
À 50 jours de l’ouverture de Le Faso Digital 2026, nous poursuivons notre série consacrée aux femmes et aux hommes qui façonnent le Burkina numérique. Aujourd’hui, nous mettons en lumière W. Edith Rolande KHOGARABOUX-NION/SANOU, ingénieure des travaux en informatique, spécialiste du management des systèmes d’information et cadre de la Commission de l’Informatique et des Libertés (CIL), Officier de l’Ordre de l’Etalon.
Son parcours raconte deux mouvements qui accompagnent toute transformation numérique. Le premier consiste à faire entrer l’administration dans l’ère digitale : dématérialiser les procédures, créer des plateformes, simplifier les démarches et permettre aux citoyens d’accéder autrement aux services publics. Le second apparaît presque immédiatement après : comment protéger les personnes à l’égard du traitement des données à caractère personnel que ces nouveaux services collectent ? W. Edith Rolande KHOGARABOUX-NION/SANOU a travaillé sur les deux questions.
Avec plus de dix-sept années d’expérience, elle a progressivement évolué de la conception et de l’administration de systèmes informatiques vers le pilotage de projets numériques, puis vers le management institutionnel et la protection des données à caractère personnel.
Une informaticienne qui ajoute le management à la technique
Son parcours académique commence à l’Institut supérieur d’informatique et de gestion (ISIG) de Ouagadougou. Elle y obtient un DUT, puis un diplôme d’ingénieur des travaux en informatique option génie logiciel en 2003. Plus tard, afin d’élargir cette formation technique à d’autres dimensions de l’entreprise et des organisations elle obtient en 2008, une licence en marketing et gestion commerciale à l’Institut supérieur polytechnique privé. En 2019, elle complète son cursus par un Master 2 en management des systèmes d’information à l’Université de Fès, au Maroc. Cette double culture, informatique et managériale, deviendra l’une des caractéristiques de son parcours.
Car lorsqu’il s’agit de transformer une administration, la technologie ne représente qu’une partie du problème. Il faut également comprendre les organisations, coordonner des équipes, modifier des procédures et accompagner les utilisateurs dans de nouvelles manières de travailler.
A l’ENAM, le numérique au service de la formation
Une partie importante de sa carrière se déroule à l’École Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) qu’elle intègre en 2009. Elle y travaille d’abord à la Direction de la formation initiale, où elle est notamment chargée des résultats scolaires et de la programmation des cours. En 2011, elle devient Directrice du Centre de formation de personnel de bureau. Pendant quatre ans, elle assure l’administration du centre et la programmation des enseignements destinés aux filières de gestion, secrétariat, communication et comptabilité.
Puis apparaît un outil qui peut sembler secondaire au premier regard, mais qui touche à une question essentielle dans l’enseignement supérieur : l’intégrité académique. Entre 2015 et 2017, W. Edith Rolande KHOGARABOUX-NION/SANOU est chargée de l’administration du logiciel anti plagiat Compilatio à la Direction de la recherche appliquée et des publications de l’ENAM. L’utilisation de cette application a contribué à rehausser la qualité des mémoires de fin de cycle des élèves. Le numérique devient ici un outil au service de la qualité de la formation.
Dématérialiser les concours de la Fonction publique
En mai 2017, son parcours prend une nouvelle dimension. W. Edith Rolande KHOGARABOUX-NION/SANOU devient Secrétaire technique du guichet virtuel unique de l’administration publique (STGVAP), au ministère en charge de la Fonction publique. La mission la place au cœur de l’un des grands chantiers de modernisation de l’administration publique : permettre au citoyen d’effectuer progressivement en ligne des démarches qui nécessitaient jusque-là déplacements, dépôt de dossiers physiques et longues files d’attente. Heureet calendriers
Elle contribue notamment à poursuivre le processus de dématérialisation des concours directs de la Fonction publique. Elle travaille à l’opérationnalisation du guichet virtuel unique de l’administration publique.
Mais une autre réalisation mérite particulièrement d’être soulignée.
Les concours professionnels passent en ligne
Dans le cadre de ses fonctions, W. Edith Rolande KHOGARABOUX-NION/SANOU participe à l’élaboration, la conception et le déploiement de la première plateforme d’inscription en ligne aux concours professionnels de la Fonction publique. Derrière cette évolution technique se trouve un changement beaucoup plus profond. Dématérialiser une procédure administrative, c’est modifier la relation entre l’État et l’usager. C’est réduire certains déplacements, raccourcir potentiellement des délais, améliorer la circulation de l’information et rendre possible un service public accessible depuis un ordinateur ou un téléphone. Mais c’est aussi transformer le fonctionnement interne de l’administration.
Les procédures doivent être repensées. Les agents doivent être formés. Les plateformes doivent communiquer avec les services concernés. Et les citoyens doivent apprendre à faire confiance à une démarche qui ne repose plus nécessairement sur un dossier physique. La transformation digitale devient alors autant un chantier humain et organisationnel qu’un projet informatique.
