Les 100 Visages du Burkina Digital : Yéri Dorothée SIB, du clic au business, le digital au service des entrepreneures
À …. jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui façonnent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd’hui, nous mettons en lumière Yéri Dorothée SIB, consultante en communication, social media manager.
Avoir une page Facebook ne signifie pas avoir une stratégie digitale. Publier la photo d’un produit sur Instagram ne suffit pas à le vendre. Et disposer de milliers d’abonnés ne garantit pas davantage que ceux-ci deviendront un jour des clients. Entre être présent sur Internet et savoir utiliser Internet pour développer son activité, il existe un espace immense. C’est dans cet espace que Yéri Dorothée SIB a choisi de travailler.
Consultante en communication et marketing digital, formatrice en entrepreneuriat numérique, elle accompagne depuis plusieurs années entreprises, organisations, entrepreneurs et marques dans la construction de leur présence numérique. Son parcours professionnel compte plus de sept années d’expérience en communication et social media management au Burkina Faso et à l’international.
Mais derrière les campagnes digitales, les contenus et les stratégies de visibilité apparaît progressivement une autre préoccupation. Comment mettre ces outils entre les mains de celles et ceux qui en ont besoin pour entreprendre ? Et notamment des jeunes femmes africaines.
D’abord, apprendre à communiquer
Le parcours de Dorothée commence par la communication. Elle est titulaire d’une Licence professionnelle en communication d’entreprise de l’Université Aube Nouvelle, ex-ISIG. À cette formation initiale viendront progressivement s’ajouter des compétences plus directement liées au numérique (Entrepreneuriat social en 2019, Inbound marketing en 2024, Communication digitale en 2025).
Cette évolution académique raconte déjà celle de son métier. Car la communication d’entreprise a profondément changé. Il fut un temps où communiquer signifiait principalement produire une plaquette, organiser une conférence de presse, diffuser un communiqué, acheter un espace publicitaire ou concevoir une affiche. Aujourd’hui, une marque peut parler quotidiennement à son public. Le public peut lui répondre. Un client mécontent peut interpeller publiquement une entreprise. Une petite productrice peut montrer ses produits à des milliers de personnes sans acheter une page de publicité dans un journal. Et une vidéo réalisée avec un téléphone peut parfois atteindre davantage de monde qu’une campagne traditionnelle. Le métier de communicant a donc changé de terrain. Dorothée SIB aussi.
Facebook, Instagram et les autres ne sont que des outils
Son CV la présente comme spécialiste de la communication digitale, de la gestion des réseaux sociaux et de la création de contenus. Elle utilise notamment Illustrator, Canva, CapCut, Buffer, Meta Business Suite, mais également des outils d’intelligence artificielle générative comme Claude et ChatGPT.
Mais la liste des outils dit finalement peu de choses du métier. Car les maîtriser ne fait pas automatiquement de quelqu’un un communicant. Pas plus que savoir utiliser Facebook ne constitue en soi une stratégie marketing. Avant de publier, il faut savoir à qui l’on parle, pourquoi on lui parle, ce que l’on souhaite lui faire comprendre, quelle image on veut construire et quelle action on espère provoquer.
C’est précisément cette dimension stratégique qui apparaît dans la biographie de Dorothée : elle accompagne aujourd’hui les entrepreneurs et les marques afro pour les aider à clarifier leur positionnement, structurer leur communication et construire une présence digitale capable de donner envie de découvrir, choisir et recommander leurs produits.
Le numérique devient alors moins une affaire de publication qu’une affaire de positionnement.
Une spécialisation : les marques afro et l’agroalimentaire
Au fil de son parcours, Dorothée SIB affine également son terrain d’intervention avec une spécialisation particulière dans l’accompagnement des marques afro, notamment dans l’univers agroalimentaire. Ce choix est intéressant. Prenons une petite entreprise burkinabè qui transforme des céréales locales, produit du miel, des épices, du jus, du beurre de karité ou des produits alimentaires transformés, elle peut avoir un excellent produit, mais comment le consommateur le découvre-t-il ? Comment le distingue-t-il de dizaines d’autres ? Que raconte son emballage ? Que disent ses photographies ? Quelle histoire la marque raconte-t-elle ? Comment rassure-t-elle sur la qualité ? Comment transforme-t-elle une personne qui regarde une publication en client ? Et comment fait-elle de ce client quelqu’un qui recommande à son tour le produit ?
