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Les 100 Visages du Burkina Digital : Nabil Issa Barro, du webmaster à l’ingénieur des données

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À 47 jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui façonnent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd’hui, le visage que nous présentons a une résonance particulière pour notre média. Nabil Issa Barro, ingénieur logiciel et data scientist, a en effet été pendant deux ans webmaster et infographiste aux Éditions Lefaso. Depuis, beaucoup de lignes de code ont défilé sur ses écrans.

Développement web, bases de données, e-services publics, open data, cartographie numérique, e-learning, Business Intelligence, , visualisation des données sanitaires et, aujourd’hui, santé numérique : son parcours épouse plusieurs des grandes transformations qu’a connues le secteur digital burkinabè au cours de la dernière décennie. Il raconte aussi l’évolution d’un métier.

Hier, il fallait construire des sites pour permettre aux organisations d’exister sur Internet.

Aujourd’hui, il faut faire dialoguer les plateformes, analyser des millions de données et construire des systèmes capables d’aider les décideurs à mieux comprendre la réalité.

Entre les deux, Nabil Issa Barro a fait du numérique son terrain d’apprentissage permanent.

L’informatique comme choix de départ

Son parcours académique commence véritablement à Bobo-Dioulasso. Après un baccalauréat série C obtenu en 2008 au lycée provincial Lompolo Koné de Banfora, il rejoint l’École supérieure d’informatique de l’Université Nazi Boni, où il décroche en 2011 un diplôme d’ingénieur des travaux en informatique.

Il poursuit ensuite sa formation à Ouagadougou, à l’Institut burkinabè des arts et métiers de l’Université Joseph Ki-Zerbo. Il y obtient une maîtrise MIAGE – Méthodes informatiques appliquées à la gestion des entreprises – en 2012, puis un DESS en 2ITIC en 2014. Plus récemment, il retourne à l’École supérieure d’informatique de Bobo-Dioulasso pour obtenir en 2025 un Master II en Data Sciences.  Cette dernière étape est révélatrice.

Plus de dix ans après ses premiers diplômes supérieurs, il retourne à l’université pour approfondir un domaine devenu central dans son activité professionnelle : la donnée et l’intelligence artificielle.

LeFaso.net, l’école du web

Avant la Data Science, il y a le Web. En août 2012, Nabil Issa Barro rejoint les Éditions LeFaso.net  comme webmaster et infographiste. Pendant deux ans, il participe à la vie technique du média : conception de sites web, mise à jour des différentes plateformes, traitement d’images, montage vidéo, modération des forums, gestion de la sécurité et administration des serveurs. Il intervient également comme formateur en conception de sites et traitement d’images.

Pour un média numérique, le webmaster est alors un homme de l’ombre. Le lecteur voit l’article, la photographie, le commentaire ou la page qui s’affiche. Derrière l’écran, quelqu’un doit faire en sorte que le site fonctionne, que les contenus soient publiés, que les serveurs tiennent et que les incidents soient résolus. Nabil Issa Barro appartient à cette génération de techniciens qui ont accompagné la montée en puissance du Web burkinabè. Et LeFaso.net constitue l’une des premières étapes importantes de ce parcours.

Du site web au service public numérique

En février 2014, il rejoint le ministère de la transition digital et après l’Agence nationale de promotion des technologies de l’information et de la communication (ANPTIC). Il va y rester près de huit ans. Le changement d’échelle est considérable. Il ne s’agit plus seulement de construire et d’administrer des sites, mais de développer des applications et des services électroniques destinés notamment à l’administration publique.

Comme ingénieur logiciel et bases de données, il participe à la conception de solutions applicatives, à la gestion de bases de données, au traitement et à la visualisation de l’information ainsi qu’à l’intégration des plateformes numériques.

Entre 2017 et 2018, il devient chef du département chargé de la mise en exploitation des applications et e-services. Tests, déploiement des plateformes sur l’infrastructure G-Cloud, maintenance, analyse des données, assistance technique et formation des utilisateurs font alors partie de ses responsabilités.  Le webmaster a progressivement changé de terrain. Il travaille désormais dans les coulisses de l’État numérique.

Quand les données publiques deviennent visibles

Une autre étape importante de son parcours à l’ANPTIC concerne la gestion des données. Il participe à la mise en place et à la gestion de plusieurs bases de données, au sein de plateformes conçues pour collecter, centraliser et rendre accessibles des informations publiques. Son rôle consiste à structurer la collecte, le traitement, l’analyse et la visualisation de ces données, mais aussi à développer les outils permettant de les gérer dans la durée. Il contribue ainsi à des plateformes qui, à la fois, produisent et consomment de la donnée : des sources multiples y sont centralisées, transformées, puis restituées sous des formes exploitables par les administrations, les partenaires et les citoyens.

