
À 45 jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui construisent le Burkina numérique. Cent personnalités, cent parcours. Aujourd’hui, nous mettons à l’honneur Roland Stéphane Sanou, chef d’entreprise et expert en infrastructures de data centers, dont le parcours raconte plus de deux décennies consacrées à la construction des réseaux, des infrastructures informatiques et des centres de données sur lesquels repose une partie du Burkina numérique.
Lorsque nous consultons un site Internet, effectuons une transaction bancaire ou utilisons une application, nous voyons un écran. Derrière cet écran, pourtant, existe tout un monde. Des serveurs. Des kilomètres de câbles et de fibre optique. Des équipements réseaux. Des systèmes électriques capables de prendre le relais en cas de coupure. Des dispositifs de climatisation qui empêchent les machines de surchauffer. Des systèmes de détection et d’extinction d’incendie. Et des bâtiments techniques conçus pour que tout cela fonctionne vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Roland Stéphane Sanou travaille dans ce monde que l’utilisateur ne voit pas, mais sans lequel le numérique s’arrête.
De l’électricité au numérique
Son parcours commence par l’électrotechnique. Après un baccalauréat technique Serie E au Lycée Technique de Ouagadougou en 1994, Roland Stéphane Sanou poursuit ses études au Maroc, où il obtient en 1998 une maîtrise en informatique industrielle, électrotechnique, électronique et automatique, option génie électrique.
Deux ans plus tard, il décroche en Côte d’Ivoire son diplôme d’ingénieur d’État en électrotechnique à l’Institut Polytechnique FHB. Il complètera ensuite cette formation technique en France par un mastère spécialisé en management des grands projets et programmes à l’École nationale supérieure des Mines de Saint-Étienne.
Électricité, informatique industrielle, électronique, management de projets : les différentes briques de son futur métier sont déjà là. Car un data center est précisément un lieu où ces univers se rencontrent.
Commencer par les câbles et les chantiers
En octobre 2000, Roland Stéphane Sanou entre chez Liptinfor, entreprise qui sera ensuite rachetée par CFAO Technologies Burkina Faso. Il y est responsable des infrastructures de base et dirige une équipe d’une dizaine de techniciens et ouvriers. Son quotidien est alors fait de câblage informatique, de réseaux électriques basse tension, d’onduleurs, de réseaux LAN et WAN et de gestion de chantiers.
Il participe notamment à la réalisation, en 2002, du 1er backbone Gigabit Ethernet en fibre optique de l’Université de Ouagadougou ainsi qu’à l’interconnexion par BLR des sites de la Chambre de commerce et d’industrie.
Nous sommes encore loin de l’explosion actuelle des usages numériques. Mais les fondations se mettent en place. Pour connecter les utilisateurs, il faut d’abord construire les réseaux.
De l’ingénieur au manager
Au sein de CFAO Technologies, sa carrière évolue rapidement. Responsable des ventes télécoms, Directeur technique Solutions, ingénieur d’affaires, Directeur commercial Solutions puis Business Developer : Roland Stéphane Sanou passe progressivement de la réalisation technique au pilotage de projets et au développement commercial.
Il travaille avec les opérateurs de télécommunications, notamment l’ONATEL, Airtel et Telecel, mais aussi avec des administrations publiques et des institutions comme l’UEMOA. En 2008, il dirige notamment le projet RESINA 2, d’un montant indiqué dans son CV à 900 millions de FCFA, comprenant la migration d’équipements du réseau backbone, la mise en place de réseaux sans fil et l’installation d’infrastructures techniques.
Au fil des années, l’ingénieur apprend ainsi une autre dimension de la technologie : un grand projet numérique ne se résume jamais à ses équipements. Il faut aussi gérer les délais, les équipes, les sous-traitants, les risques, les budgets et les clients.
2014 : faire le choix de l’entrepreneuriat
Après douze années chez CFAO Technologies et un passage à la direction commerciale de SOFTNET, Roland Stéphane Sanou franchit en 2014 une nouvelle étape. Il crée NeXT’s – Nouvelles Expertises Techniques, spécialisée dans l’étude et la réalisation de projets informatiques et électriques. Cette société est composé de 03 Business Units : Consulting, Technologie et Energie. NeXT’s compte une quarantaine d’employés et est Certifiée ISO 9001 V2015.
Le choix entrepreneurial lui permet de prolonger une expertise acquise depuis ses premiers chantiers, mais aussi de se spécialiser davantage dans un domaine devenu stratégique : les data centers. Il obtient plusieurs certifications professionnelles dans le domaine, notamment celles d’Accredited Tier Designer de l’Uptime Institute et de Data Center Infrastructure Expert.
Mais au fait, qu’est-ce qu’un data center ?
On parle beaucoup de cloud. Le mot donne presque l’impression que nos données flottent quelque part dans le ciel. La réalité est beaucoup plus matérielle. Le cloud repose sur des centres de données. Des lieux où sont installés des serveurs et des équipements réseau qui doivent être alimentés en permanence, refroidis, protégés contre les incendies, les pannes électriques et les intrusions.