Dans cet univers, le numérique devient une vitrine. Et pour de petites entreprises qui ne disposent pas nécessairement de budgets publicitaires importants, cette vitrine peut changer beaucoup de choses.
Apprendre à vendre, mais surtout à se positionner
Un mot revient régulièrement dans les activités de Dorothée SIB : positionnement. Il mérite qu’on s’y arrête. Car l’un des pièges des réseaux sociaux consiste à penser que communiquer signifie publier le plus possible.
La communication digitale commence avant la première publication. C’est cette démarche que Dorothée résume dans sa mission : aider les entrepreneurs à clarifier leur positionnement avant de structurer leur communication et leur présence digitale. Autrement dit : avant d’apprendre à être visible, apprendre ce que l’on veut rendre visible.
Communiquer pour des entreprises, mais aussi pour des causes
Dorothée montre cependant que son expérience ne se limite pas aux marques commerciales. Elle a travaillé ou collaboré sur la communication de plusieurs entreprises, organisations et initiatives au Burkina Faso et à l’international. On retrouve notamment le Comité interprofessionnel de l’anacarde du Burkina Faso (CIAB), dont elle a été chargée de communication entre 2020 et 2022. Mais également la Semaine africaine des sciences du NEF-CI, l’International Year of Basic Sciences, The Earth-Humanity Coalition ou encore Media4Peace.
Les univers peuvent sembler différents : Agriculture, Sciences, Développement durable, Paix, Entrepreneuriat. Mais la question demeure la même : comment utiliser la communication numérique pour rendre une organisation, une cause ou un projet visible auprès du public auquel il s’adresse ? C’est cette diversité qui va lui permettre aussi de passer progressivement du rôle de communicante à celui de consultante.
Et puis vient la transmission
À partir de 2022, une autre dimension prend davantage de place dans son parcours. Dorothée ne veut plus seulement faire de la communication digitale. Elle veut aussi apprendre à d’autres à la faire. Et son public est très clairement identifié : les entrepreneurs, avec une attention particulière portée aux jeunes femmes. Son parcours indique que depuis 2022, elle a accompagné des centaines de jeunes femmes entrepreneures dans l’utilisation des outils numériques pour promouvoir leurs activités.
Le changement de posture est important. Une consultante peut gérer la communication d’une entreprise. Une formatrice donne à l’entrepreneur les moyens de gérer lui-même une partie de sa communication. Dans le premier cas, elle apporte un service. Dans le second, elle transmet une compétence. Et dans l’économie numérique, cette compétence peut devenir une forme d’autonomie.
« Les outils essentiels du Web pour lancer son business »
Les thèmes des formations qu’elle anime racontent assez précisément cette orientation. En septembre 2022, avec SIRALAB, elle intervient sur les outils essentiels du Web pour lancer son business. Avec Empow’Her, elle aborde la digitalisation des entreprises ainsi que la gestion du temps et des priorités. En avril 2023, auprès de Women Impact Network Benin, elle travaille sur la manière de positionner son business grâce aux réseaux sociaux. À Orange Digital Center, elle anime en mai 2023 une formation sur la manière de vendre grâce aux réseaux sociaux, puis en février-mars 2024 une autre consacrée au développement de son activité grâce au social media.
Des intitulés bien révélateurs car on ne parle plus seulement de réseaux sociaux pour les réseaux sociaux. On parle de business, de positionnement, de vente, de développement d’activité. Le clic, le commentaire ou le nombre d’abonnés ne constituent donc pas l’objectif final. Ils doivent servir quelque chose de beaucoup plus concret : l’activité de l’entrepreneur.
« Madame Digitale Burkina Faso »
Cet engagement reçoit en mars 2024 une reconnaissance particulière. Yéri Dorothée SIB est distinguée « Madame Digitale Burkina Faso » par Simplon Africa. Sa biographie présente cette distinction comme une reconnaissance de son action en faveur d’un numérique inclusif et créateur d’opportunités.
