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Les 100 Visages du Burkina Digital : Boukaré Sébastien YOUGBARE, du champ agricole aux frontières numériques de l’État

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À 54 jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui façonnent le Burkina numérique. Aujourd’hui, zoom sur Boukaré Sébastien YOUGBARE, expert en transformation numérique, cybersécurité et intelligence Economique, ancien Directeur général de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI), dont le parcours l’a conduit de la digitalisation de l’agriculture à la construction de capacités stratégiques de cybersécurité nationale.

Il y a, dans une transformation numérique, ce que le citoyen voit : un formulaire qui disparaît au profit d’un téléservice, un document désormais accessible en ligne, une démarche administrative qui nécessite moins de déplacements. Et puis il y a tout ce qu’il ne voit pas.

Les systèmes qui interopèrent pour rendre un service digital. Les données qu’il faut protéger. Les infrastructures qu’il faut surveiller. Les identités numériques qu’il faut sécuriser et conserver l’intégrité. Les attaques qu’il faut détecter et endiguer. Et, derrière tout cela, des choix stratégiques qui touchent désormais directement à la souveraineté de l’État.

Le parcours de Boukaré Sébastien YOUGBARE traverse précisément ces différentes couches du numérique public. Avec plus de onze années d’expérience dans des fonctions de direction au sein d’institutions publiques stratégiques, il a travaillé aussi bien à la modernisation des services publics qu’à la protection des infrastructures numériques nationales.

L’informatique au contact de la terre

C’est dans un secteur essentiel de l’économie burkinabè que Boukaré Sébastien YOUGBARE construit une part importante de son expérience : l’agriculture. Au ministère en charge de l’Agriculture, il gravit progressivement les échelons, de chef de service informatique à Directeur des systèmes d’information, tout en assurant la coordination du Projet d’implantation des systèmes informatiques.

Entre 2015 et 2021, il pilote la transformation numérique du ministère à travers l’élaboration et la mise en œuvre de son Schéma directeur des systèmes d’information et de son plan d’urbanisation. Mais la transformation ne reste pas confinée aux bureaux de l’administration. Elle gagne progressivement les métiers agricoles.

Quand le numérique arrive jusqu’au producteur

Plusieurs solutions voient ainsi le jour. GesLabo accompagne l’échantillonnage et la certification des semences. e-Vulgarisation facilite la diffusion d’informations et de conseils agricoles auprès des producteurs. Le Système d’information géographique du secteur rural (SIG-SR) permet quant à lui de cartographier de manière géoréférencée les infrastructures et le patrimoine agricole.

À travers ces projets, le numérique devient un outil d’amélioration de la connaissance du territoire, de modernisation des processus et d’accès à l’information. Mais une autre initiative illustre encore davantage cette volonté de rapprocher la technologie du quotidien des producteurs : AgriVoucher
Le dispositif permet de digitaliser la distribution d’intrants agricoles subventionnés, depuis l’information et l’identification du producteur jusqu’au paiement électronique, à l’enlèvement des intrants et au suivi de la campagne. Derrière la technologie se trouve un enjeu très concret : rendre un mécanisme public plus traçable, plus efficace et plus facile à piloter.

De l’e-agriculture à la transformation numérique de l’État

En février 2021, Boukaré Yougbaré rejoint l’Agence nationale de promotion des technologies de l’information et de la communication (ANPTIC) comme Directeur des systèmes applicatifs. Le changement d’échelle est important. Il ne s’agit plus seulement de transformer les systèmes d’information d’un ministère, mais de contribuer à la modernisation de plateformes utilisées au cœur même du fonctionnement de l’État. Il travaille notamment à l’opérationnalisation de l’e-Conseil des ministres, du Système intégré de gestion électronique des documents (SIGED) et du Circuit intégré des missions (CIM) et de la mise en place de la e-contravention. Dans ces différents chantiers, il met à profit l’expérience acquise au ministère chargé de l’Agriculture, où il avait déjà porté et mis en œuvre des solutions numériques similaires.

