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Les 100 Visages du Burkina Digital : Alizeta Eunyce Koté, de la technique au pilotage de l’entreprise numérique

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Dans l’imaginaire collectif, les métiers du numérique se résument encore souvent aux développeurs, aux ingénieurs réseaux ou aux techniciens devant leurs machines. Mais que se passe-t-il lorsque l’informatique devient indispensable au fonctionnement d’une banque, d’un opérateur télécom ou d’une grande entreprise ?

Il ne suffit plus que les ordinateurs fonctionnent. Il faut garantir la disponibilité des services, mesurer leur performance, gérer les incidents, anticiper les risques, respecter des engagements de qualité, maîtriser les coûts, manager les équipes, comprendre les besoins des clients — et finalement, faire de la technologie un véritable levier de performance pour l’entreprise.

C’est précisément cette frontière entre technologie, qualité de service et management qu’Alizeta Eunyce Koté explore depuis le début de sa carrière. Aujourd’hui Manager général de Revival Technologies & Conseils, née de la reprise des activités de la filiale technologique de CFAO au Burkina Faso et au Niger, elle est passée par plusieurs métiers du numérique : électronique, systèmes d’information, audit des risques, consulting, formation, infogérance, qualité, management des services informatiques et direction de Business Unit (unité d’affaires). Une trajectoire qui raconte aussi comment le métier d’informaticien s’est progressivement rapproché du cœur stratégique de l’entreprise.

Le point de départ : réparer

Tout commence de façon très concrète. DUT en électronique et maintenance informatique à l’Institut supérieur d’informatique et de gestion (aujourd’hui Université Aube Nouvelle) en 2004, elle passe par l’Université Gaston Berger de Saint-Louis au Sénégal avant de décrocher son diplôme de concepteur de systèmes d’information à Limoges en 2006. Son mémoire porte déjà sur une mutation majeure : l’arrivée de la télévision et de la vidéo à la demande sur le réseau ADSL de l’ONATEL. Le téléphone ne sert plus qu’à parler — il transporte désormais Internet et l’image.

Mais très vite, une autre question s’impose : une fois le système construit, comment le gouverner ?

Le tournant : Gouvernance, Risque, Conformité

À Lyon II, un Master Droit, Économie, Gestion à finalité informatique, avec une spécialisation en informatique décisionnelle et statistique. Au sein de l’équipe IT du projet Sarbanes-Oxley, elle travaille sur la gestion des risques informatiques dans le cadre de la gouvernance des systèmes d’information, à partir du cas de l’Union Financière de France. Le sujet a changé de nature. Il ne s’agit plus de faire fonctionner un système, mais de savoir comment le gouverner et le rendre conforme aux standards internationaux.

L’expérience professionnelle confirme ce virage. En 2009, chez AVIVA France, elle travaille sur la certification Sarbanes-Oxley : documenter les contrôles, tester les dispositifs, proposer des correctifs. En 2010, chez CSC, elle rejoint le conseil Banque de détail. La leçon qu’elle en retire ne la quittera plus : un bon système informatique n’est pas seulement un système qui marche, c’est un système qui aide l’entreprise à anticiper les risques, à en minimiser les conséquences et à optimiser ses performances.

Retour au pays, changement d’échelle

De retour au Burkina Faso, chez SOFTNET, elle passe de l’autre côté du miroir technique : chef de produit support et formation, entre équipes techniques et clients. Elle ne vend plus de la technologie — elle vend un niveau de service.

Cette logique explose littéralement d’échelle chez CFAO Technologies, où elle entre en 2013. Responsable consulting et formation, puis Service Delivery Manager en 2016, elle pilote l’infogérance : une entreprise confie tout ou partie de son informatique à un prestataire, qui s’engage alors sur un résultat mesurable.

En 2015, elle dirige la phase pilote de l’externalisation informatique de la filiale burkinabè d’Ecobank. Le contrat fonctionne si bien que le modèle est étendu au Niger, à la Côte d’Ivoire et au Bénin. Une méthode conçue à Ouagadougou essaime dans toute la sous-région.

La même année, elle prend en charge le contrat-cadre d’infogérance de l’ONATEL : neuf collaborateurs à coordonner entre Ouagadougou et cinq autres villes à l’intérieur du pays. Dès 2013, elle manageait déjà un sous-projet d’externalisation pour l’UEMOA, avec dix personnes réparties au siège et dans les sept représentations de l’organisation. Le défi n’est plus technique, il est organisationnel : comment garantir la même qualité de service à Lomé, Bamako ou Bissau qu’à Ouagadougou ?

