : comment faire en sorte que la technologie fonctionne réellement pour l'organisation et pour ceux qui en ont besoin ?
Former la relève
Il existe aussi quelque chose de presque circulaire dans cette trajectoire. En 2009, Yacouba Sow sort de formation comme ingénieur réseaux et télécommunications. En 2026, il dirige un centre chargé de former ceux qui entreront à leur tour dans les métiers numériques. Entre les deux, il aura vu ce qu'une infrastructure exige réellement. Il aura géré des réseaux. Des serveurs. Des équipes. Des incidents. Des projets de transformation. Des enjeux de sécurité. Des communications d'urgence. Cette expérience explique probablement sa manière d'envisager aujourd'hui la formation. Pas seulement transmettre un cours. Mais rapprocher l'apprentissage des problèmes que les futurs professionnels rencontreront sur le terrain. Former avec le réel.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce qu'à la Maison de l'Entreprise du Burkina Faso, il a participé à la dématérialisation de formalités essentielles à la vie économique, notamment à travers le Système intégré des guichets uniques et l'interconnexion des CEFORE.
Parce que son parcours possède également une dimension africaine, des réseaux VSAT déployés dans sept pays aux 32 bureaux pays de Water and Sanitation for Africa, puis aux fonctions informatiques de Save the Children en Afrique de l'Ouest et de l'Est.
Parce qu'il a mis la technologie au service d'une intervention humanitaire concrète à Solenzo, où le déploiement d'un dispositif de communication d'urgence a appuyé une opération concernant 1 200 ménages.
Parce qu'avec FasoCode-X, il choisit aujourd'hui de concentrer cette expérience sur un enjeu décisif pour le Burkina : former une nouvelle génération de professionnels dans l'intelligence artificielle, la cybersécurité, le cloud et le DevOps.
Et parce que son parcours rappelle finalement qu'un pays peut importer des équipements, acheter des logiciels ou louer de la puissance informatique ailleurs. Mais les compétences qui permettent de comprendre ces technologies, de les adapter, de les sécuriser et d'en créer de nouvelles doivent aussi se construire. C'est peut-être là que commence la souveraineté numérique. Non pas dans la machine. Mais dans la capacité de celles et ceux qui savent quoi en faire.
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