Derrière ces acronymes se joue une transformation profonde : remplacer progressivement des circuits administratifs historiquement fondés sur le papier par des processus numériques. Et cette mutation exige plus que des logiciels. Elle suppose de former les utilisateurs, de coordonner les équipes techniques et les responsables métiers, de faire dialoguer différentes institutions et surtout d’accompagner le changement des habitudes de travail.

e-Burkina : accélérer la transformation

Boukaré Yougbaré prend également la direction opérationnelle du Projet e-Burkina, programme destiné à soutenir la modernisation de l’administration publique et la digitalisation de secteurs ruraux. Sous les orientations de la tutelle et de la coordination du projet, et en collaboration avec la Banque mondiale, il pilote plusieurs chantiers portant sur la digitalisation des services publics, la modernisation des processus administratifs, le renforcement des infrastructures d’hébergement et de transport et des données ainsi que le développement des capacités des acteurs publics. A travers son expertise et expérience, il articule technologies, métiers, gouvernance et conduite du changement, avec une approche orientée résultats et usages.

Puis vient la question de la sécurité

Plus l’État se digitalise, plus une autre question devient incontournable : comment protéger ce nouvel État numérique ? En Mai 2023, Boukaré Sébastien YOUGBARE est nommé Directeur général de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Il passe alors de la construction des services numériques à la protection de l’environnement dans lequel ils doivent fonctionner. Sans oublier la gestion du « Change Management », facteur indispensable dans la réussite de tout projet de dématérialisation à travers le digital. Références

À la tête de l’agence jusqu’en fin avril 2026, il pilote notamment la construction du cadre national de cybersécurité, depuis l’élaboration et la validation technique de la loi sur la sécurité des systèmes d’information jusqu’à la préparation de plusieurs de ses textes d’application. La cybersécurité n’est plus ici une simple affaire d’antivirus ou de mots de passe. Elle devient une politique publique.

Construire les boucliers de l’État numérique

Cette période est marquée par la mise en place ou le pilotage de plusieurs capacités nationales stratégiques. Un Centre national des opérations de sécurité (SOC) pour surveiller les menaces. Un CSIRT pour préparer et organiser la réponse aux incidents. Il pilote également les premières phases de mise en place de l’infrastructure nationale à clés publiques (PKI), destinée à renforcer la confiance numérique et la signature électronique, ainsi que celles d’un laboratoire d’homologation chargé d’évaluer la sécurité des dispositifs numériques.

Pris isolément, ces dispositifs peuvent sembler très techniques. Ensemble, ils constituent pourtant une partie des défenses nécessaires à un État dont les administrations, les services et les données deviennent de plus en plus numériques. Car digitaliser sans sécuriser revient aussi à créer de nouvelles vulnérabilités.

Quand la cybersécurité devient diplomatie

La protection du cyberespace ne s’arrête cependant pas aux frontières nationales. À mesure que les réseaux deviennent interdépendants, les attaques, les données et les infrastructures traversent les territoires. Les États doivent donc aussi négocier des règles communes. Boukaré Sébastien YOUGBARE représente le Burkina Faso dans plusieurs de ces discussions internationales. Il participe notamment au Groupe de travail à composition non limitée des Nations Unies sur la sécurité des technologies de l’information et de la communication (OEWG 2021-2025) et aux négociations relatives à la Convention des Nations Unies contre la cybercriminalité, à Vienne et à New York. Le technicien et manager des systèmes d’information entre alors dans un autre univers : celui de la diplomatie cyber. Car les règles du numérique mondial se construisent aussi autour des tables de négociation. Histoire

De la transformation numérique à la souveraineté

Le parcours académique de Boukaré Sébastien YOUGBARÉ accompagne cette évolution professionnelle construite progressivement autour des systèmes d’information, de la transformation numérique et, des enjeux stratégiques de cybersécurité et de souveraineté.