Le passage est significatif. Le numérique ne consiste plus uniquement à mettre des informations en ligne. Il permet désormais de structurer, croiser, géolocaliser et rendre lisibles les données publiques. Une école devient un point sur une carte. Un forage peut être localisé. Une donnée administrative peut être réutilisée. Et l’information, jusque-là enfermée dans des fichiers ou des administrations, peut devenir une ressource pour le citoyen, le chercheur, le journaliste ou le décideur.

Cartographier le Burkina par la donnée

Cette dimension géographique prend une autre ampleur à partir de 2019. Nabil Issa Barro dirige l’équipe chargée de mettre en place une plateforme de gestion de la base de données des infrastructures géoréférencées du Burkina Faso au profit de la Direction générale du développement territorial. Le travail associe collecte d’informations sur le terrain, outils comme KoboToolbox et KoboCollect, traitement géographique avec QGIS et PostGIS, configuration de bases de données et développement de plateforme avec Laravel/leaflet.  Derrière ces termes techniques se trouve un enjeu de développement très concret. Pour planifier un territoire, encore faut-il savoir précisément où sont les infrastructures, quelles populations elles desservent et quelles zones restent insuffisamment couvertes. La carte cesse d’être une simple représentation du territoire. Elle devient un outil de prise de décision.

Une passion pour les systèmes intégrés

Toujours à l’ANPTIC, Nabil Issa Barro développe un attachement particulier pour les systèmes intégrés de gestion. Il participe d’abord à la mise en place du Système intégré des ressources humaines (SIRH) de l’agence, avant d’être désigné point focal technique de SIGEPE, le Système intégré de gestion des établissements publics de l’État, une plateforme nationale destinée à couvrir l’ensemble des EPE du Burkina Faso.

Dans ce cadre, il participe à la rédaction et à la validation des documents de cadrage, à la conception de la plateforme sur l’ERP Odoo ainsi qu’à sa validation fonctionnelle, et anime plusieurs séances de présentation auprès des parties prenantes. Cette expérience nourrit un véritable attrait pour l’ERP Odoo, au point qu’il en fait l’un des modules qu’il a enseigné, notamment à l’Université de l’Unité Africaine / IAM Burkina et à l’Institut burkinabè des arts et métiers (IBAM).

2020 : quand le numérique doit répondre à l’urgence

Puis arrive la pandémie de Covid-19. Comme beaucoup de professionnels du numérique, Nabil Issa Barro voit alors ses compétences mobilisées face à une urgence qui dépasse largement le secteur informatique. D’avril à décembre 2020, il est chef d’équipe adjoint pour la mise en place d’une plateforme de suivi des activités liées à la Covid-19 pour le Centre des opérations de réponse aux urgences sanitaires (CORUS). Son équipe travaille sur le traitement et l’analyse des données, la conception de plateformes, la visualisation et le développement d’un Dashboard de suivie des données relatives à la pandémie.

Les chiffres deviennent alors beaucoup plus que des chiffres. Ils permettent de suivre une épidémie, d’observer son évolution et de fournir aux responsables sanitaires des informations nécessaires à la décision. Sans encore le savoir peut-être, Nabil Issa Barro vient d’ouvrir un nouveau chapitre de son parcours : la rencontre entre la donnée et la santé.

Quand les universités ferment, les plateformes prennent le relais

La crise sanitaire pose également un autre défi : continuer à enseigner lorsque les salles de classe et les amphithéâtres deviennent difficilement accessibles. Toujours en 2020, Nabil Issa Barro intervient comme expert ANPTIC et chef d’équipe sur des plateformes de formation à distance. Il est chargé du déploiement, de la configuration et de la personnalisation de plus de dix instances Moodle au bénéfice d’universités et d’institutions burkinabè. L’expérience montre la polyvalence de son parcours. Dans une même année, ses compétences sont mobilisées pour suivre une crise sanitaire et pour permettre à des institutions de poursuivre leurs activités de formation. Le code, les serveurs et les plateformes deviennent alors des instruments de continuité.

Faire parler les données

Après son passage à la Croix-Rouge burkinabè comme responsable de la gestion de l’information et des données entre novembre 2021 et mars 2022, Nabil Issa Barro rejoint l’ONG Jhpiego en avril 2022.  Il y est responsable de la visualisation et de l’utilisation des données pendant trois ans. Cette fois, les données deviennent véritablement le cœur du métier. Python, R, Power BI, SPSS, DHIS2, QGIS ou Leaflet lui servent à collecter, traiter, analyser, cartographier et surtout rendre compréhensibles de grands volumes d’informations. Son parcours y compte notamment sa participation à l’analyse des données d’une enquête CAP(Connaissances, Attitudes et Pratiques), celle des données de l’enquete de couverture vaccinale (ECV) 2023, ainsi que plusieurs travaux d’évaluation de la qualité des données relatives au paludisme.

