
À 45 jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui façonnent le Burkina numérique. Aujourd’hui, nous mettons en lumière Ounteni T. Cyrille Ouoba, ingénieur de conception en informatique, développeur, entrepreneur et spécialiste de la digitalisation, qui a fait du logiciel un outil pour répondre à des besoins concrets de la société burkinabè.
Que doit apporter le numérique à un pays ? Des applications plus modernes ? Des plateformes plus rapides ? Des services accessibles depuis un téléphone ? Certainement. Mais pour Ounteni Ouoba, une autre question semble précéder toutes les autres : quel problème voulons-nous résoudre ?
Depuis près de vingt ans, il développe des logiciels et des plateformes dans des domaines aussi différents que l’éducation, la santé, le commerce, le transport, la comptabilité ou la finance. Avec une constante : partir des réalités du terrain pour imaginer des solutions numériques adaptées.
L’ingénieur qui choisit le génie logiciel
La trajectoire de Ounteni Ouoba se dessine véritablement à Dakar. À l’Institut supérieur d’informatique, il se forme au génie logiciel, aux bases de données, au développement web, au webdesign et à l’administration des réseaux. En 2007, il obtient son diplôme d’Ingénieur de conception en informatique.
Le développement logiciel devient rapidement son terrain de prédilection. PHP, JavaScript, Java, bases de données PostgreSQL, MySQL, Oracle ou SQL Server, développement web et mobile : il acquiert progressivement la palette technique qui lui permettra de concevoir des solutions complètes. Mais au-delà des langages informatiques, son parcours révèle surtout un intérêt pour ce que le logiciel permet de transformer dans une organisation.
Transformer les processus plutôt que simplement les informatiser
À partir d’octobre 2008, Ounteni Ouoba travaille chez Infix, où il reste près de dix ans. Il y est chargé de la recherche et du développement de progiciels de gestion dans plusieurs secteurs : éducation, santé, commerce, transport et comptabilité. Il pilote également le développement de logiciels spécifiques et accompagne les entreprises dans leur transformation numérique. Cette décennie contribue à façonner son approche du métier. Développer un logiciel ne consiste pas simplement à écrire du code. Il faut comprendre le fonctionnement d’une organisation, identifier ses contraintes, analyser ses processus puis concevoir une solution qui corresponde réellement à ses besoins. C’est ce passage du code à l’usage qui va progressivement caractériser son parcours.
RIGOFASO : quand le e-commerce choisit le « Made in Burkina »
En 2018, Ounteni Ouoba ouvre un nouveau chapitre avec RIGO, dont il devient Directeur général. Cette même année, il lance RIGOFASO, une plateforme de commerce électronique avec un parti pris clair : commercialiser exclusivement des produits Made in Burkina Faso.
À travers cette initiative, le commerce électronique devient un instrument de valorisation de la production nationale. L’idée est intéressante parce qu’elle renverse en partie la logique habituelle du e-commerce. Internet ne sert plus seulement à donner au consommateur burkinabè accès aux produits venus du monde entier. Il peut également offrir aux producteurs et entrepreneurs locaux une vitrine permettant de faire connaître et commercialiser leurs propres produits. La technologie devient alors un trait d’union entre production locale et nouveaux marchés.
MONDJOSSI, quand la crise sanitaire accélère l’innovation
Puis survient 2020 et la pandémie de Covid-19. Comme partout dans le monde, la crise impose de repenser rapidement certaines interactions sociales et certains services. Ounteni Ouoba développe MONDJOSSI, une plateforme de mise en relation entre artisans et clients, mais aussi entre personnels de santé et patients. La solution est distinguée lors de l’Innovation Challenge 2020, organisé dans le cadre de la riposte contre la Covid-19 par les ministères chargés de la Transition digitale et de la Santé, avec le PNUD. L’épisode illustre l’une des fonctions essentielles de l’innovation : être capable de produire rapidement une réponse lorsque les circonstances bouleversent les habitudes.
Aux premiers pas de la télémédecine burkinabè
L’année suivante, son expertise est sollicitée sur un autre chantier : l’introduction de la télémédecine au Burkina Faso. En 2021, Ounteni Ouoba conçoit la base de données et le logiciel faisant office de carnet de santé numérique des patients dans le cadre d’un projet initié par les ministères chargés de la Transition digitale et de la Santé. Les phases pilotes ont lieu en août de la même année.
Cette réalisation fait entrer son travail dans un domaine où les exigences technologiques rencontrent directement des enjeux humains. Derrière une base de données ou une interface se trouvent ici des patients, des professionnels de santé et une information médicale qui doit pouvoir être disponible au bon moment. Le logiciel cesse alors d’être simplement un outil de productivité. Il devient une composante du parcours de soins.
