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Les 100 Visages du Burkina Digital : Amon Bazongo, faire émerger une génération africaine de l’intelligence artificielle

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À 43 jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui façonnent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd’hui, nous faisons uun arrêt sur Amon Mocé Rodolphe Bazongo, entrepreneur technologique, consultant en intelligence artificielle et bâtisseur de communautés, dont le parcours dessine des passerelles entre le Burkina Faso, l’Asie et les nouveaux territoires de l’innovation africaine.

Il appartient à une génération qui n’a pas découvert le numérique avec Internet, mais qui a grandi avec lui. Une génération pour laquelle intelligence artificielle, blockchain, big data, startups ou économie spatiale ne relèvent plus de la science-fiction, mais constituent de nouveaux terrains d’apprentissage, d’entrepreneuriat et de développement.

Chez Amon Bazongo, cette fascination pour les technologies émergentes s’accompagne toutefois d’une conviction : une révolution technologique n’a véritablement d’impact que lorsqu’un écosystème se forme autour d’elle. Former, connecter, entreprendre, expérimenter et créer des communautés : ces verbes racontent une bonne partie de son parcours.

Du Burkina Faso à Taïwan, l’apprentissage de la technologie

Le parcours académique d’Amon Bazongo commence au Burkina Faso. Après un baccalauréat scientifique, il intègre l’Université Polytechnique de Bobo-Dioulasso, où il obtient un DUT en ingénierie électrique et électronique. Sa trajectoire prend ensuite une dimension internationale avec son départ pour Taïwan. Il y étudie l’informatique à la National Yang Ming Chiao Tung University, dans une filière d’élite, avant de poursuivre un master en Big Data Management à la Soochow University.

Ces années asiatiques lui permettent de se former au contact d’un environnement technologique particulièrement dynamique, mais aussi d’acquérir une ouverture culturelle qui accompagnera la suite de son parcours. Son CV indique ainsi qu’il travaille en français et en anglais et possède également une maîtrise du mandarin chinois.

De l’ingénierie logicielle à l’intelligence artificielle

Sa carrière professionnelle débute également à Taïwan. Chez aPure Functional Fiber, il développe des applications marketing, des outils analytiques et des chatbots destinés à accompagner la stratégie numérique et commerciale de l’entreprise. Mais c’est progressivement vers l’intelligence artificielle que son parcours s’oriente.

À partir de 2019, il intervient comme consultant IA auprès d’Intelliances. L’un des projets les plus significatifs est inCare, un système avancé d’intelligence artificielle appliqué à la cardiologie, conçu, développé et déployé en collaboration avec un hôpital de Kaohsiung à Taïwan. L’expérience illustre déjà une caractéristique de son parcours : l’IA n’y est pas envisagée uniquement comme un objet technique, mais comme une technologie pouvant trouver des applications concrètes dans des secteurs aussi stratégiques que la santé.

Quand l’innovation rencontre l’Afrique

Après l’Asie, le parcours d’Amon Bazongo se rapproche progressivement des grands enjeux de transformation numérique du continent. Entre janvier 2022 et janvier 2023, il rejoint la Commission de l’Union africaine comme Digital and Innovation Fellow. Il y propose notamment un système de recherche fondé sur l’intelligence artificielle afin d’améliorer la gestion interne des connaissances au sein de la Direction de l’information et de la communication. Cette expérience marque une autre étape : celle du passage de l’innovation technologique aux problématiques institutionnelles africaines.

Parallèlement, il s’intéresse à l’investissement dans les startups. Sélectionné comme Investor Accelerator Fellow de Dream VC en 2023, il analyse et identifie des jeunes pousses africaines dans la santé, l’environnement, l’intelligence artificielle, la blockchain ou encore l’assurance. Il contribue également à des travaux sur l’e-mobilité et publie une analyse consacrée au capital-risque dans les secteurs de la blockchain et des cryptoactifs en Afrique.

Tech Emerging Africa : créer l’écosystème avant d’attendre le marché

Mais c’est probablement avec Tech Emerging Africa, créé en 2020, que se révèle le mieux la vision d’Amon Bazongo. L’initiative vise à fédérer les acteurs intéressés par l’intelligence artificielle et les technologies émergentes, à diffuser les connaissances et à créer des espaces où étudiants, chercheurs, entrepreneurs et professionnels peuvent se rencontrer. Sous cette bannière, Amon Bazongo organise notamment IndabaX Burkina ainsi que la Semaine de l’Intelligence Artificielle et des Technologies Émergentes (SEINAR). Des événements qui ont cumulé plus de 2 000 participants entre 2023 et 2025.