Après une formation d’ingénieur en sciences et technologies à ISIG International, il se spécialise dans le management des systèmes d’information et du numérique à Grenoble École de Management, puis en intelligence économique, le management de la cybersécurité et la gouvernance des systèmes d’information à l’École de Guerre Économique.

Cette progression traduit bien le déplacement qui s’est opéré dans sa carrière. D’abord comprendre et construire les systèmes, les mettre au service des institutions, puis apprendre à les gouverner, les sécuriser et les considérer comme des actifs stratégiques, au service de la décision, de la souveraineté et des hommes.

Son expertise couvre désormais des questions telles que la gouvernance des systèmes d’information et des données, transformation numérique de l’Etat, la cybersécurité et cyber-résilience, l’intelligence économique, l’identité et la confiance numériques, l’interopérabilité, la protection des infrastructures critiques, la régulation ou encore la souveraineté numérique et documentaire.

Une expérience de gouvernance au-delà des fonctions opérationnelles

En parallèle de ses responsabilités techniques et managériales, Boukaré Sébastien YOUGBARE a participé également à la gouvernance d’institutions publiques à travers plusieurs mandats au sein de conseils d’administration. Il siège notamment au Conseil d’administration de l’ANPTIC ainsi qu’à celui du Fonds des Services Universels en qualité de représentant du ministère chargé de l’Agriculture.

À ce titre, il contribue aux réflexions et orientations stratégiques portant sur la modernisation de l’administration, le déploiement des infrastructures, le développement des services numériques de l’État, l’élargissement de l’accès aux communications électroniques, la couverture des territoires insuffisamment desservis et la réduction de la fracture numérique.

Un même parcours, trois âges de l’État numérique

L’itinéraire de Boukaré Sébastien YOUGBARE permet finalement de lire, à travers une trajectoire professionnelle, trois étapes de la transformation numérique publique. La première consiste à digitaliser les métiers notamment de l’agriculture : certification des semences, vulgarisation des pratiques et techniques agricoles, mise à disposition des intrants aux producteurs.

La deuxième consiste à digitaliser l’administration elle-même : documents, missions, Conseil des ministres, processus internes et services publics.

La troisième consiste à sécuriser cet Etat devenu numérique : protection des infrastructures critiques, organisation de la réponse aux incidents, mise en place de capacités nationales de cybersécurité, confiance numérique et coopération internationale en matière cyber. Ces trois dimensions sont désormais indissociables.

Plus les États se numérisent, plus leur capacité à fonctionner dépend de systèmes d’information, des données, des infrastructures numériques. Et plus cette dépendance augmente, plus leur sécurité devient une condition de la continuité de l’action publique, de la résilience nationale et, au-delà, de la souveraineté d’Etat.

Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?

Parce qu’il a contribué à faire entrer le numérique dans un secteur aussi stratégique pour le Burkina Faso que l’agriculture, en travaillant notamment sur la certification des semences, la vulgarisation des partiques et techniques agricoles, la cartographie des infrastructures du secteur rural ainsi que la mise à disposition aux producteurs des intrants et matériel agricoles.

Parce qu’à l’ANPTIC et à travers le Projet e-Burkina, il a participé à la modernisation de plusieurs systèmes et processus structurants de l’administration publique, contribuant ainsi à faire évoluer les usages numériques de l’État.

Parce qu’à la tête de l’ANSSI, il a contribué à construire le cadre juridique et institutionnel de la cybersécurité ainsi qu’au developpement de plusieurs capacités opérationnelles nécessaires à la la protection des systèmes d’information nationaux.

Parce qu’il a porté la voix du Burkina Faso dans des enceintes internationales où se discutent les règles, les responsabilités, et les mécanismes de coopération liés à la sécurité du cyberespace.

Et parce que son parcours illustre l’évolution même du numérique public : après avoir appris à digitaliser l’État, il faut désormais apprendre à le protéger et, demain plus encore, à garantir sa capacité à décider et à agir et à préserver sa souveraineté dans l’espace numérique.

www.lefasodigital.net

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