Le symbole est intéressant. Car le parcours mis à l’honneur n’est pas celui d’une ingénieure ayant construit une infrastructure ou développé un logiciel. Il est celui d’une professionnelle qui travaille sur l’appropriation des usages. Or une transformation numérique ne réussit pas uniquement parce que les technologies existent. Elle réussit lorsque les populations savent quoi en faire.
Le digital comme outil d’émancipation
C’est peut-être là que se trouve la dimension la plus intéressante du parcours de Dorothée SIB.
Le digital dont elle parle n’est pas abstrait. Il n’est pas seulement constitué de plateformes, d’algorithmes et de statistiques d’audience. Il prend le visage d’une entrepreneure qui apprend à mieux photographier son produit, d’une transformatrice qui comprend comment présenter son offre, d’une petite marque qui commence à raconter son histoire, d’une jeune femme qui découvre qu’elle peut utiliser les mêmes réseaux sociaux sur lesquels elle se divertit pour trouver ses premiers clients.
C’est un numérique du quotidien. Peut-être moins spectaculaire qu’un data center ou qu’une nouvelle infrastructure de télécommunications, mais un numérique capable d’avoir un effet immédiat sur une activité économique.
Et maintenant, l’intelligence artificielle
Parmi les outils professionnels préférés de Dorothée, on voit apparaître Claude et ChatGPT, aux côtés de Canva, CapCut, Buffer ou Meta Business Suite.Ce qui en dit quelque chose de la vitesse à laquelle son métier évolue. Hier, le défi pour les petites entreprises consistait à apprendre à utiliser Facebook. Puis il a fallu comprendre Instagram, la vidéo courte, la programmation des publications, la publicité ciblée et les outils de création graphique. Aujourd’hui, l’IA générative permet de produire des idées, des textes, des images et d’accélérer certaines tâches de communication. Demain, d’autres outils apparaîtront.
Consciente de cela, Dorothée sait qu’en tant que formatrice en entrepreneuriat numérique, la difficulté est donc permanente quand il faut transmettre des compétences dans un domaine où les outils changent parfois avant même que l’on ait fini de les enseigner. Mais les fondamentaux, eux, demeurent à savoir, comprendre son client, construire son identité, définir son message, créer de la confiance et utiliser intelligemment la technologie disponible.
Une autre manière de construire le Burkina digital
Les parcours précédents de notre série nous ont conduits dans les télécommunications, l’administration électronique, les systèmes d’information, la cybersécurité, le développement logiciel ou encore la gouvernance du numérique.
Celui de Yéri Dorothée SIB nous rappelle une autre réalité. On peut construire des infrastructures, déployer la fibre, améliorer la couverture mobile, créer des plateformes, mettre des services en ligne, mais la transformation ne devient réellement sociale et économique que lorsque les citoyens et les entreprises s’approprient ces outils.
Entre l’infrastructure numérique et son impact sur la vie quotidienne se trouve donc un maillon essentiel : les usages. C’est sur ce terrain que Dorothée a choisi d’agir.
Pourquoi fait-elle partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce qu’elle évolue depuis plus de sept ans dans la communication et le marketing digital, au service d’entreprises et d’organisations au Burkina Faso et à l’international.
Parce qu’elle accompagne aujourd’hui des entrepreneurs et des marques afro, notamment dans l’agroalimentaire, pour les aider à transformer leur présence sur Internet en véritable stratégie de visibilité et de positionnement.
Parce qu’elle ne s’est pas contentée de pratiquer la communication digitale : elle a choisi d’en transmettre les outils.
Parce que depuis 2022, elle a accompagné des centaines de jeunes femmes entrepreneures afin qu’elles utilisent le numérique pour promouvoir et développer leurs activités.
Parce que les formations qu’elle anime, vendre grâce aux réseaux sociaux, positionner son business, utiliser les outils du Web, digitaliser son entreprise, cherchent à rapprocher très concrètement compétences numériques et autonomie économique.
Parce que cet engagement en faveur d’un numérique plus inclusif lui a valu d’être distinguée « Madame Digitale Burkina Faso » en mars 2024 par Simplon Africa.
Et parce que son parcours rappelle finalement une évidence parfois oubliée dans les grandes discussions sur la transformation digitale : la puissance d’une technologie ne se mesure pas seulement à ce qu’elle sait faire, mais à ce que les femmes et les hommes parviennent à faire avec elle.