Il participe également à l’organisation de l’Africa Tech Up Tour pour le Burkina Faso et l’espace AES et conduit la délégation burkinabè lors d’un bootcamp à Cotonou.
Autant d’initiatives qui poursuivent un même objectif : faire en sorte que les jeunes Africains ne regardent pas les prochaines révolutions technologiques depuis les tribunes, mais puissent en devenir des acteurs.

Faire entrer l’IA dans les salles de classe… et dans la compétition

Cette ambition passe naturellement par la formation. À travers Brain Machine & Consensus Burkina Faso, cabinet qu’il fonde en 2022, Amon Bazongo développe notamment une certification en intelligence artificielle et assure la formation de personnels de différentes organisations. Il anime également une newsletter professionnelle consacrée à l’IA, The AI-Aware Professional.

Depuis novembre 2025, il conduit par ailleurs les initiatives liées à l’intelligence artificielle et à l’entrepreneuriat au Burkina Institute of Technology de Koudougou.

Mais la transmission prend chez lui une forme plus originale encore : la compétition. Amon Bazongo organise les Olympiades nationales d’intelligence artificielle du Burkina Faso et siège à l’assemblée générale des Olympiades internationales d’intelligence artificielle. L’enjeu dépasse le concours lui-même. Il s’agit de détecter tôt les talents, de familiariser les jeunes avec les technologies de pointe et de créer une culture scientifique susceptible de faire émerger les ingénieurs et entrepreneurs de demain.

De la communauté à l’entreprise

Construire un écosystème technologique suppose également de transformer les idées en entreprises. Depuis 2025, Amon Bazongo développe au sein de Brain Machine & Consensus un startup studio, qui accueille plusieurs projets entrepreneuriaux, notamment Certify Magic, Cash Ma Chic et Africa Trade Connect. Il a également exercé les fonctions de directeur technique de Vester AI, une plateforme destinée à accompagner l’investissement dans les startups.

Cette articulation entre formation, communautés, événements, investissement et incubation traduit une approche assez complète de l’écosystème numérique : il ne suffit pas de former des talents si ceux-ci ne disposent pas ensuite d’espaces pour expérimenter, entreprendre, financer leurs projets et accéder à des marchés.

De l’intelligence artificielle… à l’espace

Le champ d’intérêt d’Amon Bazongo ne s’arrête d’ailleurs pas à l’IA. Depuis 2024, il représente en Afrique de l’Ouest Cosmos For Humanity, une organisation engagée sur les questions de durabilité spatiale. Son périmètre couvre le Sahel et le golfe de Guinée. Cette incursion dans le domaine spatial peut sembler éloignée des autres activités de son parcours. Elle s’inscrit pourtant dans la même logique : anticiper les technologies et les secteurs qui structureront les économies futures et positionner les compétences africaines suffisamment tôt dans ces nouveaux espaces.

Construire plutôt que subir les prochaines révolutions technologiques

Le parcours d’Amon Bazongo porte finalement un message générationnel. L’intelligence artificielle, la blockchain, le big data ou les technologies spatiales sont largement développés hors du continent africain. Le risque serait que l’Afrique se contente une nouvelle fois de consommer des innovations conçues ailleurs.

Son engagement dans la formation, l’organisation de communautés, l’entrepreneuriat et les compétitions technologiques défend une autre possibilité : préparer suffisamment tôt les talents africains pour qu’ils puissent eux aussi inventer, entreprendre et participer aux choix qui façonneront ces technologies. Cette ambition n’exclut pas les questions de responsabilité. Son CV mentionne notamment sa participation en 2024 à un panel de haut niveau consacré à la gouvernance des données et à une utilisation éthique, responsable et inclusive de l’intelligence artificielle. Car construire un écosystème de l’IA ne signifie pas seulement apprendre à créer des algorithmes. Il faut aussi apprendre à interroger leurs usages et leurs conséquences.

Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ? Africainset diasporas

Parce qu’il fait partie d’une génération d’entrepreneurs technologiques burkinabè dont les parcours et les réseaux dépassent largement les frontières nationales.

Parce qu’il travaille depuis plusieurs années à créer autour de l’intelligence artificielle un véritable écosystème associant formation, événements, communautés, entrepreneuriat et investissement.

Parce qu’à travers Tech Emerging Africa, IndabaX Burkina, la SEINAR et les Olympiades nationales d’intelligence artificielle, il contribue à rapprocher les technologies émergentes des jeunes et des professionnels burkinabè.

Parce que son parcours entre le Burkina Faso, Taïwan, la Chine et l’Union africaine lui permet de faire circuler expériences, compétences et opportunités entre plusieurs écosystèmes technologiques.

Et parce qu’il porte une conviction essentielle pour l’avenir du continent : face aux prochaines révolutions technologiques, l’Afrique ne doit pas attendre d’être invitée. Elle doit former ses talents, construire ses communautés, créer ses entreprises et prendre sa place autour de la table.

www.lefasodigital.net

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