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Les 100 Visages du Burkina Digital : Dr Zakaria Sawadogo, penser l’intelligence artificielle africaine et ses règles

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À 57 jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui façonnent le Burkina numérique. Aujourd’hui, nous mettons en lumière le Dr Zakaria Sawadogo, enseignant-chercheur, spécialiste de l’intelligence artificielle et de la cybersécurité, dont les travaux se situent à la croisée de la technologie, des politiques publiques et des grands enjeux de gouvernance numérique en Afrique.

Pendant longtemps, les débats autour de l’intelligence artificielle ont essentiellement porté sur ses performances : que peut-elle faire ? Jusqu’où peut-elle aller ? Une autre question devient désormais incontournable : quelles règles voulons-nous lui donner ? Protection des données, cybersécurité, droits numériques, transparence, inclusion, confiance… À mesure que l’intelligence artificielle entre dans les administrations, les entreprises et la vie quotidienne, sa gouvernance devient aussi stratégique que son développement technologique.

C’est précisément à cette intersection que se situe le parcours de Zakaria Sawadogo. Docteur en intelligence artificielle et cybersécurité, il fait partie de cette génération de chercheurs africains qui travaillent autant sur les technologies émergentes que sur les conditions permettant de les mettre au service du développement.

De l’informatique à l’intelligence artificielle

Le parcours académique de Zakaria Sawadogo commence à l’Université Joseph Ki-Zerbo, où il obtient une licence en informatique en 2013, puis un master en génie logiciel et systèmes d’information en 2017. Il poursuit ensuite ses recherches à l’Université Gaston Berger du Sénégal, où il obtient, entre 2020 et 2023, un doctorat en intelligence artificielle et cybersécurité. Ses domaines de spécialisation couvrent notamment la gouvernance de l’IA, la stratégie de cybersécurité, la confiance numérique, la gouvernance des données, la transformation numérique du secteur public et l’intelligence artificielle appliquée au développement durable.

Cette trajectoire académique est soutenue par plusieurs bourses d’excellence, dont celle du Regional Scholarship and Innovation Fund (RSIF) du PASET, programme soutenu par la Banque mondiale et l’Union africaine pour développer une nouvelle génération de chercheurs africains dans les sciences, l’ingénierie et les technologies.

Traquer les menaces grâce à l’intelligence artificielle

Une partie importante de ses recherches porte sur l’utilisation de l’intelligence artificielle pour renforcer la cybersécurité. À l’Université Gaston Berger, il travaille sur les applications du machine learning et du deep learning à la détection des menaces informatiques. En 2023, il rejoint également le Cyber Assurance Lab de l’Université de Greenwich, au Royaume-Uni, où il participe à des recherches sur la résilience numérique, la modélisation des menaces ainsi que la sécurité des objets connectés et des appareils mobiles.

Ses publications scientifiques témoignent de cette spécialisation. Elles explorent notamment la détection des logiciels malveillants Android, l’identification de menaces encore inconnues grâce au zero-shot learning ou encore l’utilisation de l’intelligence artificielle pour atténuer les attaques par déni de service distribué.

Ses travaux lui valent deux Best Paper Awards dans des conférences scientifiques internationales : en 2022 à l’International Conference on Advanced Communications Technology et en 2025 à la Pan-African Artificial Intelligence and Smart Systems Conference.

Une intelligence artificielle qui parle aussi les langues africaines

Mais les travaux de Zakaria Sawadogo ne se limitent pas à la sécurité informatique. Dès 2018, comme jeune chercheur au sein de AI4D Africa – Open Burkina, il s’intéresse à l’intelligence artificielle pour le développement et à ses applications dans des contextes africains disposant de peu de ressources numériques.

Il participe notamment à des recherches sur la traduction automatique neuronale appliquée aux langues faiblement dotées du Burkina Faso. D’autres travaux auxquels il contribue portent sur la sécurité du mobile money en Afrique de l’Ouest et sur l’utilisation de la blockchain pour fournir des services financiers dans des zones insuffisamment couvertes par Internet.

Derrière ces sujets scientifiques se dessine une interrogation essentielle pour le continent : comment faire en sorte que les technologies conçues à l’ère de l’intelligence artificielle prennent aussi en compte les langues, les usages et les contraintes des sociétés africaines ?