Certifier, former, transmettre

Alizeta Koté ne se contente pas de faire fonctionner des systèmes : elle se forme, et forme à son tour ceux qui les administrent. En 2013, elle pilote l’accréditation de centres de test auprès de Pearson VUE et Prometric. Aux côtés d’un professeur de sécurité informatique, elle dirige pendant plus de dix ans les travaux pratiques sur la gestion des risques des systèmes d’information à l’Université Aube Nouvelle, à l’IBAM, à l’IST et à l’EPO, et encadre la certification ITIL V3. Elle-même est certifiée ITIL V3, PRINCE2 et COBIT V4 — trois référentiels qui résument son parcours en un mot : maîtriser.

En 2019, parallèlement à ses missions, elle pilote le Système de management de la qualité chez CFAO Technologies, en charge de la certification ISO 9001:2015. L’informatique n’est plus seulement un service : c’est un système qu’on audite, qu’on mesure, qu’on améliore en continu.

Le grand saut : du service au chiffre d’affaires

Octobre 2019 marque une rupture. Alizeta Koté devient Business Unit Manager chez CFAO Technologies Burkina. Elle ne pilote plus seulement des prestations, mais leur rentabilité : chiffre d’affaires, marge, facturation, stratégie commerciale. La technicienne formée à l’électronique est devenue une responsable chargée de transformer la compétence technologique en activité économique.

Entre 2019 et 2021, elle complète ce virage par un Global Executive MBA à SKEMA Business School, où elle obtient la bourse du leadership féminin. Cette formation internationale la conduit aux États-Unis, au Brésil et de nouveau en France, aux côtés de camarades russes, ukrainiens, indiens, chinois, français, allemands, … Elle en sort diplômée en gestion des affaires internationales et des projets innovants. Il ne lui restait qu’une chose à apprendre : l’entreprise dans sa globalité.

2023 : prendre les commandes

En 2023, CFAO Technologies est dissoute. Plutôt qu’un point final, c’est un nouveau départ : avec l’accompagnement des dirigeants du groupe CFAO, Alizeta Koté reprend les activités ICT et fonde Revival Technologies & Conseils, présente au Burkina Faso et au Niger. Deux objectifs guident cette reprise : assurer la continuité des activités de CFAO Technologies et sauvegarder les emplois des collaborateurs. Elle devient Manager général de l’entreprise. Elle n’est plus responsable d’une fonction numérique au sein d’une organisation — elle est responsable de l’entreprise numérique elle-même.

Son terrain professionnel reste burkinabè, mais son horizon est devenu continental : missions au Cameroun, au Gabon, en Côte d’Ivoire, au Niger, participation au GITEX Africa au Maroc en 2025 et 2026.

Une ligne à ne pas manquer

En 2015, lors de la Semaine nationale de l’informatique, elle intervient à la Journée des jeunes filles dans le secteur des TIC, autour du thème TIC et valorisation des métiers. Électronique, sécurité, infogérance, direction générale : autant de métiers où les femmes restent minoritaires. Ce jour-là, elle ne parlait pas de possibilités théoriques. Elle parlait d’un chemin qu’elle avait elle-même parcouru.

Pourquoi ce visage-là ?

Parce qu’Alizeta Eunyce Koté a commencé sa carrière quand l’informatique n’était qu’une affaire de techniciens, et qu’elle l’a accompagnée jusqu’à la direction générale. Parce qu’un modèle qu’elle a piloté au Burkina Faso s’est exporté au Niger, en Côte d’Ivoire et au Bénin. Parce qu’elle a coordonné des équipes à l’échelle nationale et sous-régionale, formé des générations de professionnels, et partagé son parcours avec les jeunes filles qui hésitent encore à s’engager dans les métiers du numérique ou à mettre le numérique au service de leurs activités. Parce que dans un contexte où l’emploi reste un défi majeur au Burkina Faso comme au Niger, elle a eu le courage de reprendre une entreprise en difficulté plutôt que de la voir disparaître, par sens des responsabilités envers ses collaborateurs et par attachement à son pays.

Et parce que sa trajectoire raconte, à elle seule, l’histoire du numérique burkinabè : d’une affaire de machines à une affaire de stratégie, de qualité et de leadership.

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