Aller voir ailleurs pour construire ici
Pour accompagner cette transformation, W. Edith Rolande KHOGARABOUX-NION/SANOU participe en 2019 à plusieurs missions internationales de partage d’expériences. À Abidjan, les échanges portent sur l’organisation des concours de la Fonction publique et la dématérialisation des procédures administratives. À Ottawa, elle participe au Sommet mondial du Partenariat pour un gouvernement ouvert. Au Rwanda, dans le cadre du projet e-Burkina financé par la Banque mondiale, elle étudie notamment l’expérience de Irembo, portail rwandais d’accès aux services publics numériques, dans la perspective du développement du guichet virtuel unique burkinabè. Au Kenya, l’attention se porte notamment sur le paiement en ligne et son intégration au futur dispositif burkinabè. Ces expériences montrent que la transformation numérique publique ne se construit pas en vase clos. Elle se nourrit aussi de comparaisons, de retours d’expérience et de l’observation de solutions mises en œuvre dans d’autres pays. Avec toujours la même question : qu’est-ce qui peut être adapté aux réalités burkinabè ? Africainset diasporas
Après avoir numérisé, apprendre à protéger
En septembre 2020, le parcours de W. Edith Rolande KHOGARABOUX-NION/SANOU prend une orientation particulièrement intéressante. Elle rejoint la Commission de l’informatique et des libertés (CIL) comme Secrétaire générale. Elle passe ainsi d’une institution engagée dans la dématérialisation de l’administration à celle chargée de veiller à la protection des personnes face au traitement de leurs données à caractère personnel.
Pendant plus de deux ans, elle assiste la Présidente de la CIL et participe à la mise en œuvre des dispositions relatives à la protection des données à caractère personnel. Ses responsabilités touchent notamment à l’information des citoyens et des responsables de traitement sur leurs droits et obligations ainsi qu’au contrôle de l’utilisation des technologies appliquées au traitement de ces données.
Ce changement de fonction donne une cohérence particulière à son itinéraire. Car plus les services publics deviennent numériques, plus ils produisent et utilisent des données. Et plus les données deviennent importantes, plus leur protection devient essentielle.
Le numérique n’est pas seulement une affaire d’efficacité
Depuis mars 2023, W. Edith Rolande KHOGARABOUX-NION/SANOU est Directrice de cabinet de la Présidente de la CIL. Elle y coordonne notamment les relations avec les partenaires, assiste la Présidente dans la prise de décisions stratégiques, supervise les opérations internes du cabinet et assure la liaison avec les autres départements et organismes gouvernementaux.
Son rôle s’est ainsi progressivement déplacé. De l’informatique vers le management des systèmes d’information. Du management vers la transformation digitale. Puis de la transformation vers la gouvernance et la protection des données. Une évolution qui reflète finalement celle du numérique lui-même au Burkina Faso. Références
Au commencement, la question était souvent : comment informatiser ? Puis : comment dématérialiser ? Aujourd’hui, il faut également demander : comment sécuriser, réguler et protéger ?
De nouvelles compétences pour de nouveaux défis
Le parcours de formation continue de W. Edith Rolande KHOGARABOUX-NION/SANOU témoigne également de cette évolution. Aux formations en ingénierie pédagogique, management, leadership ou gestion du changement se sont progressivement ajoutées des compétences davantage liées à la sécurité de l’information notamment la formation Certified Ethical Hacker, la certification ISO/IEC 27002 Foundation ainsi qu’une formation d’auditeur en sécurité de l’information ISO/IEC 27001. Elle s’est également formée à l’inspection et à l’audit des systèmes de vidéo surveillance, de biométrie et d’identités uniques. Ces domaines se trouvent aujourd’hui au cœur de questions très concrètes. Qui peut collecter une donnée biométrique ? Pour quelle finalité ? Pendant combien de temps peut-elle être conservée ? Comment sécuriser les systèmes qui la stockent ? Quels droits conservent le citoyen sur les informations qui le concernent ?
La transformation numérique ouvre des possibilités considérables. Elle crée aussi de nouvelles responsabilités.
Moderniser sans renoncer aux libertés
C’est ici que le parcours de W. Edith Rolande KHOGARABOUX-NION/SANOU embrasse deux ambitions que l’on oppose parfois à tort. D’un côté, il faut accélérer la transformation numérique, simplifier les démarches, dématérialiser les procédures et construire des services publics plus accessibles. De l’autre, il faut garantir que cette modernisation ne transforme pas le citoyen en simple ensemble de données circulant entre des systèmes informatiques.
L’innovation et la protection des libertés ne sont pas deux projets concurrents. Elles doivent avancer ensemble. L’expérience de celle qui a participé à la mise en place de services publics numériques avant de rejoindre l’institution chargée de la protection des données illustre précisément cette complémentarité.
Pourquoi fait-elle partie des 100 Visages du Burkina Digital ?
Parce qu’elle fait partie des cadres qui ont contribué à la dématérialisation de procédures importantes de l’administration publique burkinabè, notamment les concours de la Fonction publique et le guichet virtuel unique.
Parce qu’elle a participé à la conception et au déploiement de la première plateforme d’inscription en ligne aux concours professionnels de la Fonction publique.
Parce que son parcours associe informatique, management des systèmes d’information, transformation digitale et conduite du changement.
Parce qu’après avoir contribué à construire des services publics numériques, elle œuvre désormais au sein de la CIL sur l’autre versant de cette transformation : la protection des personnes à l’égard du traitement des données à caractère personnel.
Parce que ses compétences se sont progressivement étendues à la sécurité de l’information, à l’audit, aux données biométriques et aux problématiques d’identité numérique.
Et parce que son parcours rappelle un principe appelé à devenir de plus en plus important à mesure que le Burkina se digitalise : un service public numérique ne doit pas seulement être rapide, pratique et efficace. Il doit aussi être digne de confiance et respectueux des droits du citoyen.