De la recherche aux politiques publiques

C’est probablement ici que le parcours de Zakaria Sawadogo prend toute sa singularité. Pour lui, produire des connaissances scientifiques ne suffit pas. Encore faut-il qu’elles puissent éclairer les choix des décideurs. Ses activités se déplacent ainsi progressivement vers ce que l’on appelle l’interface entre science, politiques publiques et pratique. Gouvernance de l’IA, gouvernance des données, droits numériques, confiance numérique ou cybersécurité deviennent autant de terrains sur lesquels la recherche peut contribuer à construire de meilleures politiques publiques.

Entre 2024 et 2025, il intervient notamment comme consultant pour l’Agence belge de développement Enabel, sur les questions de droits et d’inclusion numériques. Il conseille des institutions publiques et différents acteurs sur la protection des données personnelles et la transformation numérique responsable, participe à des campagnes de sensibilisation et contribue à la rédaction du Digital Rights Manual for Beginners. Il intervient également comme expert des droits numériques lors de l’African Internet Freedom Forum à Dakar.

Faire de la gouvernance de l’Internet une affaire de tous

Cet intérêt pour les politiques numériques ne date pourtant pas d’hier. Zakaria Sawadogo possède plus de dix années d’engagement associatif et communautaire dans l’écosystème technologique. Président du club informatique de l’Université Joseph Ki-Zerbo entre 2013 et 2016, il s’investit ensuite dans les espaces de gouvernance de l’Internet. De 2021 à 2024, il est vice-président du chapitre burkinabè de l’Internet Society. Entre 2021 et 2023, il occupe également la vice-présidence de l’Internet Governance Forum Burkina Faso. Dans ces fonctions, il contribue aux débats sur la cybersécurité, l’accès à Internet, les droits numériques et la participation des jeunes et de la société civile aux processus de gouvernance.

Il est aussi à l’origine du National Internet Security Forum, conçu comme un espace de dialogue réunissant administrations publiques, universitaires, société civile, partenaires au développement et secteur privé autour des cybermenaces, de la gouvernance de la cybersécurité et de la confiance numérique.

Former ceux qui construiront le numérique de demain

Depuis novembre 2024, Zakaria Sawadogo est enseignant-chercheur à l’École Polytechnique de Ouagadougou. Il y mène des recherches interdisciplinaires sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, la cybersécurité, la confiance numérique et les technologies émergentes. Il conçoit également des formations en intelligence artificielle, cybersécurité et gouvernance des données, encadre des étudiants et accompagne de jeunes chercheurs.

Cette dimension de transmission est importante. Car si l’Afrique veut peser dans les choix technologiques de demain, elle devra non seulement disposer d’infrastructures et de données, mais également former des chercheurs, des ingénieurs et des décideurs capables de comprendre simultanément la technologie et ses implications sociales.

Ne pas seulement utiliser l’IA, participer à sa gouvernance

Le parcours du Dr Zakaria Sawadogo pose finalement une question qui dépasse son itinéraire personnel. L’Afrique sera-t-elle uniquement consommatrice des systèmes d’intelligence artificielle développés ailleurs ou participera-t-elle aussi à la recherche, à la définition des normes et à la construction des politiques qui encadreront leur utilisation ? Ses travaux semblent apporter une réponse : il faut être présent sur les deux terrains.

Développer les compétences scientifiques capables de comprendre et d’améliorer les technologies, tout en construisant les capacités institutionnelles nécessaires pour protéger les citoyens, sécuriser les systèmes, gouverner les données et favoriser une adoption responsable de l’intelligence artificielle. C’est cette articulation entre innovation et responsabilité, entre science et décision publique, qui donne toute sa cohérence à son parcours.

Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?

Parce qu’il appartient à une nouvelle génération de chercheurs burkinabè spécialisés dans deux domaines devenus stratégiques : l’intelligence artificielle et la cybersécurité.

Parce que ses recherches, distinguées à plusieurs reprises sur la scène scientifique internationale, portent sur des problèmes concrets allant de la détection des cybermenaces aux technologies adaptées aux réalités africaines.

Parce qu’il contribue à rapprocher la recherche scientifique des politiques publiques sur la gouvernance de l’IA, les données, les droits numériques et la confiance numérique.

Parce qu’il œuvre depuis plus d’une décennie à la formation, à la sensibilisation et à la participation des jeunes et des différentes composantes de la société aux débats sur l’avenir d’Internet.

Et parce qu’à l’heure où l’intelligence artificielle redistribue les cartes de la puissance technologique mondiale, son parcours rappelle que l’Afrique ne doit pas seulement apprendre à utiliser l’IA : elle doit aussi produire de la connaissance sur elle, former ses propres experts et participer à l’écriture des règles qui détermineront son avenir.

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