Hereko Africa : rapprocher le patient du spécialiste
Cette exploration du numérique appliqué à la santé se poursuit avec Hereko Africa. La plateforme permet la prise de rendez-vous médicaux et la téléconsultation avec des spécialistes de la santé. Dans un pays où les spécialistes ne sont pas uniformément répartis sur le territoire, la télémédecine ouvre des perspectives importantes : réduire certaines distances, faciliter l’orientation des patients et créer de nouveaux modes d’accès à l’expertise médicale.
Le parcours de Ounteni Ouoba illustre ainsi une évolution du développeur : après avoir conçu des outils destinés à améliorer les processus des entreprises, il investit progressivement des domaines où la technologie peut également contribuer à répondre à des enjeux sociaux.
Digitoun : mettre aussi les langues et les cultures à l’heure du numérique
Mais l’une de ses initiatives les plus révélatrices de sa vision est sans doute Digitoun. La plateforme est consacrée à l’apprentissage des langues nationales, à la vulgarisation des cultures, au divertissement et à la formation en ligne. Le projet pose une question essentielle pour l’avenir du numérique africain : que restera-t-il de nos langues et de nos cultures dans un monde de plus en plus façonné par les plateformes numériques ?
La transformation digitale ne peut en effet se limiter à reproduire des contenus et des modèles conçus ailleurs. Elle suppose également que les sociétés africaines investissent Internet avec leurs propres langues, leurs références et leurs patrimoines culturels. Numériser une langue, faciliter son apprentissage et lui donner un espace dans l’univers digital participent aussi, à leur manière, à la souveraineté numérique.
Développer, mais aussi transmettre
Comme plusieurs autres visages de cette série, Ounteni Ouoba n’a pas gardé son expertise pour lui. Pendant plus de dix ans, il enseigne dans des instituts supérieurs de technologie au Burkina Faso et au Sénégal. Aujourd’hui encore, il poursuit cette activité de transmission à travers des programmes de formation destinés notamment à accompagner les entreprises dans leurs processus de digitalisation.
Cette dimension est cohérente avec son parcours. Car une transformation numérique durable ne repose pas seulement sur ceux qui savent fabriquer les solutions. Elle nécessite également des dirigeants et des collaborateurs capables de comprendre ces outils, de se les approprier et de modifier leurs méthodes de travail.
Mettre le numérique à la portée de tous
Cet engagement dépasse le cadre de l’entreprise. Ounteni Ouoba est président de CONNECT AFRICA, une association dont l’objectif est de rendre le numérique accessible au plus grand nombre et d’accompagner les innovations. Il est également trésorier du Groupement des Professionnels des Technologies de l’Information et de la Communication (GPTIC) et secrétaire à la communication de la FED-Numérique du Burkina Faso. Ces responsabilités montrent une autre facette de son engagement : contribuer à structurer l’écosystème professionnel dans lequel évoluent les entreprises et innovateurs du numérique. Car les solutions peuvent naître individuellement, mais un secteur se construit collectivement.
Et si la souveraineté numérique commençait par nos propres solutions ?
Le parcours de Ounteni Ouoba ramène finalement à l’une des grandes questions qui traversent aujourd’hui le Burkina digital : celle de la souveraineté numérique. Le terme peut sembler abstrait. Pourtant, son parcours lui donne une traduction très concrète. Une plateforme pour commercialiser les produits fabriqués au Burkina. Une autre pour valoriser les langues et cultures nationales. Des solutions développées localement pour accompagner les entreprises. Un carnet numérique conçu pour les besoins d’un projet burkinabè de télémédecine. Des outils permettant de rapprocher patients et professionnels de santé.
Pris séparément, ce sont des projets technologiques. Mis bout à bout, ils dessinent une philosophie : construire davantage de réponses numériques à partir de nos propres besoins. Sa biographie résume d’ailleurs son engagement par cette volonté de mettre le numérique au service du pays « de façon souveraine », à travers des solutions adaptées au contexte et orientées vers un développement économique et social durable.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce qu’il développe depuis près de vingt ans des solutions logicielles dans des secteurs aussi variés que l’éducation, la santé, le commerce, le transport et la finance.
Parce qu’avec RIGOFASO, il a choisi de mettre le commerce électronique au service de la valorisation du Made in Burkina Faso.
Parce qu’avec MONDJOSSI, le carnet de santé numérique développé dans le cadre du projet pilote de télémédecine et Hereko Africa, il a contribué à explorer les possibilités du numérique appliqué à la santé.
Parce qu’avec Digitoun, il rappelle que la transformation numérique du Burkina passe aussi par la présence de ses langues et de ses cultures dans l’espace digital.
Parce qu’au-delà du développement logiciel, il enseigne, forme, accompagne les entreprises et s’investit dans les organisations professionnelles de l’écosystème numérique.
Et parce que son parcours porte une idée qui pourrait bien devenir l’un des grands enjeux des prochaines années : la souveraineté numérique ne consiste pas seulement à maîtriser nos données et nos infrastructures. Elle consiste aussi à être capables d’imaginer, de coder et de faire grandir les solutions numériques dont nos sociétés ont besoin.
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