Construire un data center, ce n’est donc pas simplement aligner des serveurs dans une pièce climatisée. Il faut penser la disponibilité électrique. La redondance. Le refroidissement. La sécurité incendie. Les onduleurs. Les groupes électrogènes. Le câblage. L’organisation des baies. Et surtout prévoir ce qui se passe lorsque quelque chose tombe en panne. Car pour certaines activités, quelques minutes d’interruption peuvent avoir des conséquences considérables.
Des data centers pour les télécoms, la banque et l’administration
Le CV de Roland Stéphane Sanou recense plusieurs infrastructures qu’il a dirigées ces dernières années. En 2017, il conduit l’aménagement d’un data center pour l’ANPTIC. En 2020, il dirige la réalisation des data centers pour la Holding de la plus grande banque du Burkina, ainsi que l’aménagement de la salle informatique du CILSS. En 2023, il est directeur du projet de deux data centers pour un opérateur Télécom. Depuis il a réalisé plusierus data center pour des banques et l’adminsitation.
Il participe aussi en tant qu’expert pour des études de mis een place de Data center.
La diversité des commanditaires est révélatrice. Télécommunications. Banque. Administration publique. Organisations régionales. Tous ces secteurs ont un point commun : ils produisent et utilisent de plus en plus de données et dépendent de plus en plus de leurs systèmes numériques. Les infrastructures qui les hébergent deviennent donc stratégiques.
Construire aussi les carrefours de l’Internet burkinabè
Le parcours de Roland Stéphane Sanou ne se limite cependant pas aux centres de données. À travers NeXT’s, il a également participé à la mise en place des points d’échange Internet (IXP) et des Points d’atterrissement virtuels de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso. Le sujet est moins connu du grand public, mais essentiel au fonctionnement d’Internet. Un point d’échange permet aux différents réseaux de s’interconnecter et d’échanger localement leur trafic. L’enjeu est notamment d’éviter que certaines communications entre utilisateurs ou services situés dans le même pays soient inutilement acheminées par des infrastructures extérieures avant de revenir au Burkina Faso.
À mesure que les usages numériques augmentent, disposer de telles infrastructures participe donc au développement d’un Internet plus efficace et d’un écosystème numérique national plus robuste.
Le data center, nouvel enjeu de souveraineté
Pendant longtemps, les centres de données ont pu apparaître comme une préoccupation réservée aux informaticiens. Ce n’est plus le cas. À mesure que l’État, les banques, les entreprises et les citoyens produisent davantage de données, une question devient stratégique : où ces données sont-elles hébergées ? Dans quelles infrastructures ? Sous quelle juridiction ? Avec quel niveau de sécurité ? Et avec quelle capacité locale à maintenir ces infrastructures ?
La question du data center rejoint ainsi progressivement celle de la souveraineté numérique. Car un pays qui souhaite développer ses services numériques doit aussi réfléchir aux infrastructures capables d’héberger durablement une partie de ses données et de ses applications. Le métier de Roland Stéphane Sanou se trouve précisément au cœur de cet enjeu.
Promouvoir aussi le « .bf »
Cet engagement en faveur de l’écosystème Internet se retrouve dans sa vie associative. Roland Stéphane Sanou est administrateur de l’Association burkinabè des domaines Internet (ABDI), qui œuvre notamment à la promotion du domaine national « .bf » et, plus largement, au développement de l’Internet au Burkina Faso.
Data centers, points d’échange Internet, domaine national : ces différents éléments appartiennent finalement à une même réflexion. Comment construire davantage d’infrastructures et de capacités numériques à l’intérieur du pays ?
Le numérique a aussi besoin de béton, de câbles et d’électricité
Le parcours de Roland Stéphane Sanou rappelle finalement quelque chose que l’ère du cloud nous fait parfois oublier. Le numérique est matériel. Derrière chaque service dématérialisé se trouvent des équipements bien réels. Derrière l’intelligence artificielle se trouvent des serveurs. Derrière Internet se trouvent des fibres et des routeurs.
Derrière un data center se trouvent des installations électriques, des systèmes de refroidissement et des dispositifs de sécurité. Et derrière ces infrastructures se trouvent des ingénieurs, des techniciens et des entreprises capables de les concevoir, de les construire et de les maintenir. Le Burkina digital se construit aussi avec des câbles, des kilowatts et des mètres carrés de salles techniques.
Pourquoi fait-il partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce que Roland Stéphane Sanou travaille depuis plus de vingt-cinq ans sur les infrastructures électriques, informatiques et télécoms qui constituent les fondations physiques du numérique.
Parce qu’il a participé dès le début des années 2000 à des projets de réseaux et d’interconnexion, notamment à l’Université de Ouagadougou, avant de prendre des responsabilités dans plusieurs grands projets télécoms et informatiques.
Parce qu’à travers NeXT’s, il a dirigé la réalisation de plusieurs centres de données pour des acteurs publics et privés du Burkina Faso.
Parce qu’il a contribué à la mise en place d’infrastructures essentielles à l’écosystème Internet national, notamment les points d’échange Internet et les Points d’atterrissement virtuels de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso.
Et parce que son parcours rappelle une évidence : avant de parler de cloud, de Big Data ou d’intelligence artificielle, il faut des infrastructures capables de les faire fonctionner. Construire le Burkina digital, c’est aussi construire les fondations physiques sur lesquelles reposera son avenir numérique.