Il réalise également plusieurs tableaux de bord destinés au suivi d’indicateurs sanitaires, notamment sur le paludisme et sur l’impact de la Covid-19 sur la vaccination et les soins prénatals.  Une nouvelle transformation professionnelle s’est opérée. Il ne suffit plus de stocker l’information. Il faut désormais la faire parler.

De la Data Science à la santé numérique

Depuis 2025, cette orientation vers la santé numérique se renforce. Nabil Issa Barro rejoint l’ONG Clinton Health Access Initiative (CHAI), d’abord en Mai 2025 comme analyste en connectivité en santé numérique, puis, depuis janvier 2026, comme associé en santé numérique. Il apporte aujourd’hui un appui technique au ministère de la Santé dans la conception et le déploiement de plateformes reposant notamment sur DHIS2, sur Laravel et dans la mise en œuvre de l’architecture d’entreprise. Il assure également la gestion du projet E-santé Libre, destiné à faciliter l’accès aux plateformes numériques de santé. Il participe activement à la Digitalisation de la compagne Chimioprévention du Paludisme Saisonnier (CPS) et de la mise à jour de ReDop((Répertoire des Données du Paludisme). La boucle semble presque bouclée. Celui qui mettait autrefois des pages web à la disposition des internautes travaille aujourd’hui à rendre des services numériques de santé plus accessibles et à construire les systèmes permettant de transformer les données sanitaires en information utile.

Plus de Cinquante sites et une passion jamais abandonnée

Pourtant, Nabil Issa Barro n’a jamais réellement quitté son premier univers : le Web. Depuis 2012, il exerce également comme consultant indépendant. Il a réalisé la conception, le développement et le déploiement de plus de 50 sites web, réalisés avec des CMS open source comme Joomla, SPIP et WordPress pour des institutions publiques, ONG et organisations privées.  Et comme souvent chez les professionnels qui ont grandi avec l’Internet, la transmission accompagne la pratique. Il enseigne dans plusieurs établissements supérieurs : Business Intelligence et bases de données, Python, Odoo ERP, infographie, conception des systèmes d’information. Il intervient également comme formateur et coach sur Moodle.  Du webmaster au data scientist, le formateur n’est donc jamais très loin.

Du Web à aux  données, une génération du numérique burkinabè

Le parcours de Nabil Issa Barro raconte finalement quelque chose qui dépasse sa propre trajectoire. Il raconte une génération de professionnels burkinabè entrée dans le numérique par le Web. Il fallait alors construire des sites, administrer des CMS, traiter des images, maintenir des serveurs. Puis sont venus les e-services, le cloud et les plateformes publiques. Ensuite les données, la cartographie numérique et les bases de données décisionnelles. Puis la Business Intelligence et la data science. Et aujourd’hui, les architectures de données et l’intelligence sanitaire. Les technologies changent, les métiers se transforment, les compétences doivent constamment être renouvelées. Son retour à l’université pour décrocher en 2025 un Master II en Data Sciences, après plus d’une décennie d’expérience professionnelle, est à cet égard symbolique : dans le numérique, l’expérience ne dispense jamais d’apprendre à nouveau.

Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?

Parce qu’avant la Data Science et la santé numérique, il a participé à la vie quotidienne du Web burkinabè comme webmaster de LeFaso.net, notre média, entre 2012 et 2014.

Parce qu’à l’ANPTIC, il a contribué pendant près de huit ans au développement, au déploiement et à l’exploitation de plateformes et de services numériques publics.

Parce qu’il a participé à plusieurs chantiers structurants : SIGEPE,  cartographie des écoles et des points d’eau, géoréférencement des infrastructures nationales, plateformes d’e-learning ou encore systèmes de suivi de la Covid-19.

Parce qu’il a progressivement fait des données son domaine de spécialisation, de sa collecte jusqu’à sa visualisation et son utilisation pour la prise de décision.

Parce qu’il met aujourd’hui cette expertise au service de la transformation numérique du système de santé burkinabè.

Et parce que son parcours dit quelque chose de l’essence même des métiers du digital : on peut commencer par construire des pages web et se retrouver, quinze ans plus tard, à construire des systèmes qui permettent de mieux comprendre la santé d’une population. L’outil change, mais une même ambition demeure : transformer l’information en service utile.

www.lefasodigital.net

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